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IVCAST 23 : Aurélien, professeur d’université en Colombie

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Enseigner à l’étranger est une des principales pistes pour gagner de l’argent à l’étranger et en voyage. Aurélien, professeur dans une université de Colombie nous raconte son parcours et son quotidien d’enseignant.  pd232

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A propos de cet épisode :

Je connais Aurélien depuis quelques années, je l’avais rencontré quelques temps après mon arrivée en Colombie. A l’époque, il venait juste de trouver un premier poste d’enseignant.

Aurélien s’est très bien intégré à la vie locale. Entre deux cours, je suis arrivé à le coincer pour lui poser quelques questions sur son métier de prof à la fac.

Outre son quotidien d’enseignant, Aurélien nous livre quelques tranches de la vie en Colombie. Cela vaut son pesant de cacahuètes.

 

Mots clefs du podcast:

Expatriation – Travailler à l’étranger – Enseigner à l’étranger – Colombie

La UIS à Bucaramanga

La UIS à Bucaramanga

Ce que vous allez découvrir dans cet épisode :

– Comment Aurélien est arrivé ici.

– Comment il a réussi à obtenir son premier poste dans une des plus vieilles universités du pays

– Le recrutement pour les enseignants à l’université

– Le statut des enseignants à l’université : salaire, position sociale…

– Les conseils d’Aurélien pour trouver du travail en Colombie.

– Le problème de visa auquel Aurélien a dû faire face.

– Pourquoi il a dû changer de poste

– Enseigner dans une alliance française

– Comment il complète ses revenus en donnant des cours particuliers.

– Son budget au quotidien

– Son quotidien de prof : la management, les rapports avec les collégues…

– La proximité entre profs et élèves

– Le système colombien : copinage, arrangements et charmes…

– Pourquoi les rapports hommes-femmes en Colombie, c’est compliqué…

 

 

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Liens en rapport avec l’épisode :

Le site de l’Université Industrielle de Santander.

 

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Connaissez-vous Mosalingua ?

C’est une application pour apprendre les langues. C’est un ami qui l’a crée. J’ai d’ailleurs réalisé pour lui une série de dialogues basés sur mes récits de voyage. Il a aussi développé Mosalingua Web: une formation compléte pour apprendre les langues. 

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Il y a juste quelques questions, cela ne prend que 2 mn chrono !

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Transcription :

Fabrice :

Bonjour à tous et bienvenus pour ce nouvel épisode du podcast « Instinct Voyageur ». Le thème d’aujourd’hui de ce nouvel épisode, c’est « Vis ma vie » de professeur d’université à l’étranger. Et bien, pour cet épisode, c’est Aurélien qui va répondre à mes questions. Aurélien qui est professeur à l’Université Industrielle de Santander, l’université publique colombienne des plus réputées puisque d’après un classement c’est la 6ème université de Colombie. Et Aurélien est professeur d’économie internationale. Il enseigne aussi l’espagnol aux colombiens. Il enseigne également le FLE (Français Langue Étrangère) et il est également enseignant de traduction. Alors, bonjour Aurélien.

Aurélien :

Bonjour Fabrice. Comment vas-tu ?

Fabrice :

Très bien très bien. Il fait un peu chaud aujourd’hui mais ça va. Alors, la première question c’est comment es-tu arrivé en Colombie et à Bucaramanga parce que je suis sûr que même les colombiens, ils doivent te poser la question ?

Aurélien :

Alors, ça, c’est la première question qu’on nous pose en tant qu’étrangers ici en Colombie. Et bien, effectivement, ce n’est pas une destination très UP, surtout auprès des européens même si aujourd’hui, ça commence quand même à être reconnu comme un pays qui n’est plus ce que tout le monde pense. Pour ma part, moi en fait, je suis arrivé en Colombie car j’ai étudié en fait donc  Lettres, Langues Civilisation étrangère. Donc, ce qu’on appelle LLCE espagnol. Par la suite, j’ai fait un master 1 commerce international et j’ai terminé par un master 2 à l’université Paris 4, à la Sorbonne Paris-Sorbonne un master d’études ibériques et latino américaines appliquées aux échanges internationaux et aux entreprises. Quand j’ai terminé en fait mon master 2, je devais effectuer un mémoire et un stage. Donc, pour moi, c’était déjà tout vu : si j’ai étudié les études latino américaines, ce n’est pas pour rester en France, c’est pour – justement – le vivre et pratiquer la théorique que j’ai commencée sur le terrain.

Fabrice :

Pourquoi la Colombie alors ? Tu aurais pu rester en Espagne.

Aurélien :

Oui, c’est vrai mais l’Espagne je connais du fait que je suis issu d’une famille réfugiée politique, mes grands parents sont espagnols. Donc, je parle couramment espagnol et ça, ça m’a énormément aidé dans mon choix bien évidemment, c’était un facteur également, même si j’ai quand même un peu hésité entre le Brésil et la Colombie car au Brésil, on a plus d’opportunités de travail qu’en Colombie. Par contre, la Colombie, je parlais beaucoup mieux espagnol et puis j’avais beaucoup plus envie.

C’était un peu comme un coup de cœur, à vrai dire j’ai eu un coup de cœur pour la Colombie depuis quelques années et en fait, j’ai réussi à concrétiser ce voyage.

Fabrice :

D’accord. Donc, quand t’es arrivé, t’avais déjà des contacts sur place pour un boulot. T’es arrivé comme ça ?

Aurélien :

Non, franchement, oui c’est un peu bizarre. D’ailleurs, quand j’ai raconté à mes parents et à mes amis que je partais en Colombie ils m’ont pris pour un fou concrètement. Ils m’ont dit : « Ça y’est mon fils est devenu fou, il veut mourir ». Mais, pas du tout, j’avais justement la connaissance du pays. Je savais où j’allais, je savais où je mettais les pieds. Bien évidemment, la plupart des gens en France – comme on le sait- la plupart des informations qui arrivent de Colombie, ce n’est même plus de l’information celle-là parce que c’est tout le temps les mauvaises informations.

Donc, pour revenir à ta question, concrètement, je suis venu pour faire mon stage et mon mémoire. Donc, j’ai décidé, je travaillais à ce moment là je travaillais à Paris. Je travaillais à Axa-assistance dans le département international. Et puis, j’ai arrêté de travailler, j’ai décidé de partir en Colombie avec mon baluchon sans rien du tout, je suis arrivé chez une amie en fait que j’avais rencontrée avant de partir à Paris, complètement par hasard et qui m’a dit « tu peux venir à la maison ». Donc, elle m’a accueilli.

Fabrice :

Alors là c’était à Bogota.

Aurélien :

C’était à Bogota. Je suis arrivé d’abord à Bogota, j’ai vécu pendant 4 mois à Bogota. En fait, je voulais faire un stage. Donc, dans mon cursus je pouvais faire passer une expérience professionnelle comme stage et c’est ce que j’ai fait en fait ou c’est ce que j’ai recherché. Donc, j’ai cherché pendant 4 mois du travail à Bogota, je n’ai pas réussi à trouver, j’ai trouvé un emploi mais en fait en tant qu’étranger, on doit trouver une entreprise qui nous fournit les papiers pour le visa, ça n’a pas été le cas pour la première entreprise pour laquelle j’ai travaillé. Et donc, en fait, j’avais une amie sur Bucaramanga qui m’a dit « passe-moi ton CV, je vais le faire passer ». Et c’est à ce moment là qu’il est arrivé à l’université Saint-Thomas de Bucaramanga. Et ils m’ont appelé, le directeur de la faculté de Ingénérie industrielle m’a appelé. Il m’a dit « Est-ce que ça t’intéresse de travailler avec nous, avec divers points à développer ? » Et j’ai dit « Oui ».

Fabrice :

D’accord. Donc, ça c’était en 2011 ?

Aurélien :

C’était en 2011 oui, janvier 2011 exactement. Donc, en fait, il m’a dit qu’il était intéressé par mon profil. Donc, j’ai passé le concours, j’ai été admis et je suis arrivé à Bucaramanga. C’est la raison pour laquelle, j’ai atterri à Bucaramanga. En fait, je suis arrivé à Bucaramanga par hasard, purement par hasard, puisque je n’ai pas décidé, c’est le fait du destin.

Fabrice :

D’accord. Et quand tu parles de concours, c’est un entretien ?

Aurélien :

Non, en fait, ils te demandent de faire comme un essai d’une dizaine de pages sur le thème qu’ils te donnent. . Tu vas faire comme une dissertation un petit peu si tu veux. Et tu dois soutenir ton ….

Fabrice :

Tu n’étais pas le seul alors ?

Aurélien :

Non, je n’étais pas le seul bien sûr.

Fabrice :

D’accord. Et tu as enseigné quoi alors à l’université de Saint-Thomas qui est une université privée ?

Aurélien :

Oui. A l’université de Saint-Thomas oui si on traduit, Santo Tomas en espagnol. C’est une université privée. C’est la première université qui a été créée sur le sol colombien je crois en 1500 et quelques.

Fabrice :

Ah oui !

Aurélien :

Donc, ils appellent ça le… C’est une des universités très reconnues par… C’est une université bien sûr religieuse, tenue par des moines mais par des prêtres. C’est un peu bizarre d’ailleurs puisque tous les hauts placés, on ne peut pas être haut placé dans cette université sans être prêtre.

Fabrice :

C’est un peu un acronyque parce qu’en France, je crois que ça n’existe plus ce genre de ….

Aurélien :

Écoute, à ma connaissance, je crois que ça n’existe presque plus et je crois que ça doit encore exister dans quelques recoins. Mais, oui, c’est vraiment négligeable.

Ben oui ici en Colombie, c’est une culture très religieuse. Donc, effectivement, mais c’est très bizarre parce que justement ces prêtres sont très pragmatiques d’ailleurs puisqu’ils aiment bien l’argent. Donc, c’est un peu bizarre, ce n’est pas du tout les mêmes convictions qu’on a.

Fabrice :

Bon, dans l’église catholique, ça va souvent avec la foi de certains. Mais bon passons !

Aurélien :

Il y a quand même un écart entre l’église catholique française et l’église ici parce qu’ici j’ai l’impression que c’est plus un business d’ailleurs les prêtres ont vraiment un statut social ici qu’ils n’ont pas du tout en France. En France, on sent que les pères, les prêtres font leur boulot par conviction. Ici, je me pose la question à savoir si c’est par conviction ou pour avoir un bon statut social.

Fabrice :

Oui, je vois ce que tu veux dire. C’est vrai. Il y a sans doute de ça, je pense. Donc, là tu as trouvé assez rapidement un boulot finalement au bout de 4 mois et en plus, un boulot plutôt sympa : professeur à l’université, ce n’est pas mal.

Aurélien :

Ah oui, ce n’est pas mal. J’étais fier de moi. Au début, j’ai cru que je n’étais pas à la hauteur, j’ai dit franchement je suis arrivé et je dis c’est tordu quand même professeur de fac, il faut…

Fabrice :

Tu n’avais pas enseigné avant. C’était ta première expérience ?

Aurélien :

Non, j’ai enseigné plusieurs années auparavant mais jamais à l’université. L’université, c’est quand même quelque chose de beaucoup plus prestigieux, c’est beaucoup plus reconnu. J’ai travaillé dans différentes écoles à Madrid, différentes écoles, entreprises. J’ai enseigné, j’ai travaillé à Acadomia et puis des jobs d’étudiants ! Donc, j’ai toujours enseigné. En fait, j’ai toujours enseigné. D’ailleurs, je me rappelle une anecdote : un ami très intelligent mais qui avait beaucoup de problèmes en espagnol. Moi, je parle couramment espagnol depuis tout petit. Mes grands parents m’ont enseigné et en fait, ils me demandaient tout le temps de lui faire ces travaux en fait de l’UIT. Il avait des bonnes notes, il était content et moi j’étais fier de moi en fait.

Fabrice :

Et donc, le fait que tu sois français, ça ne posait pas de problèmes à l’université pour les papiers – je ne sais pas. Ils n’en avaient rien à faire ou ?

Aurélien :

Alors, concernant ce qui est la partie légale on va dire. Donc, moi je suis arrivé en fait avec mon baluchon sans penser si je pouvais ou je ne pouvais pas trouver du travail.

Fabrice :

Donc, avec un visa touriste.

Aurélien :

Avec un visa touriste. Un visa d’ailleurs de 60 jours et non de 90.

Fabrice :

Ah bon, j’ai encore eu 90.

Aurélien :

Oui, mais en fait au début, c’était au bon vouloir du douanier. Il te mettait 60 ou 90.

Fabrice :

Moi, je suis arrivé, je me rappelle il m’a mis 60 jours. Donc, il a fallu que je paie un mois de plus. Enfin, il a fallu que je paie au bout du 2ème mois.

Aurelien:

En fait, le visa c’est un peu compliqué quand on est français de comprendre un peu le système et si on peut dire, on peut appeler la logique parce que concrètement, en Colombie au début, j’ai eu beaucoup de mal à m’y faire parce que je cherchais toujours la logique des choses, le pourquoi et en fait, je me suis rendu compte que je me faisais trop mal à la tête.

Fabrice :

Non ici, parfois, il n’y a rien de logique c’est clair.

Aurélien :

Donc, je me faisais un peu de mal à la tête. Mon cerveau faisait de la fumée comme un moteur. Et en fait, je me suis rendu compte que non en fait, il ne faut pas chercher à comprendre, c’est comme ça et puis voilà. Il n y a pas vraiment de logique.

Fabrice :

D’accord. Mais ici concrètement, il faut d’abord trouver un travail et ensuite c’est le visa ou le contraire ?

Aurélien :

Alors, en fait, premièrement, il faut trouver un travail. Donc, je conseille aux personnes qui souhaitent avoir une expérience en Colombie s’ils peuvent trouver un emploi avant d’arriver sur le territoire colombien, c’est mieux. C’est plus sûr. Mais, ils peuvent arriver ici et trouver du travail, je l’ai fait, donc, ce n’est pas impossible.

Fabrice :

D’accord, sauf que t’as une durée limitée dans le temps à cause du visa touriste.

Aurélien :

Tout à fait. En fait, si vous souhaitez arriver en Colombie en tant que touriste comme je l’ai fait, vous devez savoir que vous avez normalement. Bon, maintenant c’est 90 jours et vous avez 90 jours de plus maximum pour trouver un boulot. En gros, c’est six mois. Vous avez six mois et au bout de six mois, vous êtes obligé de sortir du territoire. Alors, concernant vraiment le visa. Donc, en fait, c’est très compliqué parce que ici les gens, la plupart des gens ne savent pas en fait quelle est la procédure à suivre. Ça était très difficile des fois je leur expliquais comment c’était, ils ne me croyaient pas parce qu’ici il y a un grand manque de confiance en Colombie, la culture est comme ceci. Les gens ne font confiance en personne et bon, c’est compréhensible quand on connait un peu la culture.

Et donc, en fait, j’ai trouvé un travail et cet employeur m’a rempli des papiers et moi je me suis présenté. En fait, on peut aller soit au ministère des relations extérieures. C’est-à-dire, la première fois, on ne peut pas y aller, il faut aller dans un consulat colombien à l’étranger, où vous voulez, pas obligatoirement en France d’ailleurs. Donc, moi ce que j’ai fait, je suis allé au Venezuela comme c’est à 5 heures de Bucaramanga. D’ailleurs, je me suis trompé, je suis allé à San Cristobal au lieu de San Antonio qui est à une heure et demie. J’ai fait une heure et demie de plus quand il y avait un consulat colombien avant et je ne le savais pas en fait la première fois. Donc, je suis allé là bas et j’ai fait la présentation de visa et voilà. C’est vite fait. C’est dans la journée.

Fabrice :

D’accord, donc, là t’as un visa travail. Et donc, une carte de séjour qui est valable pendant un an.

Aurélien :

En fait, le visa actuellement il s’appelle le visa TP4.

  Techniquement, ils appellent ça comme ça. En fait, après, t’as 15 jours pour te présenter à l’organisme qui s’appelle « Migración Colombia ». C’est anciennement le DAS qui s’occupe de nous. Et en fait, on doit aller là-bas, on doit payer un certain prix, un certain montant. Il me semble que c’est 180000 pésos. Mais, le problème c’est que comme c’est en dollars, en fait, il faut regarder le change, il faut regarder le taux de change.

Et donc, on paie et on reçoit la carte de résident temporaire qui s’appelle « « cédula de extranjería ». Et en fait, ça dure le temps de notre contrat.

Fabrice :

  D’accord. Donc, c’est en 90000 pésos.

Aurélien :

Approximativement, le problème c’est que …

Fabrice :

Donc, cela fait 50 euros en gros.

Aurélien :

Voilà c’est quelque chose comme ça, mais le problème c’est que je ne sais pas vraiment parce qu’avec le change qui fluctue tant, et comme eux, ils ne parlent qu’en dollars, donc, c’est en fonction du cours de dollars et en fonction du cours de pésos.

Fabrice :

Donc, une fois que cela est fait, t’es tranquille après ?

Aurélien :

Oui, voilà, t’es tranquille jusqu’au prochain contrat, jusqu’à la fin du contrat s’ils vont continuer, renouveler et puis après sinon, tu gères sur autre chose. Mais par contre, il faut faire très attention parce que tu ne peux pas dépasser la date de validité du visa, parce que sinon t’es en situation irrégulière.

Fabrice :

Et tu paies ensuite par jour des pénalités par jour en trop ?

Aurélien :

Tu paies une amande en fait, voilà, tu paies une amande qui est la moitié, la première amande c’est la moitié du salaire minimum de colombiens. Et la deuxième fois c’est le double.

Fabrice :

D’accord, mais tu peux quand même revenir. Enfin, je veux dire, ils ne sont pas trop méchants.

Aurélien :

Non non, ça va, tu paies l’amende et tout va bien.

Fabrice :

Les douaniers ne sont pas hyper méchants quand même en Colombie.

Aurélien :

C’est vrai oui. Non depuis que l’institution qui s’appelait le DAS, le département qui en fait était mélangé. Toute la partie service d’immigration et la partie service secret, c’était la même entité. Ils l’ont explosée en fait, ils l’ont complètement imposée pour séparer en fait, le service d’immigration et le service secret.

Fabrice :

Ok, voilà pour le petit point sur le visa. Alors, depuis quelques semaines, là vous savez la Colombie qui a signé un accord de PVT, pour un Permis Vacances Travail. C’est le working holiday qu’on peut trouver au Canada ou en Australie.

Donc, là, c’est actif, c’est le deuxième pays en Amérique latine, après l’Argentine et bientôt il y a le Chili alors je ne sais pas ça vous donne le droit de travailler pendant un an. Par contre, je ne sais pas si l’université – j’imagine peut être c’est assez restreint- je ne sais pas si l’université pourra recruter sur un PVT quelqu’un avec un PVT à priori oui mais bon. Enfin, voilà c’est une petite parenthèse que j’ouvre là avec l’actualité. Qu’est ce que je voulais dire ? Oui, alors, t’étais prof à l’université Saint-Thomas et après depuis quelques années là t’as fait plusieurs universités t’as changé souvent de poste ?

Aurelien:

C’est exact. En fait, j’ai travaillé deux ans comme je l’ai indiqué, j’ai passé 2 ans à travailler. En fait j’ai travaillé donc dans différentes facultés : la faculté d’économie, la faculté de commerce international, la faculté de management des entreprises agricoles et de génie industrielle où je m’occupais un peu de l’internationalisation de la faculté. Concernant les matières que j’ai enseignées, j’ai enseigné le marketing international en grande partie et j’ai enseigné également tout ce qui est écrit scientifique. Et voilà.

Fabrice :

D’accord. Et là, donc, à chaque fois c’est ce qu’on peut appeler des CDD ?

Aurélien :

Ce sont en fait des contrats fixes comme ils appellent ça ici. C’est des CDD. C’est ce qui correspond au CDD, ils appellent ça « contrato fijo ».

Fabrice :

D’accord, et c’est difficile d’avoir un CDI ?

Aurélien :

En fait, les entreprises privées ne font pas de CDI ici, ça n’existe pas.

Fabrice :                        Ah bon ?

Aurélien :                      Ouais.

Fabrice :                        D’accord.

Aurélien :

Ou sinon, peut être les multinationales mais les entreprises de ce style ne font pas de CDD ou du moins dans les universités privées, il n’y a pas de CDI en Colombie.

Fabrice :

Donc, à chaque fois c’est renouvelable d’une année à l’autre ?

Aurélien :

Oui, voilà. Tous les ans, on reçoit une carte d’ailleurs parce qu’ils sont obligés de nous envoyer une carte pour nous prévenir que le contrat ne va pas être renouvelé parce que sinon, s’ils ne le font pas, c’est obligatoirement, ça se renouvelle d’un an sans qu’ils veuillent. Donc, légalement, ils sont obligés de le faire.

Fabrice :

D’accord et dans les facs publiques ?

Aurélien :

Alors, actuellement, je travaille à l’université publique comme tu l’indiquais. Donc, moi j’ai travaillé à l’université… Pour l’anecdote, j’ai arrêté de travailler à l’université Saint-Thomas tout simplement parce que le deuxième contrat, j’ai eu un inconvénient, ils m’ont carrément dit au bout de deux mois qu’ils s’étaient trompés sur mon salaire et donc, je leur ai dit : « Comment ça ce n’est pas possible ? C’est une blague ! » Il me fait « Si si si » et je fais « ben alors, qu’est ce qui se passe ? » « et bien, on va vous baisser votre salaire », je fais « Mais, vous ne pouvez pas faire ça ? » et ils m’ont dit « Si si on fait ce qu’on veut ». Donc, j’étais un peu au trait. Franchement, vraiment, je ne savais pas quoi faire. Donc, j’ai appelé une amie qui travaille à Bogota et qui est avocate et qui m’a dit concrètement, ils ne pouvaient pas le faire. Mais, ils l’ont fait, ils se sont permis. Donc, c’est pour ça que… En fait, je n’ai pas continué à travailler là-bas parce qu’en fait, ils n’ont pas été correctes avec moi.

Fabrice :

Oui, bon, c’est assez folklorique des fois. Enfin, voilà. D’accord, donc, ça fait 3 ou 4 ans que t’es prof à l’université ?

Aurélien :

ça fait 5 ans.

Fabrice :

Bon, alors professeur à l’université à l’étranger Colombie ou ailleurs, ce n’est pas forcément accessible à tout le monde. Quand quelqu’un arrive comme ça…. Et la plupart des gens quand ils pensent enseignement à l’étranger, ils pensent d’abord à enseigner le français en fait ou le FLE, voilà le français plutôt dans une alliance française par exemple. Alors, en Amérique latine, il y a beaucoup d’alliances françaises et en Colombie, par exemple, c’est notamment une des plus gros réseaux d’Amérique Latine, ou peut être le deuxième ou le premier, je ne sais pas plus ce que disait l’ambassadeur l’autre jour : c’était le premier ou le deuxième d’Amérique Latine, même un des réseaux les plus denses au monde et est-ce que toi tu penses que par rapport à ce que tu as vu autour de toi, c’est facile de trouver un poste de professeur de français dans une alliance que ce soit en Colombie ou en Amérique Latine en général.

Aurélien :

En fait, juste pour la remarque par rapport à l’ambassadeur, je me rappelle qu’il avait dit en fait que le premier c’était le Brésil mais que le Brésil, c’était incomparable avec la Colombie.

Fabrice :

D’accord.

Aurélien :

Donc, là en fait, que la Colombie est bien le premier.

Fabrice :

Oui au niveau de la population, ça n’a rien à voir.

Aurélien :

Voilà tout à fait et puis la superficie du pays également. En fait, pour répondre à ta question, qu’est ce que je pourrais te dire ? Tu peux me redire ….

Fabrice :

Oui, est-ce que tu penses que c’est assez facile de trouver, d’enseigner le français dans une alliance française ? Sauf à Bucaramanga…

Aurélien :

Oui excepté Bucaramanga pour diverses raisons que nous connaissons. Mais, ce n’est pas le sujet. Oui, je pense que ça doit être assez simple à partir du moment où vous avez un master FLE, vous pouvez envoyer votre candidature spontanée ou regarder d’ailleurs si vous voulez de l’information sur la fondation « Français Langue Étrangère ».

Fabrice :

Puisque maintenant, on nous demande de plus en plus quand même un diplôme FLE, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années ou c’était beaucoup plus ouvert si vous voulez enseigner le français à l’étranger. Maintenant je pense, enfin d’après ce que j’ai entendu dire – c’est de plus en plus courant qu’on nous demande une maîtrise ou une licence FLE.

Aurélien :

Oui, il n y a pas de licence, ça n’existe pas les licences FLE.

Fabrice :

Un master maintenant plutôt ?

Aurélien :

Un master 1 ou 2 de FLE, il y a des endroits, où c’est requis complètement, d’autres endroits, il faut être français, si vous êtes français déjà ça aide beaucoup. Si vous avez un master en lettres quelques soient les lettres, si c’est lettres modernes, si c’est lettres en espagnol ou tout ce qui concerne en fait le langage, la linguistique ou la didactique de la langue. Là, c’est une porte ouverte, bien entendu. Bien sûr, je ne parle pas des docteurs parce que c’est une évidence que pour eux, c’est beaucoup plus simple.

Fabrice :

Donc, il faut aller enseigner le français dans une alliance française en Amérique Latine ou même ailleurs, c’est une possibilité. C’est une possibilité. Ensuite, vous avez une autre possibilité qui est par contre moins payée, c’est les cours particuliers. Donc, justement t’en donnes toi et moi j’en connaissais pas mal qui ont donné.

Il y a une vraie demande ici au niveau du français, enfin, en Colombie en général au niveau du français des cours particuliers parce que la première langue à enseigner c’est l’anglais j’imagine et la deuxième c’est le français ?

Aurélien :

En fait, il faut savoir qu’en Colombie, la première langue avant c’était le français. Tous les parents en fait de mes amis, on leur a enseigné le français avant l’anglais. C’était le français. Mais, avec l’influence des américains, ça a changé maintenant, c’est l’anglais en premier. Donc, le français a perdu un peu de sa … disons – de sa notoriété en Colombie par obligation. C’est vraiment malheureusement, ça était imposé par le ministère de l’éducation. En fait, moi j’enseigne les cours particuliers quand j’en ai. Je ne vis pas de ça concrètement, je ne vis pas de ça.

Fabrice :

Oui, il y a beaucoup de profs qui complètent par des cours particuliers à côté.

Aurélien :

Je complémente mes revenus grâce à cela. Mais, si une personne est assez active, elle pourrait vivre de ça, c’est vrai. Mais, il faut être bien actif quand même. Il faut trouver des personnes qui ont vraiment un pouvoir d’achat aussi pour payer un natif parce que le problème c’est que ici, il y a beaucoup de gens qui veulent apprendre. Mais, ils veulent les cours gratuits quasiment, ce n’est pas intéressant pour le travailleur.

Fabrice :

C’est quoi bien payé ici pour un cours particulier de l’heure en euros ?

Aurélien :

Écoute, pour moi, là actuellement, je demande 8.50 euros au cours d’aujourd’hui qui est à 3600 pésos, [1euro 3600 pésos ?]

Fabrice :

Donc, là le cours de l’euro est assez haut donc. Comment dire, ça ne veut pas forcément dire grand-chose parce que si vous vivez ici et si c’est 30000 c’est pas mal, donc, c’est un peu – si vous convertissez en ce moment – c’est un peu relatif, il faut penser en pésos plutôt.

Aurélien :

C’est vrai que c’est un peu folklo, mais en fait, il faut compenser en pésos oui. Donc, nous on vit en pésos. Ici, normalement un colombien peut donner des cours à 12000, 15000 l’heure. Donc, c’est le double en quelque sorte. Donc, c’est ce que je fais, je complémente mes revenus quand c’est possible. Des gens qui veulent partir au Canada pour aller s’installer là-bas ou sinon des gens qui veulent partir en échange interuniversitaires.

Fabrice :

Justement, pour donner peut être un ordre d’idées par rapport au budget, combien ça coûte d’être dans une coloc juste pour comparer ? une chambre dans une coloc…

Aurélien :

Une chambre dans une coloc ? Et bien écoute, moi quand je suis arrivé, j’ai pris des chambres parce que c’est très compliqué en fait de prendre un appart à son nom en Colombie parce qu’il faut que vous ayez besoin de garant. Et qui va vous garantir ? Ce n’est pas les colombiens que vous ne connaissez pas. Donc, c’est un peu compliqué. Donc, en fait, moi la première chambre que j’ai prise, j’ai payé $350.000.

Fabrice :

D’accord, donc, $350.000 et quand même…

Aurélien :

Et dans un beau quartier. Mais, il faut calculer si vous voulez vraiment un quartier UP à $500.000, vous avez quelque chose de bien. Mais, après, tout dépend de la ville, tout dépend, le quartier. Donc, il faut être relatif.

Fabrice :

Donc, ce n’est pas mal $30.000, si on compare à $500.000 le loyer, ce n’est pas mal.

Aurélien :

350 oui, c’est 10% c’est un peu moins de 10%.

Fabrice :

Vous enlevez 10 et vous avez payé votre loyer.

Aurélien :

Voilà, c’est ça.

Fabrice :

Okay, très bien. Voilà, pour ce petit point que je voulais faire sur l’enseignement du français dans les alliances françaises ou par des particuliers. Là on va revenir au professeur de fac : Quel est le salaire d’un prof de fac en gros, enfin en moyenne pour un débutant, enfin, quelqu’un qui arrive comme ça, qu’est ce qu’il peut espérer ?

Aurélien :

Bon, alors là ça dépend des diplômes qu’il a, ça dépend s’il sait négocier et ça dépend s’il parle bien espagnol parce que c’est vraiment important. C’est important d’avoir du charisme ici. C’est un pays avec des caractères assez forts et encore plus à Santander comme tu le sais, dans notre région. Donc, il faut savoir s’imposer sans s’imposer. Il ne faut pas non plus faire sentir que la personne en face de toi est inférieure, bien évidemment, bien au contraire.

Donc, moi en fait, je vais parler de ma première expérience. C’est la Saint-Thomas, quand je suis arrivé, j’ai passé les concours et tout. Je suis rentré à Bogota. Ils m’ont appelé et m’ont dit « Oui, c’est okay. » Donc, j’ai dit « Okay, mais en fait, quel est le salaire ?» Ils me font « 2 millions ». Je fais « Pour 2 millions, moi je ne pars pas de Bogota, je reste à Bogota. »

Fabrice :

2 millions, combien ça fait aujourd’hui ?

Aurélien :

En termes aujourd’hui, je ne sais pas. Mais, si on calcule sur le terme le taux de change de l’époque, c’était 2500 pésos, 1 euros était égal à 2500 pésos, c’est-à-dire que 2.5 millions, ça faisait 1000 euros. Donc, ça faisait 800 euros à peu près. D’accord ? À l’époque ! Donc, j’ai dit « non ». Et donc, après, il m’a dit « bon je vais parler avec les prêtres pour voir s’il y a possibilité d’augmenter ». Et donc, il a parlé avec eux et en fait, ils m’ont proposé « 1/3 de plus, c’est-à-dire 3 millions » et là j’ai accepté parce que j’ai senti qu’il y avait eu un effort quand même fait.

Fabrice :

Oui, en plus, ce n’est pas mal…

Aurélien :

Conséquent, donc, j’ai accepté ici et je suis arrivé ici. Donc, en fait, je gagnais 3 millions de pésos, ce qui était équivalent à 1200 euros.

Fabrice :

D’accord. Oui, ce n’est pas mal parce qu’il y a parfois des profs qui sont payés 2 millions, 2 millions 500.

Aurélien :

Oui, il y a des profs qui gagnent beaucoup moins, ça dépend après. Alors, il faut dire le contrat, ici c’est 40 heures. Mais, ce n’est pas 40 heures de cours, vous avez maximum 22 heures ou 24 heurs de cours et le reste ce sont des tâches administratives : on vous demande de faire des traductions ou des travaux que…

Fabrice :

Des tâches administratives que tu dois faire à la fac ou tu peux faire chez toi ?

Aurélien :

Je peux les faire n’importe où mais par contre ici, ça dépend des universités mais les universités Saint-Thomas, il y avait quelqu’un qui passait pour savoir si on était là. On avait obligation d’être là, même en dehors des heures de cours. En fait, on a des heures qui sont mises et on doit être quelque part obligatoirement.

Fabrice :

Ah l’enseignement catholique, ça ne rigole pas.

Aurélien :

Non, mais ce n’est pas seulement les catholiques qui font ça. Même les universités privées laïques le font, ça dépend après le niveau de l’université. Je pense que les universités type « Universidad de los Andes » ou « del Rosario » qui sont les meilleures de Colombie ne le font pas, j’imagine. Parce que c’est une question de management, c’est un management à l’ancienne, très archaïque ici.

Fabrice :

Et tu penses – enfin, qu’est ce qui est le plus facile pour postuler ? Enfin, où on a le plus de chance de trouver un poste dans une université publique ou privée dans lesquelles ils sont plus open, à ton avis par rapport à un étranger.

Aurélien :

Alors, l’université privée c’est beaucoup plus simple de trouver un emploi parce que en fait ici il faut dire que si vous connaissez quelqu’un, c’est la porte ouverte à un emploi. Il faut voir. Ici, que ce n’est pas comme en France, comme on dit, il faut avoir un piston. Ici, le piston, c’est plus important que notre CV. Si vous êtes le fils de ou l’ami de, ça sera beaucoup plus simple pour rentrer. Par contre, moi je ne connaissais personne. Mais, je connaissais une amie qui a passé mon CV. Donc, et eux quand ils ont vu mon CV, université Paris 4 la Sorbonne, ils ont été très intéressés par mon profil. Donc, ils m’ont appelé. Mais, ce n’est pas dû au piston, sinon, quand la personne a lu mon CV, a été séduit. Concernant l’université publique, non, ça ne marche pas pareil. En fait, déjà dans un premier temps, il faut qu’il y ait un concours qui s’ouvre. S’il n y a pas de concours qui s’ouvre, vous pouvez aller toquer toute votre vie, il faudra attendre le prochain semestre ou l’année suivante.

Donc, qu’est ce j’ai fait pour rentrer à l’université industrielle de Santander, là où je suis actuellement, qui est une université publique. C’est la 6ème université de Colombie, quand même, donc, ce n’est pas rien. Et c’est la meilleure université de la région. Et elle est très prestigieuse surtout dans tout ce qui est ingénierie. Donc, en fait, pour entrer là-bas, j’ai passé le concours et donc, là c’est des concours assez difficiles. Ce n’était pas le concours que j’avais passé à Saint-Thomas. Là, en fait, c’est vraiment un système beaucoup plus méritocrate.

Fabrice :

D’accord. Donc, voilà.

Aurélien :

…et qui travaillait pour l’état.

Fabrice :

Donc, il y a plus de possibilités en gros pour résumer si on s’adresse à des facs privées. D’ailleurs, il y en a plus que les facs publiques.

Aurélien :

Oui, il y a beaucoup plus d’universités privées que publiques.

Fabrice :

Donc, il y a plus de possibilités.

Aurélien :

Parce qu’ici la Colombie n’a pas vraiment les moyens d’appuyer l’université comme nous en France. Il n y a pas le même budget. Quand on regarde le PIB de la Colombie et le PIB de la France, le PIB de la France, c’est 2.5 et le PIB de la Colombie, c’est 0.04. Donc, ce n’est pas le même.

Fabrice :

Oui, c’est clair. Okay. Dernier point que j’aimerais qu’on aborde un peu, c’est les conditions de travail. Comment ça se passe professeur à l’université je veux dire par rapport au niveau pédagogique, au niveau des rapports avec les élèves ou des collègues, enfin, surtout au niveau du rapport avec des élèves. Bon, il paraît que ce n’est pas… enfin, pour avoir discuter avec d’autres profs, ce n’est pas facile, les élèves sont assez … ils sont moins disciplinés qu’en France. C’est un peu plus… Enfin, vas-y. Tu vas nous raconter ça.

Aurélien :

D’accord. Non, en fait, si on compare le système d’éducation supérieur, l’enseignement supérieur entre la France et la Colombie, oui, c’est drastiquement différent. Bien évidemment parce que déjà la culture est différente, la société est différente, etc. Alors, ce qui – vraiment – est peut être choquant, c’est la distance qu’on a nous en France avec le professeur. Donc, vous pouvez aller en cours d’un prof et ne jamais parler avec le prof. Et vous pouvez avoir de bonnes notes ou une mauvaise. Mais, ce n’est pas parce que vous aurez parlé avec le professeur que vous allez avoir de bonnes ou de mauvaises notes. Donc, ça c’est la première chose que je pourrais dire.

En France, il y a un grand respect envers l’enseignant de l’université au sein de l’université. Mais, en dehors de l’université, il y a moins de respect dans la société civile. Il y’en a moins qu’au sein de l’université. En Colombie, c’est l’inverse, les étudiants respectent moins les professeurs et dans la société civile, le professeur est beaucoup plus respecté. Donc, ça, c’est le premier paradoxe si on veut comparer. Pourquoi je le dis ? Bon déjà, dans un premier temps, il faut savoir que les étudiants colombiens et la culture colombienne, c’est une culture de proximité. Les gens parlent comme si ils se connaissaient depuis toujours. Vous pouvez prendre un taxi et il peut vous raconter sa vie, ce qui ne se passera jamais en France par exemple. Donc, ici les étudiants viennent, ils peuvent vous faire la bise, ils vous serrent la main.

Fabrice :

Mais, d’accord, il y a une proximité mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de respect.

Aurélien :

Non, le respect il se perd à un autre instant. C’est quand justement en fait les notes arrivent parce qu’ici c’est très copinage. On est dans un pays où la culture est en fait très lèche-cul. En fait, ici les lèche-culs gagnent beaucoup. Ici, il faut être lèche-cul en Colombie.

Malheureusement, ce n’est pas mon cas, donc, c’est pour ça que je ne travaille plus dans les universités privées d’ailleurs parce que moi je n’y arrive pas malgré … Et je crois que je m’ennuie aussi. Franchement, je préfère qu’on m’emploie pour mes qualités, pour mes compétences que pour cela, pour être faux jeton quoi, non, non merci. Je pense que déjà, ça c’est une première chose. Alors, justement, les étudiants viennent essayer de vous séduire et je ne vous raconte pas avec les nanas comment c’est. J’ai eu des propositions indécentes comme je n’aurais jamais pu penser de ma vie. Franchement…

Fabrice :

Juste pour avoir une meilleure note.

Aurélien :

Oui, bien sûr pour qu’elle puisse passer la matière.

Fabrice :

Proposer de coucher pour une meilleure note.

Aurélien :

Oui tout à fait et on peut le dire carrément par message whatsApp, j’ai reçu des messages fantastiques.

Fabrice :

Oui, il y a des profs…

Aurélien :

Complètement fantasmagoriques. Je vous jure, c’est impressionnant. Ah oui, c’est impressionnant. D’ailleurs, ça m’a tellement choqué que je me suis dit, c’est un piège, ce n’est pas possible quoi. Franchement.

Fabrice :

Ah oui j’aurais pensé pareil, je pense.

Aurélien :

Et donc, en fait, à ces messages là, je n’ai jamais répondu. Mais, j’aurais pu créer beaucoup de problèmes à ces étudiantes. Mais d’autres…

Fabrice :

À toi aussi parce que j’imagine qu’il y a des profs d’ailleurs qui doivent craquer des fois, je ne te dis pas. Ça doit être… ça peut être triste des fois.

Aurélien :

Oui effectivement oui. Mais, en fait, entre colombiens, ils se comprennent ils ont la même culture, ils ont les même codes sociaux. Donc, ce n’est pas la même chose. Par contre, nous en tant qu’étrangers on ne sait pas sur quel pied danser. Donc, c’est plus compliqué pour nous. Ben j’ai eu aussi d’autres cas où il y avait un politicien, un Consejal, ici les conseillers municipaux sont élus. Donc, en fait, ils ont du pouvoir. Ils sont très bien payés et en fait, il est venu et il m’a dit « oui je te donne tant comment on s’arrange ? Je ne peux pas venir en cours comment on s’arrange ? » Carrément ! Oui, impressionnant !

Fabrice :

D’accord. Et j’imagine aussi que t’as une pression des parents des fois, parce que c’est eux qui paient surtout dans les facs privées.

Aurélien :

Non, je n’ai jamais eu affaire à une personne qui m’a envoyé ses parents non. Par contre, oui c’est vrai que les étudiants…

Fabrice :

Une belle fille, c’est plus efficace que les parents ?

Aurélien :

Oui, ça c’est certain. Il ne faut pas être farouche. Non, franchement,

Fabrice :

Oui, un beau décolleté ça marche mieux.

Aurélien :

Oui, non c’est impressionnant comme on peut vous rentrer dedans, essayer de vous séduire, enfin, on essaie de vous la faire dans tous les sens, parce qu’il faut savoir que le « vice » qu’on dit « oui, cette personne tape le vice » en France vulgairement, ici c’est différent.

Donc, on ne voit pas arriver de la même manière, on pense que c’est plus sincère, et cetera. Mais, c’est vrai que la culture colombienne, c’est un peu la culture de qui gagnera à savoir s’il va réussir à convaincre la personne malgré les mensonges. Donc, c’est un peu ça. Mais, pour revenir à la question qu’originalement tu me posais…

Fabrice :

… sur les rapports.

Aurélien :                      Donc, le rapport c’est un rapport très proche. Il faut être ami et ne pas être ami en fait à la fois. C’est un peu bizarre. Il faut être proche mais garder une distance mais beaucoup plus fine qu’en France. En France, il y a aucun copinage avec les professeurs. Normalement, hein !

Ici, en fait, les profs sortent avec leurs élèves, ça se voit, ça existe ça ! C’est vrai que aussi, il y a un autre facteur culturel qui rentre en jeu dans les relations homme-femme, c’est que ici un homme de 30 ans. En fait, les femmes de 20 ans regardent les hommes de 30 ans et les femmes de 30 ans regardent les hommes de 40 ans.

Donc, en fait, il n’y a pas ce problème qu’on a nous en France quand on voit une fille de 20 ans avec un mec de 30 ans, ça nous parait aberrant. Ici, c’est normal.

En fait, c’est pour ça qu’il y a une relation beaucoup plus serrée. Mais, concernant homme-homme, après c’est pareil, on m’a proposé d’aller boire des canons, on m’a proposé une soirée. Enfin, on m’a proposé de tout hein franchement. Ici, on a essayé de me corrompre par tous les moyens.

Fabrice :

Oh c’est normal ! [rire] Mais, ouais, moi, ça me dérangerait si j’ était prof d’aller boire des verres. Enfin oui faire la fête avec des élèves. Oui, ça serait un peu, je serai mal à l’aise. Ça serait un peu bizarre. Enfin, surtout avec l’autre sexe, peut être encore plus parce qu’il y a toujours quand même de la séduction, il y a toujours une histoire de séduction donc ouais, j’imagine que ça doit être un peu spécial. Mais, voilà comme tu le disais : c’est la culture colombienne. Et puis, la culture colombienne, c’est aussi ne pas trop respecter les limites, les règles je veux dire, c’est toujours essayer de ne pas respecter même les règles !

Aurélien :

En fait, oui, la culture colombienne c’est il faut toujours être sur le fil quoi !

Fabrice :

Voilà, donc, tout ce qui est triche ?

Aurélien :

Ah oui non, mais j’ai trouvé énormément de personnes qui trichaient.

Fabrice :

Genre ils ne voyaient pas trop où est le problème.

Aurélien :

Je connais beaucoup de professeurs qui voyaient les étudiants tricher et les laissent faire.

Fabrice :

Ah oui carrément.

Aurélien :

Quelques uns parce qu’ils manquent de charisme. Certains professeurs manquent de charisme. Donc, ils n’osent pas en fait. Moi, j’ose et moi on ne me l’a fait pas et je le fais bien montrer parce que je ne supporte pas ça.

Fabrice :                        J

ustement, là dans le rapport avec les élèves. Donc, au niveau de la sévérité avec la culture colombienne, je trouve que c’est tout un…il faut arrondir les angles ! C’est rare. Enfin, moi j’ai rarement vu un colombien élever la voix vraiment. Enfin, tu vois ce que je veux dire ? C’est quand même pas mal arrondir les angles j’imagine que dans l’enseignement c’est pareil non ?

Aurélien :

Non, non, c’est pour ça que je te disais en fait que j’ai eu plusieurs accrochages.

Fabrice :

Ah oui toi, t’es français, donc, t’as plus tes…

Aurélien :

Non, justement, pas seulement moi ! Parce qu’ici, ils ont – ce n’est pas qu’ils n’ont pas de respect – c’est que leur éducation en fait, s’ils ont beaucoup d’argent, s’ils sont de familles aisées, ils se croient tout permis parce qu’ils ont de l’argent. Donc, en fait, ils vont le faire sentir. Et ils vont le faire sentir de manière assez insolente, arrogante et vont mal vous parler.

Une fois, il m’arrivait qu’une personne venait se plaindre du partiel. Donc, elle a été refusée donc à la matière, non admise, et elle est venue et elle m’a apporté sa copie, et elle me fait : « Regarde ça c’est vraiment, c’est ce que j’ai trouvé. J’ai regardé et j’ai trouvé sur Internet. »

En fait, le truc, c’était une notion de marketing international. Et c’était le piggy bag. Donc, le piggy Bag en fait c’est une technique d’exportation. Et elle, elle a regardé le piggy backing et en fait, c’était en réseaux de télécommunications. Donc, en termes de communication ça veut dire autre chose et en termes de marketing, ça veut dire autre chose. Donc, j’ai essayé de lui expliquer et elle ne comprenait pas. Pour elle c’était comme ça ! Et alors qu’elle avait complètement tort. Et donc, elle m’a dit : « Je vais faire une révision de ma copie et tout. Je vais faire une demande de… » et en fait, elle a eu moins après.

Fabrice :

Ah oui ? Bien fait pour elle !

Aurélien :

Franchement, donc, il y a beaucoup de choses comme ça. Il y a des gens qui peuvent vous manquer de respect. D’ailleurs, l’autre jour, vous pouvez écouter des manques de respect par certains étudiants qu’on ne trouverait jamais en France. Franchement, c’est compliqué. Donc, oui, et ça, c’est un problème plus de tempérament aussi ici à Santander parce que les gens de cette région ont énormément de caractère et ils sont assez fermés. Donc, ils acceptent très peu la différence.

Fabrice :

Ouais, je pense à Bogota Medellin, c’est un peu plus ouvert peut être.

Aurélien :

Il y a un peu plus de respect parce qu’il y a plus de culture et il y a plus d’éducation.

Fabrice :

Très bien alors, pour finir ce podcast parce que là on a parlé, ça fait une petite accumulation des points négatifs, des inconvénients d’être prof. Mais, il y a des avantages aussi. Je veux dire par rapport au fait que dans l’exercice quotidien, alors ton métier, qu’est ce que t’apprécies le plus ?

Aurélien :

Personnellement, déjà, si j’enseigne pour moi c’est le plus beau job du monde. J’aime transmettre, je suis très généreux. J’aime beaucoup je suis également venu non seulement pour faire mon stage et terminer mon master. Mais, également aussi pour essayer d’appuyer le développement des colombiens, parce que c’est un pays qui vraiment mérite beaucoup plus que ce qu’il a. Donc, j’essaie d’ouvrir et de donner d’autres perspectives différentes aux étudiants, qu’ils aient des outils qui leur permettent de comprendre qu’est ce qui se passe et comment est la vie et comment est la culture chez nous, comment on pense. Voilà, c’est ce que j’essaie de faire.

Après, bien évidemment, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que par exemple, l’année dernière, cette année, c’était un peu plus difficile à cause des manifs. Mais, l’année dernière, je travaillais en trois universités. J’arrivais à me faire 5 millions et demi par mois. 5 millions et demi par mois, c’est à dire, le salaire minimum ici c’est 600000 pésos. 5.5 Millions donc en fait, c’est….

Moi, j’ai calculé à l’époque qu’en fait, 10000 pésos c’est en pouvoir d’achat, c’est comme si vous aviez dit 10 euros, en quelque sorte. Donc, en fait, c’est comme si je gagnais 5000 euros presque. Bien évidemment au change pas du tout. Mais avec 1500 pésos vous vivez mais comme un roi en Colombie. Donc, je vivais très bien et puis, les étudiants qui respectent et qui veulent vraiment apprendre, qui sont là et qui prennent tout pour argent comptant, eux en fait, vous le renvoient.

Et ça c’est un grand soulagement, et une grande fierté en tant que prof. Après, l’avantage c’est que dans la société civile, on est vraiment très respecté en tant que professeur. Et quand par exemple, je dis je suis professeur de la UIS (Université Industrielle de Santander), ici tout de suite, les gens disent « waw », ça fait waw c’est impressionnant. Donc, je gagne un certain statut. Donc, c’est un avantage quand même. Je suis bien vu.

Fabrice :

D’accord. Là, tu vas continuer à faire ça. T’as pas d’autres projets pour changer. Enfin voilà, t’es bien là ?

Aurélien :

Pour l’instant, oui je suis bien. Avec ma nana, un peu moins bien. Ah non c’est assez compliqué les relations amoureuses ici en Colombie qu’en étranger. Malgré tout cela, j’ai quand même intériorisé les normes et les valeurs colombiennes, et je me suis très bien intégré comme t’as pu le constater à cette société là mais malgré cela, ce n’est pas simple. Les femmes sont très compliquées ici en Colombie, elles sont très belles, elles peuvent paraître très accessibles également, mais par contre, pour poser les jalons, c’est un peu compliqué dans une relation.

Cependant, écoute ma foi je suis entrain de faire un projet d’une page web d’un business ici. Je suis entrain de chercher les investisseurs. D’ailleurs, si des gens sont intéressés, n’hésitez pas à nous faire signe. Je pense c’est quelque chose qui existe déjà en Europe mais qui n’existe pas ici et je pense que c’est une très bonne idée. Donc, je suis dans cette optique là.

Je souhaite également continuer à enseigner parce que c’est une passion également. Et puis, qui vivra verra, je laisse aussi place, je laisse mon destin entre les mains de ce qui se passera. Et puis, des opportunités qui se présenteront.

Fabrice :

D’accord. Très bien. Merci Aurélien d’avoir pris le temps, parce que là on est proche d’une heure carrément de podcast mais bon c’était intéressant. C’est vrai qu’on s’est un peu écarté du prof fac en Colombie parce que je pense que tu ne peux pas couper. Enfin, t’es obligé de prendre en compte tout ce qui est autour. Voilà tout ça, c’est obligé quoi. Et puis, voilà parce que ça fait partie du vivre à l’étranger tout court. Donc, merci à toi bonne chance pour tes projets. Et puis voilà, merci beaucoup.

Aurélien :

Merci beaucoup, et bien, je souhaite saluer tous tes auditeurs et puis, n’hésitez pas à visiter la Colombie, c’est un pays fantastique. Salut. A bientôt.

Fabrice :

A bientôt. Ciao.

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