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IVCAST 45 : Travailler dans l’humanitaire, avec Otxoa de la Croix-Rouge

Travailler dans l’humanitaire, peut-être y avez-vous pensé un jour ? Otxoa nous raconte 

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A propos de cet épisode :

Otxoa est responsable de l’antenne de la Croix-Rouge à Bucaramanga en Colombie. Il travail depuis plusieurs années pour la célèbre ONG à la croix rouge. Avant, il a enchainé les expériences un peu partout sur le globe : Pakistan, Afghanistan, Indonésie…

Pour celui qui désire découvrir le monde, travailler dans l’humanitaire est une piste professionnelle. Pour autant, la motivation ne peut se réduire aux voyages. L’humanitaire est un secteur exigeant qui n’est pas fait pour tout le monde.

Otxoa nous raconte son quotidien, son parcours et nous dresse un portrait de ce métier pas comme les autres.

 

 

 

Merci d’avoir écouté !

 

 

Transcription

Fabrice : Bienvenus pour ce nouvel épisode du podcat « Instinct Voyageur ». Alors, aujourd’hui, on va parler d’un secteur qui fait sans doute rêver pas mal d’entre vous, puisque c’est un secteur… Disons, que c’est une bonne piste pour celui qui veut travailler et les voyages et vie professionnelle. C’est le secteur de l’humanitaire. Etre travailleur humanitaire pour cette interview, pour ce podcat aujourd’hui, j’ai en face de moi Ochoa qui est responsable régional de l’antenne de la Croix-Rouge international à Bucaramanga en Colombie. C’est bien ça ?

Ochoa : C’est à peu près ça, oui.

En quoi consiste un travailleur humanitaire ?

Fabrice : J’y suis arrivé. C’est un peu long, il y a le titre et tout. Donc, Ochoa, aujourd’hui, je voulais te poser des questions par rapport à ton expérience dans ce secteur là comme travailleur humanitaire. C’est un peu bizarre de dire travailleur humanitaire, mais bon, dans le secteur humanitaire, puisque tu as quand même une bonne expérience pour le coup. Ça fait combien de temps que tu fais ça ?

Ochoa : Une dizaine d’années à peu près.

Fabrice : D’accord. Tu me disais juste avant l’interview. Alors, toi tu n’as pas fait une école précise.

Ochoa : Spécialisée non.

Fabrice : Spécialisée dans le domaine. Tu as fait une fac, rien à voir…

Ochoa : Une fac de sciences, une maîtrise de sciences, de maths, d’informatique, etc, qui ne me plaisait pas vraiment. Et puis, je me suis réorienté. J’ai eu l’occasion d’étudier un master en management international en Angleterre dans le cadre de mes études. Et ensuite, après, de me réorienter vers le domaine. Au début du développement et de la coopération en étudiant un master en développement, justement en coopération, orientée sur les pays de l’Asie, de l’Est et du Sud-est, les pays du Pacifique.

Fabrice : Oui, parce que tu me disais, il y a plusieurs parcours pour arriver dans ce secteur. Il n y a pas de profile type. Au contraire, souvent ils recherchent des profiles atypiques. En général, quel est…

Ochoa : Atypique ou très spécialisé. Par exemple, vous travaillez dans une ONG médical, comme « Médecins sans frontières » ou « Médecin du monde ». Forcément, ils recherchent avant tout des profiles médicaux, donc des médecins, des infirmières, sages-femmes, chirurgiens, etc. Mais aussi les profiles qui sont dominants dans ces ONG, c’est les profiles de logistique-administration, surtout la logistique. Et ça, c’est des formations qui peuvent s’opérer en France, dans des écoles comme Bioforce à Lyon. C’est des formations relativement courtes d’un à deux ans, voire plus. C’est des spécialisations après et qui permettent justement d’intégrer ces ONG comme logisticiens, administrateurs ou log-admin. Ce qui est en fait une contraction des deux, qui sont des postes qui couvrent un peu les deux domaines. Et ça, c’est vraiment des spécialités qui s’acquièrent en étudiant et pas forcément sur le tas, même si ça peut éventuellement intégrer une ONG comme je l’ai fait en fait. Sans cette formation, mais à l’époque, ça commence à exister. Mais, ce n’était pas encore trop courant.

Fabrice : Voilà, il y a plusieurs chemins qui mènent à ce secteur. Alors, toi, quel a été ton premier poste. Donc, l’histoire, c’est que j’étais en stage dans une entreprise française à Bangkok en Thaïlande. Donc, dans ce domaine là, qui est un domaine qui ne m’intéressait pas trop dans le privé. Et puis, j’avais un ami qui travaillait pour les nations unis, le bureau international du travail à Rangoun en Birmanie. Et qui m’a fait part, il est venu un jour me rendre visite à Bangkok. Il m’a fait part d’une petite ONG française qui cherchait un bénévole quelques mois pour travailler dans une zone très isolée, frontalière avec la chine. Et donc, j’ai profité de quelques semaines de vacances en Bermani pour rencontrer le responsable de cet ONG, qui s’appelait « Aide Médicale Internationale », qui maintenant a fusionné avec une autre ONG, qui s’appelait « Première Urgence » et qui travaille essentiellement dans les soins de santé primaire. Et donc, j’ai rencontré cette personne, il m’a proposé un poste de bénévole pour quelques mois. En fait, ils n’avaient pas le budget pour recruter quelqu’un directement de Paris, puisque c’est une ONG française, avec un siège à Paris, qui est une scission de médecins sans frontières dans les années 70’s et voilà. Donc, j’ai commencé à travailler en 2004 comme bénévole sous la frontière chinoise et là, fin de l’année, tsunami en Indonésie. Et ils ont décidé de m’envoyer là-bas comme responsable de logistique administration.

Fabrice : En Thaïlande ?

Ochoa : En Indonésie. En

Fabrice : Ah oui. C’est une zone durement frappée par le tsunami…

Ochoa : Par le tsunami. Donc, à peu près, 200000 morts en Indonésie, je suis arrivé là-bas avec quelques collègues de l’ONG pour monter la mission.

Fabrice : J’étais passé en 2010. Il y avait encore un bateau là en plein milieu de la ville, je me rappelle.

Ochoa : Je l’avais pris en photo à l’époque d’ailleurs. Moi, je suis arrivé à peu près un mois et demi après le tsunami sur place et on a monté un projet de soins de santé primaires. Donc, pour les personnes directement affectées par le tsunami.

Fabrice : C’était une expérience forte !

Ochoa : Pas forte, mais très difficile dans des conditions de vie extrêmement compliquées : Il n y avait pas d’eau courante, on dormait un peu dans les ruines. Pas d’électricité. Donc, on avait un petit générateur qu’on pouvait uniquement utiliser la journée.

Fabrice : Et tu ne t’es pas demandé qu’est-ce que je fais là ? J’ai bien choisi ma voie ?

Ochoa : Si un petit peu, même plusieurs fois. Et puis, dans des conditions tellement compliquées que voilà, cela a eu aussi une répercussion directe sur les relations entres collègues au jour le jour. Donc, beaucoup de tensions internes et puis une ONG qui n’avait pas forcément les moyens de ces ambitions. Donc, ce n’est pas évident et ensuite, là j’ai passé 6 mois là-bas. En plus, il y a eu un autre tremblement de terre quand j’y étais. Donc, un tremblement de terre qui a fait un 8.9 sur l’échelle de Richter. Donc, c’est énorme, ça dure 3 minutes. On se retrouve à ne plus pouvoir marcher, à ramper pour sortir de la maison. Donc, ça c’était aussi un peu… c’est traumatique. Mais, ensuite, tout s’est bien passé. Au bout de 6 mois, j’ai abrégé cette mission et je suis partie travailler avec une autre ONG. Là, ils m’ont envoyé au Pakistan. Ensuite, au tremblement de terre qui avait lieu là-bas en 2005. Donc, tout le long du pays dévasté, 80000 morts et là, ils m’ont envoyé comme coordinateur de logistique et on change aussi la sécurité. Donc, je suis parti aussi pour 6 mois. Et j’enchainais après sur la guerre au Liban en fait. Donc, entre Israël…

Fabrice : Quand ?

Ochoa : 2006, été 2006. Mission d’urgence, distribution. Donc, Israël qui bombarde le Liban. Ensuite, le Liban.

Fabrice : C’était l’expérience forte quand même. Disons, une zone de guerre.

Ochoa : Oui, exactement oui. Toujours, les zones d’urgence. Donc, on peut envoyer des besoins des ONG pour lesquels je travaillais sans vraiment choisir. Mais, en répondant aux besoins des plus urgents. Donc, voilà. Puis, souvent, des courtes missions, dans des conditions difficiles. Et après ça, j’ai décidé de faire une pause. Donc, j’avais déjà un peu un instinct voyageur. Donc, avant de travailler, je voyageais beaucoup en Asie et Asie du Sud-est. Ce qui m’a un peu motivé aussi, le faut que j’étudiais ce Master spécialisé sur les pays d’Asie et puis là, j’ai décidé de prendre 6 mois de voyage en Amérique Latine pour apprendre l’espagnol et découvrir ce continent.

Fabrice : Et ça, c’est quelque chose, tu me disais que tu faisais souvent entre deux postes. Tu prenais plusieurs mois pour voyager et faire autre chose.

Ochoa : Voilà, c’est ça un peu ce qui me plaisait.

Fabrice : Génial. C’est un luxe.

En quoi consiste le Comité International de la Croix Rouge « CICR » ?

Ochoa : Ce qui me plait toujours dans ce boulot, c’est que voilà, on travaille en missions. Donc, ils sont généralement définies au préalable, donc, on part pour 6 mois, un an, un an et demi, deux ans. Et entre les missions, on peut facilement s’arrêter le temps qu’on veut, voilà pour faire autre chose, pour s’adonner à d’autres activités si on en a, que ce soit professionnelles ou personnelles. Donc, voilà. Après, j’ai voyagé un peu 6 mois en Amérique Latine, le temps d’apprendre l’espagnol en commençant par la Colombie d’ailleurs et justement par Bucaramanga. Donc, c’est un clin d’œil au destin, puisque maintenant, j’y travaille 10 ans plus tard. Et après ça, je me suis donné en fait à un projet personnel : J’ai monté une petite affaire au Maroc, une maison d’hôte dans le sud du Maroc, avec mon frère qui habite là-bas depuis nombreuses années. Donc, voilà, j’ai racheté une vieille maison en terre, en pisé qui appartenait à… C’est un village en fait en ruine. Village juif qui avait abandonné dans les années 60’s. Et donc, j’ai acheté la maison principale du village qui était la maison du rabbin. Donc, je l’ai fait restaurer. Donc, les vraies techniques traditionnelles, avec des ouvriers locaux. Et ensuite, après cette expérience, deux ans plus tard, j’ai intégré le comité international de la croix rouge comme délégué. L’acronyme « CICR », donc qui est une organisation internationale, basée à Genève en Suisse et qui fait partie du mouvement international de la croix rouge. Et donc, qui est à différencier avec les différentes sociétés nationales de la croix rouge, comme la croix rouge française ou les croissants rouges.

Fabrice : Oui, c’est un peu leur rôle de presque intégrer ce genre d’organisation ?

Ochoa : Oui, dans le milieu, c’est un peu la Rolex des organisations humanitaires, en tous cas, c’est la plus ancienne. Et donc, c’est la première organisation humanitaire reconnue. Et d’où émergent petit à petit, en fin du 19ème siècle, ce qu’on appelle le droit international humanitaire. C’est le droit de la guerre. C’est tout un ensemble de règles de droit et de traités, etc. qui permettent de réguler ce qui est possible de faire ou pas dans le cadre d’un conflit armé, international ou interne. Et donc, le CICR au travers des conventions de Genève, qui sont un petit peu le corps de ce droit international humanitaire. Le comité international de la croix rouge, le CICR a un rôle de garant vis-à-vis de ces conventions et le rôle aussi de développer les conventions, le droit international humanitaire vis-à-vis des états qui sont signataires de ce droit et qui se doivent de le respecter. Donc, après, je pourrais un peu développer sur le travail, mais…

Fabrice : D’accord. Alors, revenons un peu sur tes motivations. Pourquoi tu as décidé de rentrer, de mettre un pied dans l’humanitaire au début. Il y a plusieurs raisons je sais. Il y a sans doute j’imagine, l’envie de voyager de bouger.

Ochoa : Oui. Tout à fait. Au début, c’est sûr que je cherchais un travail qui me permet de voyager, ou en tous cas de m’expatrier. Donc, au début, je voyais plus ça par le biais d’entreprise privée. Puis, petit à petit, c’est aussi des intérêts pour diverses causes, le fait que dans ma famille, j’avais aussi ma mère qui était très militante. Donc, j’ai un petit peu grandi dans ce cadre là. Et puis, des amis aussi voilà. J’ai vu qu’ils intégraient un peu, pas forcément les ONG, mais j’ai des amis aux Nations Unis. Et puis, le fait d’être confronté à des réalités en voyageant aussi. Je pensais que c’était un peu un secteur difficile à intégrer, ce qu’il l’est. Il ne faut pas se le cacher. C’est un peu difficile de l’intégrer, une fois qu’on y est, c’est beaucoup plus simple de travailler. Moi, maintenant, depuis que j’ai intégré en tous cas, depuis 10 ans, il y a beaucoup de formations qui se sont développées, des Master, des formations même plus courtes.

Fabrice : C’est un peu, un petit monde non ? Enfin, moi, c’est l’image que j’ai. C’est une petite communauté un peu spéciale. Enfin, c’est un peu…

Ochoa : Oui, tout à fait. Avant l’avoir intégré, on ne sait pas trop en fait à quoi ça ressemble et quel type de profile ils recherchent, etc. En tous cas, moi j’avais l’image de médecins sans frontières : Je pensais qu’ils recrutaient uniquement des chirurgiens, des médecins, des infirmiers. Donc, je ne connaissais pas du tout ce type de métier comme la logistique ou l’administration, etc.

Fabrice : Toi, ta motivation, c’était voyager, vivre à l’étranger et faire un truc utile.

Ochoa : Voilà, faire un travail utile, après un stage en entreprise qui ne m’a pas beaucoup plu, puis je me voyais mal retourner en France. Et voilà. Faire un « boulot classique », parce que tout travail fait sens, je veux dire. Il ne faut pas non plus hiérarchiser l’intérêt de tout travail, les ONG fonctionnent aussi parce qu’elles ont des donations.

Fabrice : Il y a des gens dans le siège aussi.

Ochoa : Il y a des gens dans le siège. Mais si des gens travaillent dans le secteur privé, qui font des donations, et puis ceci par le biais des donateurs institutionnels. Donc, l’union européenne, le gouvernement français, etc. C’est le fruit de l’impôt que les gens… Il ne faut pas opposer non plus le travail humanitaire avec…

Les motivations d’un travailleur humanitaire

Fabrice : Et quelles sont les motivations des travailleurs humanitaires. C’était intéressant ce que tu me disais avant qu’on commence l’interview. Il y avait plusieurs motivations. Il y a des gens qui font ça pour plusieurs raisons. En effet, il y en a, c’est pour voyager, d’autres c’est vraiment se rendre utile. D’autres, c’est peut-être pour d’autres raisons.

Ochoa : Oui, je pense que les motivations sont vraiment diverses et variées. C’est souvent un mix de diverses raisons. Donc, comme tu as dit, je pense beaucoup à se sentir utile dans le travail, le voyage, découvrir de nouvelles cultures, etc. d’être confronté à des réalités diverses et variées. Il y a aussi le fait, je dirais de pouvoir bénéficier d’une certaine liberté dans le travail, parce qu’en fonction comme je disais en contrat. C’est-à-dire, qu’on peut partir pour 6 mois, 3 mois, 8 mois, deux ans. Et entre contrats, entre missions, on peut s’arrêter et faire autre chose. Donc, ça permet vraiment à chaque fois si on n’aime pas le boulot, si on n’aime pas son chef, son équipe. A tout moment, c’est relativement facile de dire ok stop et puis repartir dans un autre pays avec une autre équipe. Donc, un vrai sentiment de liberté. Et puis, après, j’ai croisé aussi des profiles de gens complètement narcissiques qui se pensaient les sauveurs du monde, etc. D’autres qui fuient certaines réalités ou un passé, etc. On rencontre vraiment de tout dans ce milieu.

Fabrice : Oui, comme dans le monde des expats de façon générale.

Ochoa : Oui, expats mais ça dépend des milieux, par exemple les expatriés d’une grande multinationale avec les expatriés humanitaires. Oui, on peut peut-être comparer ça avec l’expat qui va monter une petite affaire, un petit hôtel, etc. Je ne sais pas un restaurant en Afrique, pourquoi pas.

Fabrice : Il y en a qui ont le syndrome mère Teresa. [Rire]

Ochoa : Oui, tout à fait. Mais après, les vrais humanistes, les vrais altruistes franchement, je ne pense pas en avoir vraiment rencontrés dans ce milieu là. En tous cas, ils ne sont pas dans ce milieu là.

Fabrice : Oui, on fait tout ça parce que c’est un besoin ou une nécessité.

Ochoa : Exactement. On fait tout ça pour des raisons personnelles au départ. Moi, par contre, j’ai un peu du mal avec certains collègues, etc. que j’ai pu croisés dans le cadre de ce travail qui prétendent faire ce boulot uniquement par altruisme et qui ont en tous cas l’impression, qui donnent l’impression de se sacrifier dans ce travail là. Non ! Personne ne se sacrifie !

Fabrice : C’est l’image qu’ils veulent se donner à eux-mêmes.

Ochoa : Voilà. Mais, personne ne se sacrifie pour ce boulot. Et parfois, dans certaines interrogations, on peut être même bien payés, voire très bien payés quand on parle des nations unis. C’est tout sauf de l’altruisme. Après, certes, je pense qu’il y a peut-être un sentiment de vouloir travailler dans un domaine où il y a un peu plus de justice, etc. Puis, d’ « être utile ». Mais, je n’aime pas non plus cette expression là parce que tout le monde est utile.

Fabrice : Peut-être que parfois certains pour certaines missions, ce qu’ils aiment c’est l’adrénaline. Enfin, je parle vraiment dans des missions vraiment chaudes.

Ochoa : Alors là, oui, tu fais bien de mentionner ça, puisque c’est aussi un…

Fabrice : ça me fait penser un peu au reporter de guerre tu vois ?

Ochoa : Alors, tu trouves aussi ce genre de profile.

Fabrice : C’est un peu peut-être la même.

Ochoa : Oui, tout à fait. C’est assez militaire dans certains aspects. Tu trouves aussi beaucoup d’anciens militaires qui font ce boulot. Et à un moment donné, c’est vrai qu’il y a certains points de convergence. Et certaines personnes qui ont travaillé en tous cas en ONG ou qui travaillent, qui sont à la recherche tout à fait de ce type de situation forte qui cherche… Voilà, d’être au milieu des combats, entendre les balles, etc. se retrouver en pleine zone de conflit. Et moi, je croisais des personnes comme ça qui m’ont même un peu fait peur. Les personnes où, voilà, j’ai une anecdote. Par exemple, au Liban, on est arrivé. Israël avait détruit toutes les voies d’accès. Donc, dans l’aéroport, on avait été obligés d’arriver dans le pays par bateau de chypre. Et on n’était que des humanitaires à l’intérieur. Donc, à l’allée. Et donc, on arrive. Déjà, il y a une salve de bombardements dans un quartier proche. Quartier chic en fait, au sud de Beyrouth. Après, c’est calme, on se retrouve tous à l’hôtel un peu stressés et là, il y a tout d’un coup une autre salle de bombardement très proche. L’hôtel qui tremble, etc. Et une de mes collègues qui me dit. Ah enfin, je me sens bien.

Fabrice : Quoi ? Elle est folle !

Ochoa : Voilà. Et là, elle s’est mis en fait à nous expliquer que ça venait aussi, qu’elle venait d’Afghanistan et toutes ces expériences en plein conflit et qu’elle adorait se retrouver… Pour moi, ça c’est un peu l’extrême.

Fabrice : Une femme qui aime les émotions fortes.

Ochoa : Ça, c’est une personne qui est en général proche ou qui est déjà dans ce qu’on appelle le burn out, qui est un concept dont on parle de plus en plus dans le milieu du privé, etc. Mais qui, dans le monde humanitaire est très fréquent. Donc, c’est quelque chose qui arrive je pense que tout travail humanitaire est passé par un burnout un moment donné. C’est des situations qui allient en fait la force charge de travail avec le stress de l’environnement. Parce qu’il faut dire dans ces conditions là, quand on travaille dans l’humanitaire, en général en urgence, on travaille 7jours/7, en général, 18h ou 20h par jour. On dort très peu dans des conditions très difficiles. On partage souvent des chambres ou des tentes à plusieurs, etc. Donc, c’est très dur. Donc, c’est pour ça aussi que les missions sont courtes quand c’est de l’urgence pure. Pas facile à vivre, cela amène parfois à des situations de burnout où on n’en peut plus. On craque émotionnellement !

Fabrice : Justement, j’imagine qu’un des inconvénients majeurs de ce métier c’est la difficulté d’avoir une vie de couple ou une vie de famille.

Ochoa : Oui, tout à fait. Après, il y’en a qui arrivent très bien. C’est vrai qu’en début de carrière, ce n’est pas évident puisqu’on nous envoie souvent dans les contextes les plus difficiles. Puis, après, il y a beaucoup de turnover, comme on dit, donc on change d’une mission à l’autre. Donc, c’est vrai qu’en couple, ce n’est pas forcément évident. Mais, j’ai plein d’exemples. Un ami qui est en couple et il est très heureux dans ce domaine.

Fabrice : Les deux travaillent dans le même secteur.

Ochoa : Oui, en général oui.

Fabrice : Donc, en même endroit.

Ochoa : Oui au même endroit. Après, ils voyagent ensemble. S’ils ont des professions éventuellement complémentaires. Par exemple, un administrateur avec une infirmière, etc. Ils arrivent après dans de gros ONG, à faire valoir leur expérience et à obtenir des missions communes. Parfois, dans des zones un peu compliquées, ils ne pourront pas forcément y aller avec des enfants. Et puis, souvent après avec l’expérience, on atteint des postes de management. Donc, en capital dans des conditions…

Fabrice : D’accord. Donc, on peut dire qu’il y a plus de célibataires, de divorces que d’autres secteurs, je pense.

Ochoa : Le divorce, je ne sais pas. Célibataires, oui il y a plus de célibataires. En grande partie, c’est un secteur où il y a beaucoup de jeunes et il y a énormément, donc comme je disais de turnover. C’est-à-dire, que beaucoup de gens font ce travail quelques années, voire moins. Et c’est rare ceux qui font carrière toute leur vie.

Ochoa : Voilà, c’est assez rare quand même. Quand je parle de turnover, c’est-à-dire qu’en moyenne, dans une ONG, comme médecins sans frontières, si je ne me trompe pas, il y a un turnover moyen de moins de 2 ans. Ça peut évoluer, mais c’est ce qu’on m’avait dit. Et au CICR, là où je travaille, c’est à peu près ça. Alors qu’en moyenne, les gens ne durent pas plus de deux ans dans l’organisation. Ça ne veut pas dire qu’ils vont changer de voie.

Fabrice : Dans l’organisation, ensuite, ils vont…

Ochoa : Ils peuvent aller ailleurs ou changer complètement de voie. Et moi j’ai plein de collègues qui ont fait une mission et qui ont dit non, ce n’est pas pour moi et puis ils font autre chose. Après, ça peut être… Après, il ya aussi des profiles de personnes qui voient la mission humanitaire comme un tremplin pour un autre travail. Par exemple, dans le cas d’une école de commerce, ils voient ça comme un plus pour leur CV. Donc, ils vont faire une ou deux missions humanitaires avec un objectif très claire, c’est d’arrêter les missions.

Fabrice : C’est vraiment un plus pour le CV ?

Ochoa : Pour beaucoup oui et ça démontre une capacité d’adaptation de s’affronter à des situations difficiles, etc.

Fabrice : Justement le gars qui a fait ça pendant 10 ou 15 ans. Tu me disais, le retour c’est dur, puisque ces compétences, cette expérience, elle est toujours difficilement valorisable pour les entreprises en France, parce que voilà, tu me parlais de logistique, tu me disais. Maintenant, un logisticien humanitaire, c’est un boulot différent.

Ochoa : Oui, exactement. Il faut bien se poser la question avant de faire ce boulot. Si on le fait du coup au moyen terme, et après on retourne à ces occupations, au travail qu’on faisait normalement dans son pays d’origine ou alors, on décide de faire carrière. Et après, le retour est compliqué. Ça sera un CV dans le monde du travail. Après 10 ou 15 ans dans l’humanitaire, non seulement c’est compliqué pour soi, parce qu’on est habitués à vivre dans des conditions différentes. En fait, dans un cadre qui n’est pas du tout routinier.

Fabrice : Après, tu as des primes en retour je pense ?

Ochoa : Les primes non, les organisations, il n y a pas de primes en retour.

Fabrice : Non, la déprime sans prime.

Ochoa : Ça peut, ça peut carrément ! Il y en a qui parfois décident d’arrêter et puis, ils rentrent en France pour donner un exemple d’une personne que j’avais croisée, qui n’est pas forcément en formation, mais qui a commencé ce boulot un peu autodidacte. Et au bout de 15 ans, etc. elle éytait chef de mission, etc. avec des grosses équipes, genre des budgets parfois de plusieurs millions d’euros, des équipes de 300 personnes, etc. Beaucoup de responsabilité, puis il se retrouve, il va rentrer en France au bout de 10, 15 ans. Il n’a aucun diplôme, il n’arrive pas à faire valoir son expérience et il se retrouve à faire les marchés, etc. Donc, au bout de 6 mois, un an, il n’en peut plus. Il ne gagne même pas un SMIC. Et puis, voilà. Il retourne, il retombe….

Fabrice : Souvent, il faut faire une conversion après.

Ochoa : Après, reconversion. Et puis, voilà. Il faut complètement changer de voie ou alors éventuellement si tu as pu mettre un peu d’argent de côté, monter une affaire. Il y en a beaucoup qui montent parfois des restaurants, des hôtels ou des petites affaires dans un des pays qu’ils auront visité, dans leur pays d’origine. Il y a vraiment tout type de profile.

Fabrice : ça me fait un peu pensé à ceux qui font carrière dans l’armée. Tu vois après ? Enfin, c’est différent. Mais…

Ochoa : Dans l’armée.

Fabrice : Je ne sais pas si c’est dur de se reconvertir après.

Ochoa : Je pense, mais il me semble que la carrière dure beaucoup moins longtemps. Et puis, après ils ont des soldes.

Fabrice : Oui, c’est différent.

Ochoa : Donc, ils n’ont pas forcément besoin de travailler. Alors que là l’humanitaire, ça dépend encore des ONG, des organisations. Mais, l’organisation humanitaire française comme « Médecins sans frontières » ou « Médecins du monde », ce n’est pas des gros salaires. Donc, ça ne permet pas vraiment d’économiser beaucoup d’argent.

Fabrice : Justement, c’est quoi en gros les gros salaires, la fourchette de salaires pour un logisticien. Enfin, je sais que c’est très variable.

Ochoa : En fait, ça ne varie pas tellement. Il n y a pas une différentiation par rapport à un logisticien ou un chirurgien. C’est plus en fonction de l’expérience en interne ou l’expérience humanitaire. Donc, moi, quand j’ai intégré, il y avait encore le statut qui existe encore je crois, de volontaire. C’est un petit peu un statut brut qui permet de toucher un salaire officiel. Mais, qui ne permettait pas à l’époque en tous cas de pouvoir bénéficier de cotisations retraite, ou de chômage. Donc, je crois que ça a changé depuis quelques années. Maintenant, c’est obligatoire. Et à l’époque moi quand j’ai commencé, donc j’étais bénévole et je touchais un – ce qu’on appelle un perdième – qui me permettait de couvrir un peu les dépenses courantes. Et j’étais nourrie logée avec un barème de 200€ un truc comme ça par mois. Après, je suis passé volontaire. Donc, j’avais ce perdième qui varie en fonction des contextes, plus l’indemnité de 800€ par mois de volontariat. Et puis, en fait, après, ça peut évoluer une fois qu’on a deux ou trois ans dans l’ONG ou quelques missions. On peut passer à un statut de salarié. Il y a des ONG qui salarient directement leur staff et ça peut en général. Ça varie de 1200 à 2000, 2000 jusqu’à 3000€ je pense en France, pour un chef de mission avec pas mal d’expérience par mois. Mais pas plus.

Fabrice : Et plus dans une grande ONG internationale ?

Ochoa : Grande ONG, ce n’est pas forcément la taille. Après, c’est les anglo-saxonnes par exemple. En France, on part un peu du principe. Je ne sais pas, je crois que c’est culturel. On part du principe que, quand tu fais de l’humanitaire, tu dois le faire de manière bénévole ou volontaire. On a un peu du mal, à intégrer le fait que maintenant, c’est des ONG qui sont de plus en plus professionnelles et qui demandent forcément des profiles de plus en plus spécialisés, donc professionnelles. Toutes les ONG que je connaisse, ils demandent tous au moins un bac+5. Donc, des gens qui ont… voilà. Des mecs qui sont ingénieurs ou qui ont fait sciences po ou avocats. Donc, à un moment donné, ces gens là, il faut les payer correctement. Et les anglo-saxons ont compris très vite. Donc, en général, ils ont tendance à mieux payer que les ONG françaises. Mais, voilà, je pense que l’ONG française, ici ils se sont rendus compte et puis il y a quelques années, ont décidé un petit peu d’élever leur grille de salaires. Donc, maintenant, ça reste… Ce n’est pas des salaires extrêmement élevés. Mais, c’est quand même correct au vu des compétences qui sont demandées en sachant que souvent ces ONG aussi ont des frais sur place. Donc, on ne paie pas le logement. Certains payent la nourriture, d’autres non. Et puis, on a aussi, ce qu’on appelle les perdièmes sur place qui permettent de couvrir toutes les petites dépenses locales. Donc, on peut quand même mettre l’argent de côté en travaillant avec des ONG françaises.

Les pré-requis pour devenir un travailleur humanitaire

Fabrice : Alors, dis-moi quelles sont les qualités pour travailler dans ce secteur ? Je dirais, la facilité d’adaptation.

Ochoa : Oui, c’est ça. C’est toutes des qualités, je pense, un peu évidentes, bien sûr. Capacité d’adaptation si tu as travaillé à résister, dans des conditions compliquées de stress parfois aigu, permanent, dans des conditions pour discuter on partage la vie de certaines personnes jour et nuit parfois. Enfin, soit c’est au boulot, soit c’est le soir, on habite dans la même maison. Donc, pour gérer tout ça, ce n’est pas évident et puis, quoi d’autre après, c’est une ouverture d’esprit forcément, puisqu’on se retrouve à travailler avec des équipes de nationaux, enfin, des gens qui sont dans les pays dans lesquels on travaille, donc, c’est des équipes mixtes.

Fabrice : Ah oui, il faut j’imagine être polyglotte, enfin, au moins parler anglais.

Ochoa : Alors, l’anglais oui, ça c’est quasiment indispensable, je dirais. Bon, il y a quand même des pays francophones où on intervient, l’Afrique est francophone, le public démocratique du Congo, etc. Mais, c’est sûr que si on ne parle pas anglais, à un moment donné, on est vite bloqué. Puis, je pense que c’est même un frein au niveau du recrutement, je doute qu’ils recrutent des travailleurs humanitaires, qui ne maîtrisent pas un minimum l’anglais. Après, il y a des langues qui sont des gros plus, qui sont : l’arabe par exemple, l’espagnol.

Fabrice : Ah oui ? L’arabe, c’est vraiment un avantage.

Ochoa : Ben oui maintenant avec le nombre de crises qu’il y a au moyen orient, en tous cas, dans mon organisation, la croix rouge internationale, c’est une langue qui est très recherchée en sachant qu’on a – je pense – plus de la moitié de notre staff qui travaille dans les pays arabophones : entre la Syrie, le Yemen, l’Irak, la Palestine, le Liban, la Jordanie, etc il y a un grand compte qui se crée là-bas et pour nous, forcément pouvoir parler arabe, ça permet de ne pas devoir passer par des interprètes. Donc, voilà, ça facilite la relation avec les interlocuteurs, avec les bénéficiaires, etc. Puis, dans le cas de notre travail qui est assez spécifique qui est la croix rouge internationale si, c’est assez essentiel.

Fabrice : Et toi en tant que donc responsable régional de la croix rouge, quel est un peu ta semaine type. Enfin, quels sont le type d’activité que tu fais. Donc, là, c’est plutôt du management et tu es quand même j’imagine sur le terrain.

Ochoa : Oui, c’est un peu de tout. Moi, j’ai commencé comme délégué terrain, on appelle ça dans le jargon de la croix rouge internationale. Donc, c’est que beaucoup de terrains. Et maintenant, j’ai monté un petit peu les échelons. Donc, je suis responsable d’un bureau régional. Mais, c’est donc tu disais beaucoup le management. Bon, là, j’ai une équipe d’une quarantaine de personnes à gérer. Un mix d’expatriés, puis de colombiens, qui pour la plupart eux sont, pour le coup, beaucoup sur le terrain. Donc, c’est des équipes mixtes. Il y a des ingénieurs, des personnel de santé, il y a des communicants, il y a des responsables sous la thématique des mines. Et puis, il y a les délégués qui sont tous des étrangers. Donc, en fait, c’est le poste sur lequel j’ai commencé, que le rôle est un peu de discuter avec les parties prenantes au conflit. Donc, l’armée, la police. Mais aussi, les groupes armés, la Guérillas, pour leur appeler leurs devoirs vis-à-vis du droit international humanitaire, qui consiste en gros à faire la guerre, pas de problème, mais à respecter ceux qui ne participent pas aux conflits, c’est-à-dire : les civils, les blessés, et voilà.

Fabrice : Justement, ici, comme on est en Colombie. Une des activités principales de la croix rouge, c’est de gérer, enfin, d’être intermédiaire, non ce n’est pas vraiment une intermédiaire entre les différents partis de conflits.

Ochoa : Si, on est intermédiaires neutres. C’est-à-dire la croix rouge internationale, c’est une organisation qui est neutre, impartiale et indépendante. Et l’idée derrière tout ça, c’est justement de pouvoir faire le lien entre deux partis qui….

Fabrice : C’était la croix rouge qui avait aidé à la libération, non ? Ou alors je dis des conneries, non ?

Ochoa : Alors non. Justement, il y a eu un abus de notre…

Fabrice : Ah oui, c’était un abus. J’avais cru voir la croix rouge.

Ochoa : En fait, nous on n’intervient pas dans les négociations. On est neutre, ce qui veut dire qu’on ne prend pas partie.

Fabrice : Oui, voilà, ils étaient déguisés, ils avaient utilisé ce qui est complètement débile, d’ailleurs.

Ochoa : Bon, je ne veux pas trop parler de ça parce que c’est encore sensible. Mais, en gros, voilà, nous on a un rôle qui est neutre. Donc, on discute avec les deux parties, ou les trois ou les quatre. C’est en fonction du type de conflit. En général, ils nous font confiance. Et l’idée, c’est de pouvoir réaliser notre travail humanitaire, d’accéder aux victimes du conflit dans toutes les parties du pays, avec l’acceptation, les garanties de sécurité de toutes les parties en conflit, que ce soit l’armée, ou les groupes de Guérillas. Et spécifiquement ici, en Colombie, on intervient beaucoup dans la libération d’otages. C’est-à-dire, quand un groupe armé prend quelqu’un en otage. Mais, même si ça ne s’est pas fait dans ce cas là, ils nous appellent et ils nous remettent. Donc, nous, on va avec nos voitures. On voit un point donné où on récupère la personne qui était prise en otage et on la ramène à sa famille. Donc, ça c’est un rôle classique, on en contient ici depuis des années. Donc, on a participé à plus de 1700 remises d’otages ici en Colombie dans ce cadre là.

Fabrice : C’est une grande partie de l’activité de l’antenne ici ? L’intermédiaire….

Ochoa : Il y a pratiquement plus de prises d’otages, etc. Mais en cas d’un processus de paix, ça va être beaucoup plus dans le passé. Mais, on travaille par exemple dans le cas du processus de paix avec les FARC et maintenant, avec l’ELN. Donc, dans le cas de ce rôle d’intermédiaire neutre, on organise toute la logistique des transports.

« Business » du tourisme humanitaire

Fabrice : Oui, il y a une autre question que je voulais te poser, c’est : j’aimerais avoir ton avis sur le business un peu des vacants, je ne sais pas comment on peut appeler ça, du tourisme humanitaire. Oui, je crois que c’est le terme. C’est toutes ces ONG, toutes ces boites qui proposent de passer, qui proposent à des voyageurs de venir deux semaines, un mois, travailler dans un orphelinat ou dans d’autres secteurs moyennant en général finances et moyennant même un budget assez élevé. C’est souvent genre, j’ai déjà vu je crois 2000€ les deux semaines ou quelque chose comme ça, ou même la semaine, je ne sais plus. D’ailleurs, il y avait une émission là, un reportage sur envoyé spécial il n y a pas longtemps qui était super intéressant sur ce sujet, parce qu’il y a beaucoup d’abus, etc. Alors, je ne sais pas si tu connais un peu le sujet. Toi, qui est professionnel justement voilà. Quel est ton avis ?

Ochoa : Non, je n’ai pas un avis d’expert là-dessus.

Fabrice : Déjà, est-ce que ça sert à quelque chose en fait. Pour ceux qui travaillent auprès d’enfants…

Ochoa : Non, ce qui est déjà on recommande les ONG spécialisés dans l’enfance,des hommes pour laquelle j’ai travaillé. Je recommande à ce que seuls des experts dans le domaine, travaillent auprès des enfants. Puisque c’est déjà une organisation qui vous propose de travailler comme ça bénévolement en payant pour donner des cours d’anglais à des enfants en bas âge ou déjà ça, ça sent un peu l’arnaque.

Fabrice : Oui, puis le problème, c’est ce que j’avais lu, c’est que, voilà, là les enfants, ils ont tendance à s’attacher. Et la personne elle est là que pour une ou deux semaines.

Ochoa : Oui, tout à fait. D’ailleurs, c’est bien illustré dans le reportage d’envoyés spécial dont tu parlais. Moi, je ne m’imaginais même pas que ça pouvait être la réalité pour être aussi extrême. Dans le cas de mon boulot, j’en ai croisé des ONG, puis des charlatans. Alors, ça il y en a toujours dans les, ce qu’on appelle les cercles humanitaires. C’est-à-dire, Tsunami, tremblement de terre où arrivent des centaines et des centaines d’ONG. On parle de …

Fabrice : Oui, parce que j’imagine qu’il y en a de cette façon. Le but c’est d’obtenir des subventions peut-être publiques ou des subventions, ou des fonds privés. Et ensuite, il n y a pas forcément une transparence et un suivi avec ce qu’ils font de cet argent. J’imagine, il y a des abus comme ça.

Ochoa : Oui, tout à fait. Il y a des abus à tout niveau. Des ONG, qui ne sont pas forcément, qui peuvent être des ONG corrects dans leur domaine et qui parfois, je dirais profitent de la manne d’argent qui va arriver suite à une catastrophe qui est très médiatisée comme le tsunami où en fait, il y a par exemple trop d’argent. Et donc, il y a des donateurs, ou des bailleurs financiers qui se retrouvent avec énormément d’argent à distribuer et là, il n y a plus vraiment de contrôle et les petites ONG qui ne sont pas forcément compétents dans ce domaine, s’alignent sur les offres et récupèrent de l’argent, et en fait, ils font un peu n’importe quoi. Ça, je l’ai vu vraiment sur le tsunami, sur d’autres cas aussi, d’autres contextes. Il y a des ONG aussi qui font tout et n’importe quoi. Il y a les scientologues, je me souviens de ce tsunami qui offrait des massages du crâne apparemment aux victimes du Tsunami. Enfin bon, voilà. On voit un peu tout et n’importe quoi. Mais, l’escroquerie, oui. Il y a tous les niveaux. Même souvent aussi, ce qui est dommage, c’est les ONG locales qui cherchent à faire des partenariats avec des ONG internationales et qui se présentent comme des experts en tel ou tel domaine. Et en fait, c’est que des façades.

Fabrice : En gros, la personne là s’il y a un auditeur qui envisage de passer par ce genre de structure : payer 2000€ la semaine, tu le déconseilles plutôt quoi.

Ochoa : Quand eux doivent payer, oui, si eux doivent payer, c’est que c’est louche. Il y a plein d’organisations qui… Bon, je ne veux pas citer les noms. Mais, qui recrutent des bénévoles, là, c’est autre chose et quand on est bénévoles, on est nourris, logés en général, on n’est pas payés, mais au moins, on a des frais payés, en général, il y a quelque chose de sérieux quand même.

Fabrice : Tu veux dire que du moment où ce n’est pas payé, c’est plutôt un gage de sérieux derrière, parce que après tout, les deux, on pourrait allier les deux enfin. Enfin, ce n’est pas…

Ochoa : Quand c’est payé au bénévolat. Je veux dire quand la personne souhaite payer doit payer parce que dans l’exemple que tu donnais, c’est la personne, c’est le volontaire qui paie pour effectuer un travail. Donc, c’est là où il y a une arnaque, c’est là ou ce n’est pas des pros et en général. Bon, les chiffres donnés dans l’envoyé spécial, il parlait de 20%, qui sont concrètement reversés au bénéficiaire. Donc, c’est rien. En fait, c’est des entreprises qui font d’énormes marges. C’est des gros business et qui ont un impact complètement négatif sur les personnes qui sont sensées aider, donc…

Fabrice : Carrément négatif ?

Ochoa : Oui ! Carrément ! Ou alors inutile. Moi, je n’ai pas eu des cas comme ça. Mais je me souviens en Tsunami, il y avait une organisation d’une ONG française, dont je ne citerai pas le nom, qui fonctionnait un peu comme ça avec des volontaires qui payaient 2000€ ou 3000€ pour venir un mois, donner des cours et eux me disaient qu’ils se sentaient complètement inutile. Donc, voilà.

Fabrice : Moi, ça ne me viendrait jamais l’idée, ça ne m’est jamais venu l’idée de payer autant cher pour…

Ochoa : Normalement, c’est des gens qui veulent… Je ne sais pas…

Fabrice : Se rendre utile…

Ochoa : Voilà, il y a des profiles en général qui…

Fabrice : C’est le bobo parisien qui vous donne bonne conscience.

Ochoa : Oui, éventuellement, pas forcément parisien. Mais de tout partout. Peut-être, je ne sais pas des banquiers qui ont ramassé pas mal d’argent, qui veulent aider ou quoi que ce soit dans quelques domaines, le redistribuer et en fait, c’est souvent des motivations qui sont saines. Il n y a rien de mal là-dedans, au contraire. Mais, je pense il vaut mieux donner, faire un don à une ONG, une bonne ONG sérieuse, professionnelle, plutôt que de se lancer là-dedans quand on ne sait pas où on va…

Fabrice : Très bien. Ecoute, je crois qu’on a fait le tour du sujet sur ces secteurs de l’humanitaire. Peut-être une dernière question plus personnelle. Comment tu vois les 5 prochaines années ?

Ochoa : Justement, je ne les vois pas. Donc, c’est un peu ça.

Fabrice : Si tu les imagines alors ?

Ochoa : On verra où le vent me mène.

Fabrice : Tu continues dans le milieu ?

Ochoa : Oui, je pense maintenant, j’ai prévu de faire autre chose l’année prochaine. Je vais faire un break d’un an, un an et demi pour faire autre chose, complètement autre chose. Et puis, on verra. C’est ça un peu le luxe aussi de ce travail. C’est que ça permet quand même de travailler, de faire un boulot passionnant, de faire des rencontres enrichissantes tout le temps. Et puis aussi, comme je disais, cette liberté qui permet de mettre aussi des sous de côté, il faut le dire quand on travaille et qui donne cette souplesse pour pouvoir faire autre chose. Voilà. Donc, je travaille en deux ans et après je fais autre chose pendant un ou deux ans.

Fabrice : C’est génial, le gars fait des breaks comme ça dans sa vie. Il fait des mini-retraites plusieurs fois dans sa vie. C’est quand même cool !

Ochoa : Non, on ne fait pas fortune. Mais, on vit un peu au jour le jour et voilà, on n’est pas dans le besoin non plus. Moi, je vis très bien. Je ne me prive de rien. Je fais un boulot qui m’intéresse. Et voilà. Tout se passe bien.

Fabrice : Très bien, et bien écoute Ochoa. Merci d’avoir passé du temps un peu à répondre à ces questions. Et je te souhaite bonne route.

Ochoa : Merci à toi. Bonne route à toi aussi.

 

 

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