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IVCAST 53 : Amazonie : six mois de voyage en terres indigènes

Anaïs Bajeux a passé six mois en Amazonie à la rencontre des tribus indigènes. Elle en a ramené un documentaire. Retour sur ce voyage intense au Brésil. 

 

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A propos de cet épisode

J’ai rencontré Anais au Festival Partir Autrement d’ABM en juin dernier. Je l’ai donc interviewé sur son voyage de six mois à la rencontre des tribus indigènes d’Amazonie. Voilà un trip par très commun.

C’est le genre de voyage hors des sentiers battus, intense et qui vous sort de votre zone de confort pour le coup. Engagée, elle en a fait un documentaire qu’elle projette dans divers festivals.

 

Liens cités

Le site d’Anaïs. 
La page Facebook de l’association.

Bande annonce du documentaire :

Digital Nomad Starter : mon événement le 2 septembre à Paris. En route vers l’indépendance géographique !

Place limitées ici. 

 


Merci d’avoir écouté !

 

 

Transcription

Amazonie :

Fabrice : Bonjour, bienvenus pour ce nouvel épisode du podcast Instinct Voyageur et je suis en direct du festival ‘Partir autrement’ à Paris. Je suis avec Anaïs. Bonjour Anaïs.

Anaïs : Bonjour, salut, merci.

Fabrice : Alors Anaïs, tu es réalisatrice. Anaïs Bajeux, tu es réalisatrice. Tu viens de Savoie.

Anaïs : Haute-Savoie.

Fabrice : Haute-Savoie pardon, c’est vrai. Je dois faire attention là. Je marche sur les œufs là, il y a une différence c’est vrai. Et tu es venue au festival pour projeter ton film « Amazonie : 6 mois de voyage en terres indigènes ». Et comme son nom l’indique, tu es partie six mois en Amazonie, dans la jungle. Alors, raconte-nous un peu, tu m’as raconté juste avant en fait quel a été chronologiquement le déroulement de ce voyage ?

La grosse déforestation

Anaïs : Alors en fait, le but c’était de réaliser un film autoproduit sur l’importance de la forêt amazonienne, la situation du peuple indigène et de comprendre l’impact d’un barrage hydroélectrique qui sera le troisième plus puissant du monde. Donc, en fait, on n’est pas …

Fabrice : Ah troisième carrément ?!

Anaïs : Oui, oui. C’est assez énorme. Et du coup, on est parti principalement au Brésil. D’abord pour aller comprendre un peu la situation de la déforestation en fait, parce que c’est vrai que l’Amazonie d’un point de vue occidental, on s’imagine une forêt vierge qui, encore aujourd’hui, malgré ce qu’on nous dit avec les associations de préventions écologistes que même si elle se fait un peu décimer, ça reste quand même une forêt tellement énorme qu’il faudrait des années et des années avant que ça disparaisse. Malheureusement effectivement ça disparaît beaucoup et justement ce qui est très impressionnant c’est quand on voyage notamment en bus ou en bateau, c’est de se dire oh c’est très joli, c’est très bucolique mais il y a des vaches, il y a des champs et on se dit mais si on regarde la carte en fait, on devrait être en Amazonie, l’Amazonie commence à ce niveau là pour autant on ne voit pas de forêt. Et donc, en fait, la question qu’on se pose c’est plutôt à partir de quand dois-je m’inquiéter de ce que je vois, il n y a pas cet… Il est très difficile de voir cette image comme nous montre Greenpeace par exemple de la coupe extrême de tout bêtement une forêt et un champ et c’est très radical. Ça eux-mêmes mettent des mois en fait à le trouver. C’est des mois de surveillance avec des satellites, etc. pour trouver l’image choc. Ce qui est plutôt choquant, c’est justement de ne pas voir ce genre de choses.

Fabrice : Donc, le rythme n’a pas ralenti ?

Anaïs : Le rythme c’est-à-dire ?

Fabrice : Le rythme de la destruction de la forêt.

Anaïs : Non. Enfin, je pense qu’en fait qu’il y a eu une grosse déforestation il y a quelques années, qui à un moment ralenti par les lois.

Fabrice : Oui, parce que je me rappelle il y a 10 ou 15 ans. Peut-être il y a 20 ans, on parlait de la superficie de la Belgique qui était perdue par année, enfin ! Ça a du se ralentir, je pense, quand même.

Anaïs : Là, on dit c’est 13 millions d’hectares de forêts qui disparaissent chaque année. C’est un quart de la France. Donc, c’est quand même énorme. Je dirai que ça dépend en fait des périodes, mais ça va quand même de pire en pire. Donc, la déforestation reste un fait énorme. C’est dû à plusieurs causes.

Fabrice : Quand on y va on le voit vraiment, concrètement.

Anaïs : Et bien, on le voit. Mais ce n’est pas choquant pour un occidental parce que nous on a l’habitude de ce paysage bucolique. Donc, c’est vrai que ce n’est pas choquant à voir. Donc, c’est vrai qu’il y a quand même ce questionnement de ok est-ce que c’est ça la déforestation, est-ce que je dois m’inquiéter ou pas.

Fabrice : Alors, quel est ton but vraiment quand t’as voulu faire ce projet, quand t’es partie ?

Anaïs : Alors, le but ultime c’était d’aller à la rencontre des indiens. Donc, de comprendre comment ce peuple indigène vive aujourd’hui en dépendance avec la nature sachant qu’elle disparait. A partir du fait, du constat que nous étant originaire de Chamonix en Haute-Savoie, on voit qu’il y a un changement climatique qui est en marche parce que les glaciers fondent. L’Amazonie c’est une des plus grandes forêts au monde, si elle disparaît comment ça va se passer ? Et pour nous, mais aussi pour ces minorités ethniques. Et du coup, le but ultime c’est d’aller à la rencontre de ces peuples pour savoir comment ils vivent et comment ils naviguent entre leur tradition et le monde moderne et de quelle façon ils appréhendent la déforestation ?

Comment se déroule le voyage au Brésil ?

Fabrice : Où t’étais partie exactement ? Donc, c’était au Brésil, mais dans quelle partie ? Partie nord, nord-est ?

Anaïs : Alors on arrive à Brasilia…

Fabrice : Pas le nord-est, mais le nord-ouest plutôt.

Anaïs : On est arrivé à Brasilia, donc en juin 2013 ; donc c’était les manifestations justement avant la coupe du monde de foot, avant les jeux olympiques. Donc, c’est vrai un moment vraiment intense. Le premier jour, on était dans les manifestations. Donc, de Brasilia, on est allé à Porto-Seguro, où on a pris un bateau pour monter jusqu’à Manaus. De Manaus, on a rencontré des associations de défense sur le problème indigène. Ensuite, on est monté jusqu’à Boa-Vista avec un guide. Et en fait, c’était le moment de préparer notre voyage au Goiânia, donc l’ancienne Guyane Britannique où on a passé un mois avec un guide privé à la rencontre de communauté indigène et aussi de chercheurs d’or et de dimant. Voilà. Donc, c’était un mois de trek à pied. Ensuite, on est redescendu au Brésil pour arriver vers l’État du Pará sur la ville d’Altamira qui n’est pas du tout une ville touristique mais qui va être en fait la ville d’implantation d’un gros barrage qui s’appelle Belo Monte et qui va avoir un énorme impact socio-environnemental. Donc, on est resté un petit moment là et ensuite, on est descendu plus au sud dans l’État du Mato Grosso. Donc, vivre pendant deux semaines parmi l’ethnie et ensuite on est descendu jusqu’à Cuiabá, qui est la capitale de l’Etat de Mato Grosso. Mato Grosso en portugais, ça veut dire grande forêt. Et paradoxalement en fait c’est l’Etat le plus déforesté et eux accueillent à ce moment là, des jeux indigènes, donc l’équivalent de jeux olympiques, organisés par le gouvernement.

Fabrice : D’accord. Donc, toutes ces régions, j’imagine, parce que tout est région touristique, tu n’as pas du croiser beaucoup de voyageurs. Non ?

Anaïs : Alors le seul moment vraiment où on a rencontré des voyageurs c’était à Manaus, ou même effectivement on est passé par une agence de voyage à un moment, on avait négocié contre des photos à un tarif préférentiel pour être dans la forêt pour comprendre ce que vendaient les agences de voyage. Et ils vendent une forêt primaire alors qu’en fait, on est à deux heures de Manaus qui est rien du tout. Voilà. Donc, c’était intéressant d’avoir ce point de vue là. C’est en ce moment là, qu’on a rencontré un guide qui nous a permis d’être vraiment plus en immersion au Guyane.

Fabrice : D’accord. Alors moi si je veux passer faire un séjour. Ce serait un peu un séjour au sein d’une tribune en Amazonie, c’est vraiment accessible, c’est possible, comment faire ?

Anaïs : [Rire]

Fabrice : Ça demande une longue préparation à l’avance. Ah oui je sais. Je sais que c’est une question difficile, je la réservais pour la fin, mais là je me suis dit…

Anaïs : [Rire] Okay. Ça dépend de ce que tu veux vivre. Ça dépend combien de temps tu veux rester, et ça dépend ce que tu veux voir parce qu’il y a beaucoup de touristes justement qui souhaitent juste faire des photos et qui souhaitent voir le côté folklorique mais qui est en fait plus juste en business.

Fabrice : Donc, qui n’est pas très loin de la ville Manaus, par exemple dans des tribus qui font ça régulièrement…

Anaïs : Voilà, ou même des gens qui ne sont pas des tribus de base. C’est juste des …

Fabrice : Ah bon ? Carrément ?

Comment sont ces gens indigènes ?

Anaïs : Oui, oui. C’est des gens qui peuvent être d’apparence indigène ou qui simplement vivent, ou ne font pas partie de cette ethnie, mais qui peuvent se revendiquer comme tels. Et en fait, voilà. Donc, ils sont déguisés. C’est comme si c’était un carnaval en fait. Et les touristes paient pour ça. Donc, si tu veux voir quelque chose d’aussi faux et peu authentique, tu peux le faire et tu paieras très cher. Il y a aussi beaucoup d’ethnies, certaines qui se sont dit, bon on a besoin d’argent, on a besoin de revenu. Donc, honnêtement pourquoi pas faire ce genre de prestation aussi et qui bossent avec des Indigénes. Après, si tu veux quelque chose de plus authentique, qui demande du coup, beaucoup plus de temps et de préparation, pour le Brésil, en tous cas, si tu veux aller voir des indigènes, il faut avoir une autorisation du gouvernement, qui est longue et difficile à obtenir. Ce que je n’ai jamais eu. Donc, comment contourner les règles. Aujourd’hui, il y a facebook et c’est génial facebook parce que du coup, beaucoup de jeunes sont connectés suivant les régions. Il y a des tribus…

Fabrice : Tu as des tribus qui sont connectés, qui ont une page facebook ?

Anaïs : Oui. [Rire]

Fabrice : Non, ils font des live et tout.

Anaïs : Ils ont une page facebook, ils ont un écran plasma dans leur hutte c’est juste incroyable et justement si tu veux voir une ethnie en particulier, tu peux très bien taper leur nom dans facebook et tu verras que tu tomberas facilement sur des membres, voilà. Donc, après, tu peux leur passer un message, expliquer ta démarche, à savoir si eux sont susceptibles de t’accueillir ou pas. Et en fonction du projet, ils vont dire oui ou non ou alors ils peuvent aussi te faire payer. Donc, ça dépend ce que tu veux vivre et ça dépend combien. Ça demande pas mal de choses.

Fabrice : C’est cher ?

Anaïs : Ça peut être cher. Nous, par exemple, on a passé deux semaines, donc dans le parc indigène de  Xingu qui en fait, le premier territoire indigène reconnu par le gouvernement. Donc, la première réserve, si je puis dire. C’est une région qui aujourd’hui est très médiatisée par toutes les chaines de télé du monde entier, on a passé deux semaines donc chez eux et on a fait très attention justement à ne pas monnayer notre venue en expliquant justement que nous c’est un petit projet personnel, autoproduit, que le but ce n’est pas la BBC. On n’a pas d’argent, on n’a pas de production derrière nous. Donc, voilà. C’est, s’ils nous accueillent, en échange, nous, on parle de leur problème dans notre film qu’on va diffuser en Europe. Pour autant la deuxième semaine de notre venue, il y a eu une équipe de télé coréenne qui est venue, qui a payé 7000€, et qui en fait, était là pour tourner « un documentaire », où ils demandaient aux indiens d’enlever toute trace de civilisation, comme des scooters, du plastique, des choses comme ça. Donc, ils voulaient véhiculer une image de bons sauvages qui vivaient de manière idyllique dans la forêt, ce qui est complètement déconnecté de la réalité.

Fabrice : C’était pour un documentaire ?

Anaïs : Oui. Mais voilà, toute la nuance du mot documentaire est là.

Fabrice : D’accord. C’est assez étonnant ouais. Et alors, est-ce que tu as du coup, je suis un peu perdu, ma question porte sur le budget ?

Anaïs : Le budget de combien tu paies ?

Fabrice : Oui, si je veux par exemple passer deux semaines.

Anaïs : Je ne saurais pas le dire.

Fabrice : Une fourchette ?

Anaïs : Je n’en sais rien. Eux ils ont payé 7000€ mais parce que c’est une équipe de télé. Toi en tant que touriste tu ne paieras pas ce prix là. Et ça dépend qui tu vas voir. Et même je pense qu’en soi, payer un droit d’entrée pourquoi pas, à condition que ça serve à la communauté. Et ça, ça dépend vraiment des ethnies et du passé historique de chaque peuple en fait. Donc, je ne peux pas le dire.

Fabrice : En gros, il faut éviter les agences quoi !

Anaïs : Moi, je n’aime pas passer par les agences. Après je ne veux pas crasher sur tout le travail que ces gens font parce que…

Fabrice : Parce qu’il peut y avoir des agences éco.

Anaïs : Oui, le truc, c’est qu’en Amérique du Sud, tu dois sans doute le savoir, quand tu dis le mot éco-tourisme, ça n’a pas du tout la même signification que chez nous. Donc, c’est vrai que c’est quand même bien de demander un peu plus de précisions à ce niveau là. Pour autant j’imagine qu’il y a quand même des agences qui ont vraiment des responsabilités, qui ont des valeurs éthiques qu’ils souhaitent respecter et ça c’est très bien. Moi, ce n’est juste pas mon mode de voyage. Donc, après tout dépend. Il y a des gens qui veulent que tout soit parfait et j’imagine qu’il y a des agences qui le font très bien de manière solidaire. Après, combien ça va couter, là justement je ne peux pas te le dire. Je ne peux pas te répondre.

Est-il vrai qu’il existe encore des tribus indigènes ?

Fabrice : D’accord. Une autre question. Toi qui as étudié quand même la chose. Est-ce que ça existe encore des tribus qui ont très peu de contact avec la civilisation. Ça existe ça encore ?

Anaïs : Alors, il y a même des fois la télévision ou dans les journaux, des super news, genre nous avons découvert une ethnie qui n’a jamais rencontré l’homme blanc.

Fabrice : Oui, parce que moi je me rappelle d’une photo. Je pense qu’elle a circulé dans les réseaux sociaux il y a quelques années où tu voyais…

Anaïs : Ouais, un indien qui…

Fabrice : … un cercle plusieurs je ne sais plus. Il voyait un hélicoptère je crois. Et c’était sensé être la découverte d’une tribu qui n’a jamais été…. Ça c’était du fake ?

Anaïs : Je crois que c’est du fake. Après, je ne suis pas une experte en la matière. Mais, j’ai du mal à croire qu’il y a vraiment des éthnies qui vivent vraiment isolées sans contact. Il y en a peut-être mais vraiment infime. Et justement le gouvernement essaye de ne pas entrer en contact avec elles. Il sait plus au moins où elles habitent. Mais volontairement, ils évitent d’être en contact justement pour les préserver. Et que si eux-mêmes prennent la décision, ces indiens là, prennent la décision de venir en contact c’est d’eux même et ce n’est pas forcé. Parce que l’histoire de la rencontre de l’homme blanc était beaucoup trop malheureuse. C’est pour cela.

Fabrice : Donc, on peut dire que dans l’ensemble, les contacts, les tribus indigènes sont vraiment en contact régulier avec la civilisation occidentale. Tu me disais, tu parlais de groupes facebook, d’une page facebook.

Anaïs : Voilà, après je ne veux pas faire des généralités, parce que ça dépend vraiment des zones géographiques. La partie dont je te parle est très connectée au monde parce que c’est une région « facile d’accès » : La ville la plus proche, elle est à 8h de là. Il y en a d’autres qui vivent dans des régions beaucoup moins riches qui sont beaucoup moins médiatisés. Donc, qui mériteraient en fait d’être plus connectées. Il ya quand même du travail avec des associations. Il y en a d’autres qui également, ne souhaitent pas avoir un contact plus que ça. Et préfèrent avoir justement la préservation de leur mode de vie traditionnel. Mais pour autant malgré eux, ils sont obligés finalement d’être en contact parce que ils sont moins de 1% de la population au Brésil. Mais ils ont 11% du territoire. Ce qui fait qu’il y a beaucoup d’intérêt de la part de l’aggro business pour leur territoire. Donc, quoi qu’il en soit, ils sont obligés aujourd’hui de s’allier avec la technologie pour mieux s’allier entre peuples indigènes et d’oublier les guerres qu’ils ont vécu jadis, justement pour combattre le même but.

Fabrice : Et ce barrage là, Belo Monte, il va se faire finalement ?

Anaïs : Et bien oui. Là, il est presque fini en fait.

Fabrice : Parce qu’il a été suspendu non, pendant un temps ?

Anaïs : Effectivement, comme en fait, il est illégal parce qu’il ne respectait ni certains points de la loi brésilienne ni international, il a été souvent stoppé, remis en service et finalement s’arrête et on recommence, etc, etc. Aujourd’hui, il est bientôt terminé. Et effectivement, c’est malheureux, parce que ça va avoir un énorme impact au niveau des populations. Mais également de l’environnement. Et le problème, c’est que ce n’est pas un seul barrage, là on parle d’un seul, on parle de celui de Belo Monte, qui est dans l’Etat du Para. Mais en fait, c’est un projet de 7 barrages, qui va avoir du coup un impact. Si on compare à l’Europe, c’est comme si tu mettais un barrage depuis Amsterdam qui va avoir un impact jusqu’à Madrid, donc, c’est juste énorme. Et en fait, la politique du gouvernement brésilien est aujourd’hui de développer l’économie et de faire plein de barrages, 30 barrages sur les 20 prochaines années. Voilà.

Fabrice : D’accord. Ouais, ça fait une production hydro-électrique énorme j’imagine.

Anaïs : C’est ça. Mais le problème en fait, c’est que généralement, cette électricité produite n’est pas pour les habitants de la région. Elle est généralement pour les villes du Sud, qui sont à 3000 kilomètres de là comme à Saint Paulo, où il y a régulièrement des coupures d’électricité. Il y a un besoin en énergie, c’est certain. Sauf que 70% de cette énergie produite par l’hydroélectricité va être pour les entreprises qui elles même vont produire des biens pour l’exportation. Donc, du coup, c’est-à-dire, c’est des infrastructures qui vont être énormes, qui vont quand même causer un dommage énorme au niveau de l’environnement, des populations, mais qui malheureusement ne profitent pas aux gens.

Fabrice : Et les tribus indigènes ont une représentation politique.

Anaïs : Ça commence de plus en plus. L’avantage c’est qu’aujourd’hui, le gouvernement essaie de mettre de plus en plus d’actions aussi pour les insérer dans la société, qui a également des programmes scolaires, donc de plus en plus d’indigènes vont à l’école prendre des études supérieurs, deviennent des avocats spécialistes dans les droits indigènes. Donc, il y a aussi cette conscience de devoir agir, mais depuis longtemps. Ça fait longtemps que c’est en marche. De part leur problème, notamment de barrage, ils se son alliés. Ils souhaitent être représentés politiquement, avoir un poids. Sauf qu’il reste une minorité, ça reste encore compliqué. Mais, ça se fait de plus en plus.

Fabrice : Et l’Amazonie alors, c’est l’enfer vert quand tu voyages ?

Anaïs : C’est une bonne question. Disons que l’Amazonie en forêt quand t’es vraiment en immersion dans la forêt. Si tu as de quoi manger et de quoi boire, tout va bien.

Fabrice : Enfin, il y a la chaleur, c’est humide. Les moustiques, les moustiques qui dévorent. C’est la réalité ou pas ?

Anaïs : Oui. Alors le truc, c’est que bien évidemment, ça reste un milieu relativement hostile, dans le sens où effectivement, on n’est pas habitué à ce genre de conditions climatiques, mais il faut juste comprendre comment ça fonctionne et après savoir plus au moins comment se protéger. Tu as toujours bien évidemment les moustiques. Mais globalement moi sur les 6 mois, je n’ai pas été non plus dévorée.

Fabrice : Tu as pris un traitement anti-palu ?

Anaïs : Oui. Ça, on l’a pris.

Fabrice : Et tu peux le prendre plus longtemps ?

Anaïs : …Oui, avec des effets plus réduits. Oui, avec des effets moins forts. Et du coup, tout ça pour dire que oui être dans la forêt c’est assez fascinant. Parce qu’effectivement, c’est beaucoup de sons, tu vois très peu d’animaux. Les seuls animaux que tu vois, c’est les insectes majoritairement. Donc, en fait, tous les animaux, tous les oiseaux exotiques superbes, tout ce que tu imagines, tu ne les vois pas. Mais tu entends énormément de son, ce qui est assez fascinant surtout quand tu dors la nuit mais après le problème c’est plutôt quand tu commences à te perdre en forêt. Ça c’est un peu l’enfer et tu te dis mon dieu ! Ce qui nous est arrivé un moment effectivement.

Fabrice : Mais vous aviez un guide pourtant.

Anaïs : On avait deux guides et on s’est perdus

Fabrice : Bravo les guides !

Anaïs : [rire] On s’est perdu parce que voilà, en fait, c’est tellement facile de se perdre même en fait quand tu n’es pas au milieu de forêt, t’es dans une ville et juste à côté, la forêt commence, tu vas juste derrière un arbre, si tu ne te souviens plus par où tu es entré, tu te perds. Et la forêt est tellement dense suivant les zones géographiques que c’est vraiment compliqué de se retrouver. Donc, avec la lumière de soleil, le soleil se couche dans cette direction. Moi techniquement je venais de là, etc. Mais il faut faire attention.

Fabrice : Tu n’en avais pas marre un peu d’être tout le temps dans la jungle. C’est loin, c’est plat, c’est vert. Tu ne vois pas le ciel presque ?

Anaïs : Bon, après, je n’ai pas été six mois en immersion dans la forêt. Au maximum, j’ai du faire un mois et demi et encore ce n’est pas suivant les zones géographiques, ce n’est pas non plus la même végétation. C’est assez différent. Non, c’est assez fascinant parce que pour moi, c’est un rêve d’enfant. C’est vrai que t’en prends plein les yeux, il faut assumer aussi le fait que t’y sois, ce n’est jamais simple. Des fois, il fait chaud. C’est lourd ce que tu portes. Tu sais que tu ne vas pas manger avant longtemps, enfin un nombre de jours voilà. Mais ça fait partie du voyage et après il faut essayer de trouver ça, des côtés positifs à tout ça.

Fabrice : Non, mais il y en a toujours c’est clair, l’expérience assez hic et finalement, il n y a pas tant de monde qui y vont, qui tentent, enfin qui vont en Amazonie vraiment. Je ne parle pas ici de quelques kilomètres après Manaus. Ce sont des circuits balisés j’imagine que propose des agences.

Anaïs : Oui, souvent, c’est assez balisé effectivement, c’est la nuit dans une très belle loge où tu as un confort rudimentaire, mais relativement confortable, qui est quand même agréable pour les occidentaux, s’ils restent une semaine. Bon, c’est aussi difficile de se déplacer parce que ça prend beaucoup de temps. Donc, après la déception qu’on a eu également, c’est de trouver d’abord la difficulté de voir vraiment des arbres immenses comme tu peux te l’imaginer. Ça c’est vraiment compliqué parce que finalement l’Amazone ça fait plus d’une centaine d’années que c’est vraiment exploité par les commerciaux, notamment sur l’expansion du caoutchouc qui a fait la gloire de Manaus. Donc, après trouver une forêt primaire, c’est assez compliqué. Tu es obligé d’aller très loin en fait et de dépenser beaucoup d’argent parce que l’essence coûte super cher pour vraiment voir ce que tu peux imaginer.

Fabrice : Et c’est de l’essence aussi donc c’est cher.

Anaïs : Exactement. C’est même des fois beaucoup plus cher qu’en France. Tu vois, c’est vite un budget quoi !

Fabrice : D’accord. Ah ouais ! Je ne pensais pas que c’était aussi difficile de voir une forêt primaire en Amazonie. C’est assez fou là !

Anaïs : Par exemple, je suis partie six mois en Australie, j’ai vu plus de choses incroyables en termes d’arbres gigantesques, de forêts exubérantes, d’animaux de partout, de toutes les couleurs qu’en Amazonie. Et ça c’est étonnant aussi. Après, ça dépend où tu vas j’imagine, à quelle période t’y vas aussi, parce que quand la rivière commence à s’assécher suivant la période, tu peux voir beaucoup plus d’animaux justement qui vont boire au bord du fleuve.

Fabrice : Les animaux ont peur de la présence humaine. Ils fuient déjà.

Anaïs : C’est ça, puis comme il y a la déforestation aussi, et bien tu en vois de moins en moins.

Quel est donc le budget à prévoir pour ce genre de voyage ?

Fabrice : Alors, comment vous avez financé ce projet de documentaire, ce voyage et tout ?

Anaïs : Alors c’est complètement autoproduit. On est parti à deux…

Fabrice : Parce que j’ai vu que vous avez fait une campagne de financement participatif ?

Anaïs : Ouais. Mais après, ça n’a pas financé énormément. On a eu une aide de la mairie qui a financé à hauteur de 1500€. Le budget total c’est 12000 € à deux. Ce qui n’est pas énorme en fait pour l’Amazonie, parce que ça coûte vite plus cher si on se déplace beaucoup. Et on a eu également une aide au retour de voyage par la région Rhône-Alpes, parce qu’on a la chance de vivre dans une région qui a beaucoup d’argent et qui investit dans des projets sociaux. Voilà. Sinon, c’est nous qui avons tout payé.

Fabrice : Tu dois avoir une vision assez pessimiste par rapport aux tribus indigènes, non ? De l’évolution ?

Anaïs : Oui…

Fabrice : Enfin, je ne sais même pas en fait. Ça dépend de ce que tu projetais avant…

Anaïs : Oui, effectivement. Entre ce que tu imagines, ce que tu vis et ce que tu penses après le voyage, il y a une énorme évolution. Et encore plus parce que là mon film a mis du temps à être fini. Je suis partie en 2013. J’ai fait une école de cinéma par la suite. Je l’ai terminé en Janvier 2017, donc là il n y a pas très longtemps. Beaucoup de choses ont énormément évolué. Et le regard que tu as de, même si tu as envie d’aller en toute sincérité à la rencontre de ce peuple là avec ta bienveillance et justement tous est soumis de côté,.Ça reste très compliqué d’accepter qu’en face tu as que des individus qui ne veulent que de l’argent, et qui ont ce côté capitaliste que tu rejetais justement. Donc, après malheureusement, ça te fait prendre conscience que tout le monde est humain en fait, quelque soit ton ethnique, quelque soit l’origine de ta culture, les gens cupides il y en a partout des bons et des bienveillants, il y en a aussi partout. Donc, après, suivant les rencontres que tu fais, ce que tu retiens, tu retiens ce que tu as envie de retenir. C’est-à-dire, est-ce que tu as envie de retenir le côté positif de ce genre d’expérience d’appréhender une culture dans laquelle tu n’as pas toutes les clefs non plus parce qu’on n’était pas avec un anthropologue qui nous expliquait vraiment la différence entre notre culture et la leur. Donc, c’est vrai que t’arrives quand même à essayer de vouloir comprendre mais pour autant, tu ne sais jamais trop si t’es à ta place, si ce que tu fais est juste ou pas. Donc, c’est vrai que tu ne sais jamais trop comment te placer, et ça c’est un peu difficile à gérer sur place.

Fabrice : En entendant ça, il y a un film qui me vient à l’esprit, c’est Avatar, parce qu’il y a un peu… Enfin, je pense que c’était un peu le message de Cameron. Il n y a un peu de similitude entre ce que tu dis et le film finalement.

Anaïs : Alors, Avatar est très drôle car James Cameron est venu en Amazonie justement avant la réalisation d’avatar. Il a rencontré le chef.

Fabrice : C’est carrément ce n’est pas du tout bête ce que je dis, il y a carrément une similitude.

Anaïs : C’est exactement la même histoire en vérité. C’est-à-dire que là dans Avatar, on sait que c’est une civilisation extérieure qui vient détruire l’arbre sacré. L’histoire de Belo Monte, le barrage, c’est exactement la même histoire, sauf que là en l’occurrence, ça ne concerne pas que les indigènes, ça concerne aussi les non indigènes brésiliens qui vivent là-bas. Donc, avant la réalisation, c’est clairement.

Fabrice : Donc, la grande différence c’est que pour le barrage de Belo Monte, ça finit mal, ils ne sont pas ils n’ont pas mis en échec le barrage.

Anaïs : Ecoute, ce n’est pas encore terminé, donc je touche du bois. Mais effectivement la construction n’est pas tout à fait fini, qui sait ce qui peut se passer après, je ne sais pas. Le problème c’est que si ce barrage est vraiment terminé, ça ouvre la porte pour tous les autres, qui du coup vont avoir un gros impact sur toute l’Amazonie et brésilienne et non brésilienne.

Fabrice : Comme Avatar, il y a une suite…

Anaïs : On va voir [rire] C’est ce qu’on va voir. A nous de voir.

Fabrice : Tenez-nous informés de l’actualité. J’espère que ça ne sera pas aussi facile que ça pour eux c’est une multinationale, c’est une entreprise brésilienne, non c’est américaine ?

Anaïs : Alors en fait, ça a un consortium, mais qui a des entreprises françaises et européennes en fait qui sont impliquées dans la construction de ce barrage. Voilà. Dont l’Etat est actionnaire.

Fabrice : D’accord.

Anaïs : Donc, après se pose une autre question de un autre Etat qui investit dans des projets à l’étranger, sachant qu’on est quand même un pays qui se veut porteur de valeurs démocratiques et de liberté, est-ce qu’on peut considérer ça comme éthique et de notre responsabilité de citoyen quand notre Etat investit à l’étranger dans des grands projets qui ne le sont pas.

Fabrice : Avec notre argent.

Anaïs : Voilà. Exactement.

Fabrice : D’accord. Je pense c’est intéressant justement ton film, qui raconte ça un peu, comment on peut le voir ?

Anaïs : Alors le film aujourd’hui dans sa phase de diffusion principalement en festival. Le film prend également beaucoup plus d’ampleur, parce que ça commence aussi à intéresser les chaines de télé, on a été approché par une société de distribution qui va le proposer par des chaines de télé en France et à l’Etranger. Donc, pour l’instant, on va voir un peu comment ça se passe. Peut-être qu’il y a aura également des DVD par la suite. Pas tout de suite, on intervient également pour l’instant dans des écoles pour sensibiliser les gens à la situation des indiens et de la déforestation. Et après, du coup, on peut voir toutes nos infos sur la page facebook et le site internet.

Fabrice : C’est encore un modèle économique qui marche le DVD ?

Anaïs : Et bien je n’en suis pas sûre. C’est pour ça je ne suis pas totalement persuadé non plus.

Fabrice : Parce que je sais qu’il y en a qui proposent aussi leurs films en téléchargement numérique et là aussi, je suis sceptique. Mais bon, pourquoi pas…

Anaïs : Je préférerais à la limite un téléchargement sur internet plutôt que la création de DVD qui vont se rayer, voilà.

Fabrice : Oui, et puis, il y a plus de marge pour produire la production de ces DVD aussi.

Anaïs : Oui, oui exactement je ne sais pas encore pour l’instant on va voir où nous mène le festival donc on est très heureux d’être ici au festival ABM et il va y en avoir plein d’autres en France. Donc, en fait, si vous souhaitez le voir, il faut liker notre superbe page facebook qui s’appelle « Amazonie : Voyage en terres indigènes ». Donc, ça c’est le titre, le nom de la page facebook. On a également le nom de l’association, qui produit ce film et qui travaille sa diffusion qui s’appelle « La tribu des sauvages ». Donc, vous avez et la page facebook « La tribu des sauvages »  et latribudessauvages.fr où également le site internet.

D’autres projets de films à l’avenir ?

Fabrice : D’accord. Je mettrai le lien dans l’article sur le blog par rapport au podcast et dernière question, c’est quoi la suite des projets, tu as un autre projet de film, de voyage parce que maintenant les deux sont liés j’imagine.

Anaïs : Effectivement, la vie rêvée serait de continuer de voyager et de faire des films. Là, le deuxième projet plus ambitieux, ce serait par contre une production qui puisse me suivre et de ne plus faire de l’autofinancement. Donc, effectivement, il y aura un projet documentaire qui serait toujours sur une thématique environnementale. Voilà qui mérite plus de réflexion mais qui va plus dans ce sens là sur les biens communs et sur la façon de les protéger au niveau juridique. Voilà, je n’en dis pas plus.

Fabrice : Donc, le thème environnemental c’est ton truc ?

Anaïs : Je pense en fait, c’est notre gros challenge de notre génération et qu’en fait, on y sera confronté justement, d’une part ou d’une autre, donc savoir appréhender comment… essayer de comprendre les mécanismes du développement durable, à mon avis c’est vraiment important.

Fabrice : Mais là Anaïs je mets 100000€ sur la table tout de suite. C’est quoi ton projet financier ? Je veux te financer, c’est quoi ?

Anaïs : [rire]

Fabrice : Je suis entrain de signer le chèque là c’est quoi ?

Anaïs : Quelle chance ! Ça sera un documentaire sur l’écocide.

Fabrice : sur ?

Anaïs : L’écocide, alors on connait le génocide, c’est l’extermination des populations délibérées. L’écocide c’est un terme qui commence à être bien en vogue et qui commence à être reconnu dans les traités. C’est l’extermination de l’environnement. Voilà.

Fabrice : Ok. Je n’ai jamais entendu ce nom. L’écocide.

Anaïs : L’écocide voilà. Ça commence à être …. Et justement il y a de plus en plus de personnes qui souhaiteraient l’inclure pour que ce soit au même titre qu’un crime contre l’humanité et que ce soit punissable surtout. Affaire à suivre.

Fabrice : D’accord. Intéressant Ecoute, merci Anaïs d’avoir répondu à mes questions. Je mettrai les liens sur l’article pour ton documentaire, afin que les gens aillent voir ton documentaire, etc. Puis, je te souhaite plein de bonnes choses pour le futur et j’espère que tu auras plein de projets, qui vont se réaliser comme celui-ci.

Anaïs : Merci beaucoup.

 

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