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IVCAST 60 : Le couple mixte : ses richesses et difficultés, avec Aurélie

Le couple mixte, voilà un sujet qui me parle et qui me touche. C’est du vécu. C’est aussi celui d’Aurélie qui nous parle joliment de l’amour et du quotidien dans un couple mixte.


 

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A propos de cet épisode

Aurélie vit le couple mixte au quotidien depuis quelques années : une autre religion, l’Islam, un autre continent, l’Afrique, bref, une autre culture. Un enfant est arrivé depuis, bientôt deux.

Elle nous raconte les richesses et les difficultés du couple mixte. Et elle en parle joliment.

Liens cités

Le blog d’Aurélie. 

Le baiser du Ramadan. 

Merci d’avoir écouté !

 

 

Transcription

Fabrice :         Eh bien, tout d’abord, bonjour Aurélie !

Aurélie :          Bonjour Fabrice ! Bonjour tout le monde !

Fabrice :          Alors, Aurélie, je la connais depuis quelques années. Depuis quasiment que j’ai lancé mon blog Instinct Voyageur en 2010 puisque tu as aussi un blog de voyage qui s’appelle Curieuse Voyageuse. C’est ça, hein ? curieusevoyageuse.com. Et donc, ça fait longtemps que tu parles de voyage dessus. Tu es bloggeuse voyage, mais pas seulement. Tu as aussi une autre activité à côté. Et donc, le couple mixte, c’est un sujet qui m’intéresse, qui est en plus d’actualité, même de plus en plus parce que je me suis renseigné un petit peu avant le Podcast et j’ai vu que, j’ai trouvé des statistiques qui disent qu’il y a 30 % des unions qui sont mixtes, et 12 % des mariages. Je crois que j’ai trouvé ça sur le site de Lindsey ou quelque chose comme ça. Et donc, c’est beaucoup. Déjà, ce n’est pas une part non négligeable et qui est sans doute amenée à augmenter en fait à cause de l’immigration et d’une façon sans doute beaucoup moins importante dû au fait qu’il y a de plus en plus de personnes qui voyagent. Il y a de plus en plus d’expatriés français qui vont aller à l’étranger s’installer et à un moment, qui reviennent ou se marient à l’étranger. Donc, le couple mixte, clairement, c’est quelque chose qui est un peu en lien avec la mondialisation finalement, qui ne va… voilà, qui rentre dans les mœurs de plus en plus, enfin, pas tout à fait encore pour certains mais disons que c’est en bonne voie et qu’il va se développer de plus en plus.

 

Comment tout a commencé

Fabrice :         Alors, toi Aurélie, raconte-nous un peu ton histoire.

Aurélie :          Depuis le début ou depuis mon en couple mixte ?

Fabrice :         Depuis le début mais en version abrégée.

Aurélie :          Ok. Donc, Aurélie, 34 ans. Je blogue depuis 2009. Je voyage depuis super longtemps. Et en effet, c’était presque naturel pour moi de me retrouver dans un couple mixte parce que je voyage depuis de nombreuses années. Et finalement, c’est peut-être me marier avec un français qui aurait été paradoxale pour moi.

Fabrice :         À ce point-là ?

Aurélie :          Je ne sais pas. En tout cas, quand j’étais en Erasmus, j’ai vécu en Chine. Il y avait quand même une grosse chance que je rencontre quelqu’un d’ailleurs. Et ça s’est effectivement passé puisque je suis mariée aujourd’hui avec un malien qui vit en France depuis assez longtemps. On a un petit garçon. Donc voilà, je suis vraiment dans une famille mixte aujourd’hui.

Fabrice :          D’accord. Alors, tu peux nous en dire plus sur ton époux quand même pour situer un peu ?

Aurélie :          Oui, bien sûr. Donc, on vit à Paris tous les deux. Lui, il est en France depuis 2001. Il est un peu plus âgé que moi. Il a passé une dizaine d’années en France, puis il a dû passer deux ans aux Etats-Unis aussi. Il aime aussi beaucoup voyager. Et on s’est rencontré à Paris. Donc, je peux te raconter un petit peu la rencontre, enfin vous raconter la rencontre en quelques mots. En fait, on avait des amis en commun, et moi, je sortais de l’expatriation en Chine, d’une fin d’histoire un peu compliquée, enfin je ne m’attendais pas du tout à rencontrer quelqu’un, à ce moment-là. Et puis, finalement, de manière très classique, c’était un ami d’ami. Donc, un ami d’une amie malienne à moi. Et on s’est rencontré chez des amis en commun, et je crois que lui a eu le flash, le coup de foudre. Moi, ça a pris un peu de temps parce que justement, j’avais un passé qui était un peu moins sympa, pas trop sympa. Et puis, finalement, on s’est revu. On s’est marié au bout d’un an et demi puisque ça fait partie de notre couple sachant que c’était quelque chose d’important pour moi le mariage parce que même si je suis hyper ouverte sur l’extérieure, etcetera, j’ai une tradition chrétienne dans ma famille et j’avais envie de m’engager avec quelqu’un dans la réflexion un peu spirituelle, etcetera.

Donc, on s’est marié au bout d’un an et demi, et on a eu un enfant au bout de trois ans de vie commune. Donc, tout ça est allé assez vite mais tu ne t’engages pas pareil à 30 ans qu’à 20 ans. Donc, c’était le choix de la maturité, si on peut dire. Voilà. Maintenant, on continue à vivre à Paris tous les deux. On bosse tous les deux ici, on voyage régulièrement. Je voyage encore pas mal toute seule, parfois avec lui ; et lui parfois tout seul. Et voilà pour les grandes lignes. Je ne sais pas si ça te suffit comme présentation ?

Fabrice :          Si, si. Ce n’est pas mal. Donc, couple mixte, c’est un sujet aussi qui m’intéresse parce qu’un peu comme toi, quand on a l’habitude de voyager depuis longtemps, forcément, on est davantage sans doute attiré par quelqu’un de différent, sans forcément parler d’exotisme, mais on est forcément attiré oui par quelque chose de différent. Et moi, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais dans mon passé, j’ai souvent été attiré par des femmes d’une autre culture. D’ailleurs, j’avais fait un article sur le blog à ce sujet qui s’appelait, que vous pouvez retrouver sur le blog, qui s’appelle : « Je ne sors qu’avec des étrangères », qui avait bien marché d’ailleurs. C’est le genre de sujet qui…

Aurélie :          Qui intéresse.

Fabrice :          Qui intéresse, quoi. Donc, c’est quelque chose qui m’intéresse. Oui, c’est des problématiques vraiment hyper intéressantes. Comment la différence culturelle… Finalement, c’est comme quand tu vas à l’étranger ou quand tu t’expatries, tu dois aussi gérer cette différence culturelle, ce choc culturel, etcetera. Et ça, tu retrouves ça aussi dans un couple avec l’autre.

Aurélie :          En fait, c’est exactement ça. Quand je suis rentré de vivre en Chine. Donc, j’ai vécu deux ans en Chine, entre 2009 et 2011. Et à ce moment-là donc, j’avais commencé mon blog avant de partir en Chine. Et en rentrant de Chine, je me suis dit est-ce que je continue mon blog sachant que je vais vivre à Paris, je ne vais pas voyager peut-être autant. Mais je me suis dit si je vais continuer à écrire mon blog et je vais voir si je peux tenir le pari de garder un œil voyageur tout en étant dans ma vie française. Et ça, c’était un vrai challenge et une vraie volonté, et je l’ai fait. À ce moment-là, pour le coup, je ne vivais pas déjà avec Mohamed, mais j’ai continué à beaucoup voyager. Et j’ai continué à voir le pari voyageur que tu peux avoir avec toutes les communautés d’immigrés, tout le…

Fabrice :         Ce que tu veux dire, c’est que Mohamed a rempli cette fonction, aussi ?

Aurélie :          Notamment, parmi d’autres. Mais, clairement, là, ça fait quelques semaines, quelques mois que j’ai moins voyagé pour des raisons de santé, mais rien de grave là derrière. Et justement, j’ai écrit un article ce matin disant que ma vie, je ne suis pas du tout en manque de voyage. Parce qu’en fait, mon quotidien maintenant est 100 % voyageur. Dans ma maison, on mange, peut-être pas un jour sur deux mais peut-être deux jours sur trois, des plats maliens, on discute énormément sur la différence culturelle. En plus, avec un enfant, ça nous fait nous poser pleins de questions sur l’éducation. Mohamed parle Bambara avec ses proches, sa famille, etcetera. Donc, j’entends une langue différente, je lui demande parfois de me l’apprendre. Et puis, il y a mille et une petite chose au quotidien… Mon quotidien est vraiment voyageur. Donc, je ne suis pas avec lui juste parce qu’il est malien ou avant tout parce qu’il est malien, mais clairement, ça a été une partie de l’attraction, du fait qu’il soit différent et qu’il y avait ce côté voyageur en moi qui m’attirait en lui du coup. Je ne sais pas si ça a trop de sens ce que je dis, mais j’ai été attiré par son côté différent. Et ça fait qu’au quotidien, aujourd’hui, mon quotidien est vraiment voyageur.

Fabrice :          Et lui, du coup, il n’y avait pas forcément ce côté chez lui ? Parce que ce n’était pas forcément, il n’était pas… Je ne sais pas en fait s’il voyageait, s’il a l’habitude de voyager mais il n’y avait pas forcément ce côté-là.

Aurélie :          Disons que lui, ça faisait un bail qu’il est en France. Donc, il y avait quand même une plus grande probabilité pour moi qu’il se marie avec une française, qu’il se mette avec une française que moi avec un malien dans l’absolu. Je pense que lui avait, peut-être que cette recherche inconsciente d’exotisme a été moins présente. Et qu’autant pour moi, le fait qu’il soit étranger, c’était un facteur attractif parmi d’autres. À ses yeux, le fait que moi je suis étrangère, je ne sais pas si c’était aussi un facteur attractif, peut-être, mais je n’en suis pas sûre.

Fabrice :          Donc, l’autre, un couple mixte, forcément, c’est enrichissant. C’est peut-être un peu moins la routine, enfin, c’est assez relatif quand même mais…

Aurélie :          Alors, pour moi, c’est clairement enrichissant et c’est parfois moins facile aussi. En fait, je peux faire un retour au moment de l’annonce du mariage. Je remets la bobine au départ. Quand j’ai annoncé à mes parents que j’étais avec un chéri qui s’appelle Mohamed, ils ont été un peu surpris, et sans parler de mariage au début de notre couple. Donc, ils l’ont rencontré. Mohamed était très sympa, ça s’est pas mal passé. Ma mère, un peu surprise, mais ça allait quoi.

Fabrice :          Je ne sais pas pourquoi, là, ça me rappelle un film. Tu sais « Ne pas plaire au bon Dieu » ? Tu sais, avec Christian Clavier, où au début, la nana lui amène un black, et eux, ils pensent que c’est un français, et ils sont là…

Aurélie :          Oui, Justement. En fait, quand tu amènes quelqu’un d’étranger et que tu ne te maries pas, tes parents peuvent croire que c’est…

Fabrice :         Que c’est une passade, ça va passer.

Aurélie          :           Exactement. Ça va passer. J’avais voyagé, j’avais déjà eu un chéri africain. Voilà, ce n’était pas, on va dire que ce n’était pas trop grave. Et puis, le jour où je leur ai annoncé que j’allais me marier, c’était le jour de mes 30 ans, je pensais leur avoir annoncé ça, que ça allait faire plaisir à tout le monde, un ange est passé. Vraiment, comme dans les films, il y eu un vrai silence.

Fabrice :         Là, ils se sont dit qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu.

Aurélie :          Je pense que c’était ça le nom du film : « Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? »

Fabrice :         Oui, voilà. Quasiment, exactement.

Aurélie :          Ils n’ont rien dit. Ils n’ont pas été aussi impolis que ça. Mais clairement, moi qui les connais, évidemment, j’ai vu dans leurs regards une absence et puis, un stress. Et justement, pour en revenir à ta question sur le côté enrichissant, ce qu’ils m’ont dit, une semaine après, il leur a fallu une semaine pour digérer l’information, ils m’ont rappelé, ils m’ont dit Aurélie, on s’inquiète, on trouve que le mariage va un peu vite, et surtout, on se dit que ça va être difficile pour toi. On se dit, tu ne choisis pas la facilité, il est immigré, il est musulman, il est musulman, il est musulman. Ça va être difficile.

Fabrice :         Ah ! Trois fois, quand même.

Aurélie :          Enfin, en un quart d’heure de conversation, ça a dû sortir plusieurs fois, oui. En tout cas, c’est ce que je me rappelle à ce moment-là. J’étais sans doute sur la défensive, donc on ne va pas incriminer sur eux. Et puis, ils vont sans doute écoutez ce Podcast, donc je vous aime Papa et Maman. Ne vous inquiétez pas. Mais voilà, enfin, il y a eu vraiment des inquiétudes hyper fortes qui sont ressortis, qui n’avaient rien avoir à partir du moment où on était en couple un peu léger et où on se fiançait, clairement, il y avait une grosse différence. Et là, ça m’a fait beaucoup de peines parce que justement, je voyage depuis que j’ai l’âge de 12 ans, donc j’avais 30 ans. Donc, ça faisait plus de la moitié de ma vie que je voyageais. Je me doutais justement comme je te disais au début qu’il savait que je n’allais pas forcément finir avec un blanc-bec français. Et je ne m’attendais pas du tout à cette réaction-là. Et là, on s’est posé pas mal de questions.

Ça n’a pas du tout remis en cause le mariage, j’étais sûre de moi. J’en ai parlé à Mohamed parce que je ne pouvais pas lui mentir. Mais je me suis dit comment je réagis, qu’est-ce que je leur dis en fait en retour. Et la première chose que je leur ai dite, après, il y a eu beaucoup de réflexions, je vais vous présenter ça en quelques mots, mais la première chose que je leur ai dite c’est ok, ça va être difficile, ça je l’entends sans doute parce que la France est sans doute encore xénophobe, parce que quand tu t’appelles Mohamed, ce n’est pas facile de taffer comme si tu t’appelles Laurent. Il y a plein de choses qui sont là. Mais moi, je pense que ça va être enrichissant. Et vraiment, clairement, un couple mixte, c’est difficile et c’est enrichissant, c’est les deux. Et après, c’est comme pour beaucoup de sujets à l’amour, une question de curseur, ça dépend de là où il se trouve.

Fabrice :         On en parlait.

Aurélie :          Et pour moi, la difficulté, elle est là. Mais peut-être pas plus dur que dans un autre couple pour plein de raisons. Mais par contre, l’enrichissement, c’est hyper présent. Si tu es dans un couple qui communique, qui est dans l’échange, dans la volonté de créer des ponts l’un vers l’autre, c’est vraiment, vraiment enrichissant. Et en fait, j’ai plein de choses à dire, j’espère que je ne pars pas dans tous les sens et que vous arrivez à me suivre.

Fabrice :         Ils ont l’habitude, hein.

Aurélie :          Bon, ça va. C’est qu’en fait, c’est pareil et j’ai écrit à ce propos récemment, et j’en suis persuadée. Quand tu es dans un couple non mixte, admettons, deux couples de blanc-bec, de franco-français ou germano-allemand, tu supposes que la personne en face de toi a la même cadre de pensée que toi, et que même si tu ne lui expliques pas tout, elle va comprendre ce que tu vas lui dire par défaut, parce que tu supposes qu’elle a été élevée comme toi, ce qui n’est pas forcément le cas, mais tu supposes ça. Alors que quand tu es avec quelqu’un qui est très différent de toi, que ce soit par la langue, par la religion ou simplement par la culture ou par la nationalité, tu te dis, peut-être qu’il n’a pas le même prisme de valeur, peut-être qu’il n’a pas le même cadre de pensée.

Donc, il faut que je lui explique un peu plus les choses. Et finalement, tu crées des ponts qui sont vachement plus costauds. Enfin, tu es obligée d’aller vers l’autre et tu es obligée de créer en fait une communication qui peut être parfois un peu artificielle mais en tout cas, qui existe, qui peut être parfois difficile mais qui est là, et qui fait qu’à la fin, si tu as une volonté d’aller vers l’autre et bien sûr, d’écoute commune et de respect, je trouve, l’échange est beaucoup plus fort et que finalement, à la fin, ton couple, il a des chances d’être encore plus béton que si tu supposes que l’autre comprend ce que tu dis d’entrée. Parce qu’en plus, c’est une erreur, parce que même si tu as été élevée dans la même ville, dans la même génération, les structures familiales font que tu peux avoir des manières de penser hyper différentes, et quand tu supposes, d’entrée, que la personne comprend ce que tu veux dire, déjà le fait d’être un mec et une femme, pour beaucoup de couples, ça veut dire que tu penses différemment. Le fait d’avoir été élevés dans des familles différentes, tu penses aussi différemment. Bref, du coup, je pense que c’est vraiment, vraiment, vraiment, beaucoup plus riche.

Fabrice :          C’est intéressant ce que tu dis là sur la communication puisque c’est ça, hein, c’est le nerf, enfin, c’est quand même une chose très importante dans les relations, amitié et encore plus dans les relations amoureuses forcément, parce qu’il y a beaucoup d’affects et c’est encore plus, quelque chose d’encore plus sensible et difficile. Et la communication, on pourrait faire un Podcast rien que sur ça, tellement c’est un sujet complexe, tellement en fait, il n’y a pas de… Continuellement, je pense, dans ta vie, tu essaies de communiquer plus, de t’améliorer dans ce domaine puisque c’est sans fin, en fait. Et c’est vrai ce que tu dis que quand tu es avec un français, finalement un étranger ou un français, mais avec un français, tu communiques et il y a plein de malentendus, de non-dits qui se font parce que la communication n’est pas bonne.

Pourtant tu parles. Ce n’est pas le fait de ne pas se parler, mais on parle mal en fait, on communique mal. Et on pense qu’on applique un filtre, parfois une façon de penser en nous. Et si la personne te dit quelque chose, toi tu vas penser intérieurement elle me dit ça à cause de ça, parce que toi, tu appliques ton filtre à toi. Et en fait, elle, elle a voulu te dire quelque chose comme ça, pas pour cette raison-là, pour une autre raison. Et en fait, voilà. Il peut arriver que vous restez là. Toi, tu restes avec ce que tu as perçu de ce qu’elle a dit qui est faux en fait, qui ne correspond pas à ce qu’elle a voulu dire. Alors que tu vois, il faudrait communiquer, dire mais qu’est-ce que tu as voulu dire là ?

Aurélie :          Mais tout à fait. Et en fait, très souvent, dans nos discussions avec Mohamed, lui commence en me disant : « Dans ma culture… » ou « Chez nous, on pense comme ci, on pense comme ça ». On explicite vachement plus, et du coup, maintenant, on a dépassé… Enfin, on a dépassé. Parfois, on est encore dans ces questions-là où je lui dis, moi, en France, j’ai l’impression qu’on fait comme ça. Lui peut me dire moi, au Mali, j’ai l’impression qu’on fait comme ça. Et on va aussi beaucoup plus dans les détails en disant, où je lui dis, moi, dans ma famille, j’ai appris ça. Et du coup, ça pousse vachement à déconstruire aussi tout ce que tu as appris et que tu prends comme inné en fait. C’est-à-dire que, encore une fois, si tu ne te poses pas ce genre de questions sur la différence, dans l’absolu, pas que la différence culturelle, tu vas partir du principe que ce que tu as appris toi, ou ce qu’on t’a transmis dans ta famille, c’est la norme. Alors que si finalement, tu dois te poser des questions pour aller vers l’autre, ça va forcément t’obliger à un petit peu à déconstruire et à découdre ce que tu as appris. Et du coup, il y a deux choses. La première, c’est que déjà, moi, j’explicite vachement plus ce qui me paraît être une évidence. Et alors là, dans l’éducation d’un enfant, c’est juste parfois flagrant. Et ensuite, ça te pousse aussi, quand je disais créer des ponts, à même créer de nouveaux chemins ensemble. Parce que tu vois, avec Mohamed, clairement, ça ne pourrait pas fonctionner si moi je disais, je reproduis exactement ce que j’ai fait à la maison, plutôt ce que j’ai appris à la maison chez mes parents, ou si lui me disait moi, ce que j’ai appris chez mes parents, c’est génial, et je reproduis la même chose. On est obligé en fait de construire une troisième voie. Mais ce qui est chouette, et là, je reprends le mot enrichissant parce que pour moi, on prend le meilleur de chacune de nos éducations et on le construit ensemble. Et si je te donne un exemple plus précis, parce que ça peut paraître un peu abstrait, il y a quelque chose que je trouve géniale dans l’éducation de Mohamed, et en général, chez les maliens et souvent chez les africains de l’ouest, c’est le respect des anciens.

Et tu vois, avec un enfant, ça se concrétise vraiment. Yan, depuis qu’il a 9 mois, notre fils, maintenant il a 2 ans et demi, Mohamed lui apprend le respect par plein de petites choses. Ça peut être quand tes parents parlent, même si tu es en train d’apprendre à parler et qu’on a envie de t’écouter dès que tu parles, s’il y a des adultes qui parlent, tu vas les écouter et tu attends qu’on te donne la parole pour parler. Ce n’est pas aussi draconien que ça, et puis, moi, je l’écoute beaucoup plus que ça peut-être. Mais il y a un côté, vraiment, transmettre ce respect des anciens, qui moi m’a peut-être manqué dans mon éducation, pour X raisons, et que j’apprécie vachement. Et du coup, on va avoir ça. De l’autre côté, moi j’ai peut-être expliqué à Mohamed que donner trop de fessées à un enfant, ça ne le fait pas. Et dans la culture française aujourd’hui, c’est assez inculqué que la violence physique n’aide en rien. Dans ces cas-là, c’est ça que je vais apporter de son côté, enfin, par rapport à, pour prendre le contrepied de son éducation à lui. Et ça, du coup, c’est vachement intéressant, cette idée de troisième voie. Mais pour ça, il faut aussi normalement une communication. Pour moi, c’est vraiment la clé dans tous les couples, mais particulièrement dans un couple mixte, c’est la communication qui fait toute la différence.

Fabrice :          Et ce que tu dis, évidemment, tu as complètement raison. Mais ce n’est pas forcément inné. Déjà, dans un couple « normal ». Normal, je n’aime pas dire ça, dans un couple lambda…

Aurélie :          Oh, je ne suis pas un couple anormal, hein.

Fabrice :          Voilà. Je veux dire dans un couple lambda, dans un couple mixte, enfin je ne sais pas, ce n’est pas forcément inné de se rendre compte de ça au début ? Si tu n’as pas d’expériences ? Si tu es, surtout si tu es jeune ? Je veux dire, ce que tu dis là, ce n’est pas forcément évident de se dire tiens, il nous faut une troisième voie. Enfin, toi ce n’était pas inné ?

Aurélie :          Justement. C’est là où je reviens à la discussion avec papa et maman hein.

Fabrice :         Ou alors, peut-être que tu es une super bonne communicante à la base ?

Aurélie :          Non. J’ai fait des études en communication, mais ce n’est pas pour autant que je suis bonne communicante dans le privé. C’est là où je reviens justement aux discussions avec papa et maman, avec mes parents, qui a été un peu houleuse au départ mais finalement, ça nous a amené à nous poser beaucoup de questions comme je disais. Et en fait, justement, je me suis dit qu’est-ce que je fais maintenant qu’on m’a dit que ça va être difficile. Ok, ça va être difficile, comment est-ce que je gère ça. Il se trouve qu’à ce moment-là, donc c’était juste avant le mariage, on avait une préparation chrétienne. Mohamed a accepté ça. Donc, préparation de mariage catholique avec un prêtre qui t’accompagne, un peu comme un psy pour une préparation spirituelle, pour ceux qui ne connaissent pas. Et là, ça a été une super rencontre parce que ce prêtre-là nous a dit moi, je n’ai jamais marié de couple mixte, où je ne sais pas trop comment faire. Par contre, j’ai entendu parler d’une association qui s’appelle « Le groupe des foyers islamo-chrétien. »

Et eux, il y a plein de couples mixtes musulman-chrétien qui se posent des questions, et peut-être que vous pourrez aller les voir et qu’ils pourraient vous aider à trouver des réponses. Et là où ça a été génialissime, c’est que quand moi, j’ai annoncé mon mariage, donc il y a mes parents qui ont réagi comme ça, des amis aussi, ça c’est hyper inattendu, qui m’ont dit pareil, mais tu te maries un peu vite, mais il est musulman, alors que je suis sûre qu’’ils ne m’auraient jamais fait ce genre de retour là s’il avait été franco-français. Genre, tu te maries un peu vite à 30 ans, on ne m’aurait pas dit pareil. Donc là, beaucoup de personnes m’ont dit oh, ça va être difficile ou attention, attention. On s’est retrouvé dans cette association avec ces couples mixtes où on avait des gens qui vivaient ensemble depuis deux ans, cinq ans, 10 ans, certains depuis 30 ans de mariage, et où on ne nous disait pas la formule magique, c’est ça pour y arriver. Mais par contre, nous, on a trouvé cette solution là et on partage notre expérience. Et justement, à ce moment-là, ce qu’on a vu dans cette association, on a passé un weekend ensemble avec eux.

Fabrice :         Et qui s’appelle ?

Aurélie :          Le groupe des foyers islamo-chrétien : GFIC. Avec cette association-là, on a vu en fait des personnes qui fonctionnaient bien. Et la clé, justement, c’était la communication et comment se poser la question de la troisième voie. Je n’en sais rien si c’est ça. Mais en tout cas, comment créer quelque chose à partir de ta différence.

Fabrice :         Et c’est forcément une obligation la troisième voie ?

Aurélie :          Non, pas forcément. Justement, on a eu plein de modèles différents. Tu pouvais avoir une personne qui était très pratiquante dans une région ou avec une culture très affirmée, et l’autre un peu effacée qui acceptait d’aller vers l’autre personne. Tu pouvais avoir une envie de créer quelque chose qui ne ressemble qu’à toi, où tu pouvais créer un petit peu ton quotidien à tout, en fait. Et justement, on a eu palette, si tu veux. Ce n’est pas tout blanc, tout gris ou tout noir, mais une palette de couleur hyper variée et avec juste des exemples de gens qui fonctionnaient bien. Et du coup, ce que moi j’ai retenu à ce moment-là, c’est que d’une part, la réaction des proches qui était attention, il est musulman ou attention, ça va être difficile, c’était de la…

Fabrice :         C’est quoi c’est ce « Attention, il est musulman » ? Ça cache quoi derrière ?

Aurélie :          Alors…

Fabrice :         C’est parce qu’en ce moment, Daesh, tout ça ou ?

Aurélie :          Ah oui. C’est exactement ça. C’était juste après Mohamed Merah à Toulouse. Il s’appelait Mohamed, je suis toulousaine, ça faisait des liens, tu vois ? Donc, il y avait le côté, la société française qui est quand même assez xénophobe. Et ça, Mohamed, il est en France depuis 2001, il a vraiment vu l’évolution d’une société de plus en plus raciste, de ce qu’il m’a dit, ce n’est pas un mensonge. Et puis, je le vois moi-même maintenant au quotidien. Donc, il y a ça. Et par rapport aux parents, il y a un truc qui est super intéressant aussi. Et ça, c’est au GFIC, donc notre association, on en a pas mal parlé, c’est que le schéma est toujours le même. Quand c’est un flirt avec un conjoint différent, ça va. Et puis, quand ça devient le mariage, le fait qu’il soit différent devient le bon prétexte pour l’éloigner. Et en fait, pour les parents, quand ton enfant se marie, ça te rapproche un peu de la mort parce que d’une manière ou d’une autre, tu te rends compte que ton enfant grandi. Et toi, l’étape d’après, ton enfant a déjà quitté ton foyer, qu’est-ce que c’est ? C’est de vieillir et de mourir.

Et plutôt que de dire que ton potentiel gendre ou ta potentielle bru a un trop gros nez, ne gagne pas assez d’argent, ou qu’elle n’est pas assez belle, ou trop moche ou trop intelligente, le fait de dire que sa religion ne fonctionne pas, c’est vraiment une super bonne excuse pour refuser le mariage de ton enfant et finalement de refuser ce qui te mène vers la mort. Et ça, on a eu une conférence à ce propos qui était hyper intéressant et c’est vraiment quelque chose qui se passe très souvent. C’est l’altérité en fait qui fait peur mais qui est prise comme un prétexte pour que ton enfant ne se marie pas, et finalement, reste dans ton giron familial. Mais c’est inconscient, ce n’est pas du tout aussi clair que ça. Mais du coup, cette réaction de mes parents, je l’ai vachement mieux comprise une fois que j’ai pu échanger avec tous ces couples qui m’ont dit qu’ils avaient vécu la même chose. Quand j’ai assisté à cette conférence, c’était avec Aldo Naouri, c’est un pseudo-psychiatre assez réputé d’origine juive, en plus, c’était un peu drôle qu’il faisait une conférence devant des musulmans et des chrétiens, et qu’il nous a expliqué ça en fait, en disant que plutôt que de dire que le potentiel gendre avait un trop gros nez, le fait de dire qu’il est musulman, ça le maintient un peu à distance, ça te permet de garder ton enfant dans ton giron plus facilement. Et du coup, cette réflexion-là, le côté, il est différent, il fait peur, etcetera, je pense que d’une part, c’est lié à ce que je viens de dire là sur la peur de sa propre mort en tant que parent, et en effet, une société qui est quand même assez raciste.

Et ça, dans le côté, comme on m’avait prévu que ça serait difficile, c’est vrai tu vois, parce que quand tu t’appelles Mohamed aujourd’hui, trouver du travail en France en 2017, c’est vachement plus compliqué que si tu t’appelles Pierre, Paul ou Fabrice, hein, ou Aurélie. Quand tu t’appelles Mohamed, tu te fais contrôler tout le temps, mais tout le temps, au moins une fois par mois, parce que tu fumes dans la rue, parce que tu es dans les transports en publique. Enfin, c’est vraiment hallucinant de se rendre compte de ça. Et d’un autre côté, oui c’est difficile. Mais moi qui adore voyager encore une fois depuis mes 12 ans, ça m’ouvre aussi sur un monde que je n’aurai jamais connu si je n’avais pas été avec Mohamed. Tu vois, de se dire être dans la peau ou être proche d’un africain, tu vois, et de vivre ces problèmes-là racistes, mais aussi de voir sa vision du monde en permanence, c’est une telle richesse que je ne regrette pas du tout la difficulté que ça peut être de temps en temps, quoi.

Fabrice :         Mais je trouve que tes parents, ils l’ont plutôt bien pris. Ça va, franchement.

Aurélie :          Totalement. Parce qu’alors, encore une fois, ils écoutent mais c’est la vérité…

Fabrice :         Bravo à vous !

Aurélie :          Il y a eu cette petite réaction que moi j’ai jugé un peu dans la sur réaction. Eux, l’ont sans doute vécu autrement. Peut-être qu’ils vont me dire sans doute qu’ils auraient réagi pareil si ça avait été n’importe quel potentiel gendre, qu’ils ont juste voulu me mettre en garde. Mais en fait, quand je leur ai dit que c’était mon choix, je leur ai reparlé quelques semaines après, ils m’ont dit ok, on l’accepte, on ne va pas te faire la guerre. Et il se trouve que ma mère était l’adjointe, enfin, est toujours adjointe du maire de notre petit village, et c’est elle qui nous a marié, tu vois. Et on a fait un vrai mariage franco-malien, islamo-chrétien, hyper joyeux, avec mes parents, la mère de Mohamed, nos deux familles, nos deux groupes d’amis. Et mes parents aujourd’hui sont très heureux, s’entendent bien avec leur gendre et leur petit fil. Donc, il n’y a aucun souci.

Fabrice :          Moi, mon père, en général, son commentaire, c’est du genre « tu ne pouvais pas en prendre une plus proche ? ». Mon père, c’est un homme du terroir, c’est un ardéchois et tout. Pourquoi tu vas chercher ailleurs, dans le village là, il n’y en avait pas assez ? Dans un village là, c’était… Papa, c’était un peu… Il y a un déficit là.

Aurélie :          Comme tu disais au début, ça ne m’étonne pas du tout qu’il y ait autant de couples mixtes. En fait 30 %, déjà, tu as tous les couples Erasmus. Aussi, tu as les couples européens, tu as, ta différence est un peu moins flagrante.

Fabrice :          Moi, je suis sûr que ceux qui écoutent là, il y a une surreprésentation des couples mixtes parmi mes lecteurs.

Aurélie :          C’est clair. Mais pour moi, ça va juste avec l’ordre du monde. Le monde est ouvert, les frontières, notamment, pour les occidentaux, sont hyper ouvertes. Donc, c’est normal qu’il y ait de plus en plus de couples mixtes. Oui, en effet, j’espère qu’il y en aura de plus en plus. Après, moi, ce que je leur souhaite à tous, c’est d’être vraiment dans la communication. Parce que, est-ce qu’il n’y a pas aussi des couples de complaisance pour justement les histoires de papiers, des histoires de facilité matérielle ou quoi. Parce qu’en effet, comme tu es mariée avec quelqu’un qui a un passeport français, je pense que ta vie est plus simple que si tu restes mariée avec quelqu’un qui a un passeport d’un pays du tiers-monde ou d’un pays en voie de développement.

Fabrice :         Mariage de raison, mariage arrangé.

Aurélie :          C’est ça. Donc, je ne sais pas, dans ce 30 % là, quel est le pourcentage de quoi ? Mais moi, je suis vraiment pour la création de pont, d’interculturalité, et les couples mixtes et les enfants qui naissent dans ces couples mixtes, pour moi, c’est vraiment l’avenir.

Fabrice :          Mais… Donc, un des avantages finalement, si on peut résumer, un des avantages de se mettre avec quelqu’un d’une autre origine, c’est qu’on va devenir meilleur communicant en fait. C’est vachement bien pour le développement personnel. Non mais c’est vrai.

Aurélie :          Meilleur communicant, meilleure nourriture, bi-linguiste. Il y a plein d’avantages. Enfin, je ne sais pas. Le mot avantage me fait rire en fait. Déjà, ça te pousse à te remettre aussi en question toi-même finalement. Parce que, comme je le disais tout à l’heure, tu ne prends pas pour acquis que l’éducation que tu as reçue ou la manière de faire que tu as toujours vu est la meilleure. Donc, forcément, tu te poses la question, à te dire dans ce que moi j’ai reçu comme éducation, dans ce que moi j’ai appris dans ma jeunesse ou avant la rencontre avec cette personne, qu’est-ce que j’ai envie de garder pour le partager avec l’autre, et qu’est-ce que je suis prête à laisser parce que ça dérange l’autre, ou parce que justement ça fait un choc avec sa culture à lui. Donc, pour moi, ça, c’est vraiment le plus intéressant, c’est peut-être la remise en question sur soi-même et le fait de mieux se connaître soi. Parce que, du coup, tu es obligée aussi d’expliciter un peu plus les choses pour l’autre, donc tu es obligée de te comprendre un petit peu mieux toi-même. Après, clairement, tu es obligée de sur communiquer parfois. Donc, ça t’aide à être meilleure communicante. Je ne sais pas si Mohamed m’écoute, ce qu’il en pensera, mais j’espère que oui, j’ai fait des progrès en communication.

Fabrice :         N’hésite pas à mettre un commentaire, Mohamed, dessous.

Aurélie :          Voilà. Soit sympa s’il te plaît. Et après, il y a plein de choses qui sont peut-être plus anecdotiques, mais tu vois, moi je trouve ça génial d’avoir une famille à l’autre bout du monde. À Bamako, maintenant, j’ai ma famille. Ils m’acceptent comme leur fille.

Fabrice :         Dimanche à Bamako.

Aurélie :          Voilà. Le dimanche à Bamako, j’ai été à beaucoup de mariage dont le dimanche à Bamako. C’est génial. On en revient à la richesse, tu vois. Et comme je te parlais de nourriture aussi, j’adore la bouffe africaine, j’adore la bouffe en général. Du coup, ton éventail culinaire est vachement plus large. Il y a plein de choses qui ne sont que des avantages en effet.

 

Couple mixte : faire front à la belle famille

Fabrice :          On a parlé de la réaction de tes parents. Et la réaction de ses parents ? À eux, parce que finalement, tu m’as un peu expliqué en off, avant, que la difficulté la plus grosse dans votre couple, mais c’est le cas, je pense, dans beaucoup de couples mixtes. Souvent, la différence qui est la plus difficile, c’est la religion.

Aurélie :          Oui. Alors, en fait, sur la première question sur sa famille à lui, je pense qu’ils étaient préparés psychologiquement, puisque ça faisait longtemps qu’il était parti, à ce qu’il finisse avec une française.

Fabrice :         Oui, c’est vrai que…

Aurélie :          Si on peut dire finir avec une française. Ils ont été surtout content qu’il se marie parce qu’il s’est mis en couple un peu plus tard, puisqu’il était un peu plus âgé que moi. Je crois qu’il avait 35 ou 36 ans quand on s’est marié. Vieux, n’est-ce pas ?

Fabrice :         Tu vas me faire déprimer là.

Aurélie :          Je te taquine. Non, du coup, ses parents étaient contents qu’il se marie et franchement, ils ne m’ont jamais fait sentir, peut-être qu’ils l’ont dit à Mohamed, mais je pense qu’il me l’aurait partagé si ça avait été compliqué, que ce soit compliqué pour lui que je sois Française et pas musulmane. Donc, ça s’est plutôt bien passé. Mais c’est vrai qu’en général, dans un couple mixte, et c’est vrai que s’il y a des personnes qui m’écoutent et qui sont en début de relation, le plus difficile, ça peut être la belle famille, en fait. Et c’est là pour moi que c’est hyper important, que le conjoint protège son conjoint par rapport à sa belle-famille. Si par exemple, tu as envie de te convertir dans une religion ou une autre pour faire plaisir à ta belle famille, pour moi, c’est au conjoint de dire à ses parents j’aime untel parce qu’il est aussi différent et je l’accepte comme il est. C’est un non-sens de se convertir juste pour vous faire plaisir, juste par complaisance.

Fabrice :         Pourtant ça arrive souvent. Notamment, par rapport à la religion musulmane.

Aurélie :          Oui, mais je trouve qu’il y a d’autres manières de faire. Encore une fois, tu vois, c’est… Nous, la question ne s’est pas posée parce que quand le mari est musulman, il y a moins de pression par rapport à ça dans les faits, même si la religion ne dit rien par rapport à ça. Mais souvent, quand la femme est musulmane, tu as une énorme pression pour que le mari se convertisse s’il n’est pas musulman. Mais je trouve que commencer ta vie…

Fabrice :         Et encore des fois, ça ne passe pas.

Aurélie :          Et des fois, ça ne passe pas tout court, en effet. Mais commencer ta vie sur un mensonge, enfin ta vie de couple, ou sur de la complaisance pour la belle famille, ça envoi quel message à la belle famille ? En gros, ça veut dire, oui, c’est vous qui décidez de ma vie de couple, vous avez un droit, vous avez un pouvoir sur la vie de notre couple qui est celui, par exemple, de choisir ma religion. Je trouve ça hyper malsain. Et pour moi, chaque membre du couple doit assumer qu’il a choisi l’altérité avec un couple mixte et qu’il doit expliquer ses raisons à ses parents, même si c’est au prix de dispute et parfois, ça peut être très, très douloureux…

Fabrice :         Même c’est séparation pendant quelques années.

Aurélie :          Ça peut être une rupture familiale. Donc, évidemment, il faut être sûr que les deux parties du couple soient hyper engagées et que ce ne soit pas juste un engagement léger évidemment, parce que tu ne peux pas remettre tout en question, ta vie de famille initiale, si c’est pour quelque chose de léger. Mais franchement, je trouve que ça demande vachement de courage, mais qu’il vaut mieux être honnête et sincère dès le départ plutôt que de laisser cette place-là à la belle famille. Pour moi, c’est vraiment important de se protéger de ça même si, je suppose, pas du tout facile. Et je renvoie à la lecture du baiser du ramadan de Myriam Blal dont je parlais sur mon blog il y a peu aussi. Elle est française d’origine tunisienne et en fait, elle s’est trouvée dans ce cas-là avec sa mère qui lui a dit que se marier avec un chrétien, c’était comme épouser Satan. Et en fait, elle l’a fait et elle a réussi à être honnête. Et lui ne s’est pas converti par complaisance et ils ont fait un mariage mixte où chacun garde sa religion. Et aujourd’hui, ils sont heureux. Elle y est arrivée, tu vois, et…

Fabrice :         Et il y a eu une rupture avec sa famille ?

Aurélie :          Son père n’est pas venu au mariage, elle en parle dans le livre. Mais sa mère non. Et puis maintenant, ils ont un enfant. Et souvent, avec la naissance de l’enfant, ça aide à remettre un peu, à retisser les liens familiaux. Elle a réussi à garder une bonne relation avec ses sœurs et sa mère. Mais elle a préféré être honnête et forte plutôt que de justement commencer une vie de couple sur un mensonge. Mais là justement, je récite le GFIC pour ce qui est du cas des couples musulman-chrétien, parce que vraiment, il y a beaucoup d’exemples d’échange d’expérience qui peuvent aider d’autres personnes à se dire que oui, tu peux y arriver dans l’authenticité plutôt que dans la complaisance, encore une fois.

Fabrice :          Oui, il faut être fort. Ça demande beaucoup de… Je ne suis même pas sûr que ça soit la question de l’amour pour l’autre là. C’est aussi au niveau personnel, les ressources que tu as pour faire face à ça et risquer des disputes, voire un…

Aurélie :          Clash.

Fabrice :          Clash. Voire une séparation provisoire parce que c’est toujours provisoire en général avec tes parents. Et ça demande beaucoup de ressources.

Aurélie :          Je pense qu’en effet, ça te demande d’être super fort mais en même temps, commencer sa vie de couple par un mensonge, ça me paraît faux et de mauvais augure pour la suite. Et en même temps, si tu arrives à passer au-delà de ce clash ou de cette rupture, tu développes en toi une force qui est hyper, hyper riche. Et moi, j’encourage les gens à être plutôt honnête, tu vois, dans leur relation plutôt que se mentir à eux-mêmes, ou mentir à leur propre famille.

 

Les enfants nés de couples mixtes : culture, religion, éducation.

Fabrice :          Autre question, Aurélie. Et c’est souvent une question épineuse quand les deux personnes sont de religions différentes, c’est les enfants. Dans quelle religion l’élever ?

Aurélie :          Oui. Alors, ça, c’est une vraie, vraie question qu’on s’est posée assez tôt avant de se marier. C’est une question à se poser si c’est important pour l’un ou pour l’autre. Si les deux n’en ont rien à carrer, qu’ils ont juste une pratique un peu lointaine ou pas de pratique du tout, ce n’est pas grave. Mais si c’est quelque chose qui est important pour toi, ça vaut le coup de se poser la question au tout début. Nous, on n’a pas tranché. Ce qu’on s’est dit, c’est que tous les deux, on croyait en quelque chose, donc en l’occurrence, on croit en un Dieu. Mais tous les deux, on n’a pas une pratique hyper régulière ou pas vraiment de pratique au quotidien. Et là où on en est aujourd’hui pour notre fils, c’est qu’on ne l’a pas baptisé. Il est musulman du point de vue des musulmans parce que quand tu nais de père musulman, tu es musulman. Mais moi, ce que j’ai envie de faire aujourd’hui avec lui, et d’ailleurs, je lui ai acheté un petit bouquin là-dessus, c’est de lui parler un peu de Dieu, de commencer à lui donner des repères, en fait, qui sont culturels et religieux, des deux côtés, et qu’après, ce soit lui qui choisisse, en fait. Et ça, c’est une option, tu vois, dans les multiples exemples que j’ai vus. Il y en a qui vont peut-être donner une religion et qui vont quand même parler de l’autre religion, il y en a qui vont parler des deux religions et n’en donner aucune. Encore que ça pose un problème parce que ça veut dire que le gamin, quand il sera en âge de comprendre, peut-être qu’il se dira si je choisis la religion de papa, ça veut dire que j’aime plus papa, si je choisis la religion de maman, ça veut dire que j’aime plus maman, qu’il va peut-être avoir une histoire de conflit de loyauté.

Fabrice :         Il y a aussi des chances qu’il devienne athée dans ce cas-là ?

Aurélie :          Il y a aussi des chances qu’il devienne athée. Pourquoi pas, qu’il devienne Bouddhiste. Ça s’est déjà vu, même dans le cas de beaucoup de couples musulman-chrétiens. Mais du coup, moi, ce que j’ai envie, c’est qu’il ait des repères, et assez d’armes, en fait, pour après… Parler d’armes en parlant de religion, c’est paradoxal mais… Assez de cartes, en fait, pour après choisir la religion qu’il veut. Mais par contre, pour moi, c’est important qu’il voit en fait à travers nous, qu’il voit nos religions. Par exemple, tu vois, on approche de noël puisqu’on est en novembre, et je lui ai aussi acheté un petit bouquin sur noël pour les enfants. J’ai envie de lui raconter même s’il n’a pas 3 ans, peut-être que ce sera pour noël prochain, on verra, mais qu’il comprenne en fait des choses, qu’il soit avec un background et une richesse un peu religieuse aussi.

Fabrice :          Oui, je suis tout à fait d’accord avec ton approche. Mais donc, tu n’es pas du tout d’accord avec le fait que l’enfant là, on parle dans un couple musulman et non musulman, puisque c’est… voilà, qu’il soit élevé d’emblée dans la religion musulmane forcément. Tu aurais pu être d’accord s’il te l’avait imposé presque ?

Aurélie :          Alors, disons que ça ne me dérange pas non plus parce que ce qui s’est passé dans notre cas, c’est que Yan a eu un baptême musulman où il n’était pas présent, parce que chez les maliens, ça se fait parfois à distance.

Fabrice :         C’est pratique ça.

Aurélie :          Oui, très pratique. Ils font parfois, ils célèbrent quand tu n’es pas là. Ils s’adaptent avec la situation. Donc, il a eu un baptême musulman. Il a eu les cheveux rasés quand il avait 6 mois. Ça, c’est entre l’islam et la tradition malienne, en fait. Ils te rasent les cheveux de bébé, et c’est un acte qui est quand même un peu religieux, et il est circoncis. Et tu vois, ça, c’est quand même plusieurs choses qui sont importants pour Mohamed. Et justement, c’était hyper important pour Mohamed. Moi, qu’il ait les cheveux rasés et qu’il ait un petit bout de kiki un peu en moins, ça ne me dérangeait pas du tout. Du coup, j’ai accepté qu’il le fasse tout en sachant que je n’allais pas le lâcher juste dans le monde musulman que j’allais quand même après, justement, lui expliquer noël, lui expliquer plein de choses pour qu’il ait les deux. Et en même temps, ça aurait tellement coûté à Mohamed qu’il ne soit pas circoncis parce que ça, c’est vraiment sketch. C’est-à-dire que quand je lui dis que mon père n’était pas circoncis, il a rigolé pendant une demi-heure tellement qu’il ne me croyait pas. Parce que pour les maliens, si tu es un homme, tu es circoncis. Bref, du coup, pour moi, c’était… Enfin, pour lui, ça aurait trop coûté qu’il ne soit pas circoncis alors que pour moi, ça ne me coûterait rien qu’il le soit. Après, tu vois, c’est une histoire, ce n’est même pas du compromis mais encore une fois, c’est de la discussion, de voir ce qui est très important pour l’autre.

Et après, tu vois, un autre exemple, c’est le porc. On en a parlé en off, mais ça vaut le coup que je réexplique là. Mohamed ne mange pas du tout de porc, et c’est un truc sur lequel il est hyper intransigeant. Et en fait, on s’est posé la question pour Yan. Et moi, je n’en mange pas à la maison parce que je trouve que c’est hyper excluant pour mon mari. Mais par contre, mon mari accepte qu’il en mange dehors. Par exemple, à la cantine à l’école ou chez mes parents. Parce qu’il se dit, s’il ne mange pas de porc là, il va lui manquer un pont culturel de sa culture française. Et en plus, il sera vu comme le petit musulman qui ne mange pas de porc, alors que finalement, on n’a pas encore décidé qu’il soit 100 % musulman. Du coup, tu vois, peut-être que pour certaines personnes, la circoncision, ça aurait été inacceptable, que dans ces cas-là, ils auraient trouvé autre chose, et que pour d’autres personnes, le porc, ils auraient fait différemment. Donc, c’est un peu cette histoire de troisième voie, tu vois. C’est vraiment la discussion et d’en voir ce qui te convient en tant que personne. Mais encore une fois, je ne suis pas en train de passer un message en disant que c’est comme ça dans tous les couples mixtes islamo-chrétien. Nous, c’est comme ça qu’on a trouvé que ça nous allait bien. Et voilà.

Fabrice :          Pour continuer sur les enfants et l’éducation, Aurélie, comment vont se transmettre les valeurs et les cultures des deux parents ? Comment le choix… enfin, je ne sais même pas si c’est une question de choix en fait ou si ça se fait naturellement, voilà. Est-ce que ça se fait naturellement ou est-ce qu’il faut qu’il y ait un « contrôle », enfin un choix… Je ne sais pas, en plus, je n’ai pas d’enfant, je suis complètement à l’Ouest. Vas-y.

Aurélie :          Alors, non. Il n’y a pas de contrôle, il n’y a pas de choix. On fait ce qu’on peut, j’ai envie de dire. Mais c’est une vraie question de qu’est-ce que tu transmets à tes enfants. Alors, pour moi, le plus gros danger, c’est que mon fils ait le cul entre deux chaises pour parler vulgairement, qu’il ne soit ni français, ni malien, qu’il soit vu comme un malien ici, et comme un français là-bas. Ça, c’est vraiment le plus gros risque que je pense pour lui, et de se retrouver schizophrène avec deux identités en tuyau d’orgue et qu’en fait, il n’arrive pas à être juste entièrement lui-même. Et par rapport à ça, je vais citer Gaël Faye qui est slameur mais qui a aussi écrit le livre « Petit Pays » que je conseille vraiment. Dans une interview, donc lui, il est Franco-Rwandais, et il expliquait qu’il en avait marre de se définir 50 % Français et 50 % Rwandais. Il disait, moi, je suis 100 % Français et 100 % Rwandais. Et en fait, c’est vraiment ce que je souhaite aux enfants de couples mixtes. Et qu’en l’occurrence, Yan soit 100 % Français, donc Yan mon fils, et 100 % Malien.

Encore une fois, beaucoup plus riche finalement. Mais pour ça, ça veut dire qu’en tant que parents, tu dois vraiment lui transmettre volontairement les deux cultures. Et ce n’est pas facile parce qu’en général, tu ne vis pas 50 % de l’année d’un côté, et 50 % de l’autre. Donc, en l’occurrence, pour nous qui vivons à Paris, ça veut dire, comment tu gardes le lien avec l’autre pays, en l’occurrence le Mali ? Concrètement ce qu’on a fait, c’est qu’on est parti deux fois au Mali, trois semaines avant les 2 ans de Yan. Aussi, parce que les billets d’avion étaient moins cher. Du coup, ça veut dire, qu’il aura déjà des souvenirs, d’odeur, de son du Mali. Ça veut dire que moi, j’ai vachement poussé Mohamed pour qu’il parle en Bambara, donc sa langue maternelle, à Yan. Même s’il ne le fait pas tout le temps, il l’a fait quand même pas mal. Ça veut dire qu’il va à des fêtes familiales en banlieue parisienne, voir la famille malienne, etcetera. Pour moi, c’est hyper important d’être… ça ne se fait pas naturellement, je pense, de consciemment, de se dire ok, comment je peux faire en sorte qu’il n’y ait pas qu’une des deux cultures qui prennent le pas sur l’autre. Et ce n’est pas facile. Et c’est quelque chose, encore une fois, devenir consciente en discutant, et puis par des petites choses au quotidien que je viens de citer là, d’essayer de pousser la présence des deux cultures. Et après, il y a un truc que moi j’ai fait, c’était un choix personnel mais je suis très contente de l’avoir fait, c’est que j’ai pris la nationalité malienne, en fait. Yan donc est français puisqu’il est né en France, il est Malien parce qu’il a été reconnu comme Malien par son père quand on est parti là-bas. Et comme lui, il est devenu Malien, je me suis dit, j’ai aussi envie de devenir Malienne, pour qu’on soit tous les trois à termes Franco-Malien.

Fabrice :         Alors ça, on parle d’un des pays où c’est possible d’avoir la double nationalité.

Aurélie :          Tout à fait. Ce qui n’est pas du tout le cas dans…

Fabrice :         Ce qui est même une minorité des cas, je pense.

Aurélie :          Oui. Mais quand c’est possible, c’est vrai que… Je trouve que c’est plus simple comme message.

Fabrice :         Tout à fait. Tu as raison.

Aurélie :          Parce que, du coup, d’expliquer à mon fils que ok, je suis blanche mais je suis aussi malienne par choix parce que j’aime son papa, parce que j’aime sa culture, parce que j’aime mon fils, et que papa est noir mais qu’il est aussi Français, parce qu’il a vécu tant de temps en France, etcetera. Je trouve ça vachement plus simple sur le côté où encore une fois, être 100 % l’un et 100 % l’autre et ne pas être 60 % français parce que j’ai vécu jusqu’à mes 18 ans en France et 40 % Malien.

Fabrice :          En plus de ça, tu peux vraiment, j’imagine pour un enfant de visualiser avec les deux passeports.

Aurélie :          Tout à fait.

Fabrice :         C’est con mais…

Aurélie :          Non mais clairement. Puis, pour la somme, on n’en est pas encore là. Parce qu’il a 2 ans et demi et en l’occurrence je n’ai pas mon passeport malien mais en tout cas, j’ai mon acte de nationalité. Voilà. Pour moi, c’était quelque chose qui permettait de montrer que toute notre famille est franco-malienne en fait. Et pour moi, c’était hyper important, déjà par solidarité avec mon mari parce que lui, il lui faut 4 ans de mariage, moi il m’a fallu 4 jours de paperasse sur place. Donc, il y avait vraiment un acte fort par rapport à ça. Et puis, le côté de me dire je n’ai pas envie que la culture française prenne toute la place parce qu’on est à Paris. Parce que peut-être qu’au niveau international, un passeport français, ça a plus de prestige qu’un passeport malien. Voilà. Pour moi, c’était hyper important d’avoir ces deux nationalités. Et puis après, sur la transmission de la culture, il se trouve que je suis passionnée de danse d’Afrique de l’Ouest et du Mali, bien avant mon mari.

J’apprends à Yan à danser par exemple, ou il écoute de la musique avec moi, plus peut-être qu’avec son papa. Ou autant parce que son papa, il écoute aussi pas mal. Donc, du coup, c’est plein de petites choses au quotidien qui fait que, encore une fois, il y aura cette richesse parce qu’il aura deux cultures. Alors, rendez-vous dans 15 ans pour voir si la crise d’adolescence n’est pas trop difficile. Et si en effet, il se sent bien, et Français, et Malien. S’il n’a pas le cul entre deux chaises, pour reprendre cette expression. Mais encore une fois, pour réciter Gaël Faye, je trouve que cette idée-là d’être 100 % d’une culture ou d’une nationalité et 100 % de l’autre, donc en l’occurrence, 100 % Malien – 100 % Français, ou 100 % Français – 100 % Colombien, je trouve ça génial, et que c’est une vraie richesse que tu peux transmettre à tes enfants.

Fabrice :         Dans les faits, ce n’est pas facile.

Aurélie :          Non. C’est au quotidien hein. C’est ce que je te disais, l’amener avec moi à mes cours de danse, c’est lui faire voir ses grands-parents, c’est appeler ses grands-parents sur Skype régulièrement, c’est dire à mon mari parle-lui ta langue maternelle même si entre nous, on parle français et du coup, c’est parfois un peu artificiel, c’est lui faire des livres sur la culture africaine. Enfin, voilà, c’est plein de petites choses. Après, c’est clair que je suis très intéressée par la culture d’Afrique de l’Ouest et c’est beaucoup plus facile.

Fabrice :         Ce n’est pas le cas de forcément tous les couples.

Aurélie :          Et en même temps, je me dis c’est un peu triste si par exemple, tu es mariée avec un chinois et que tu n’aimes pas du tout la culture chinoise. Et dans ces cas-là, ça doit être moins simple. Je vous dirai trouvez votre voie à vous, trouvez votre modèle à vous, mais si tu es intéressée par la culture de l’autre, c’est bien de l’alimenter, d’encourager l’autre dans la culture un peu minoritaire. Parce que finalement, tu as toujours une culture qui prend plus de place que l’autre, par rapport à ton lieu de vie ou par rapport à la place que cette culture ou cette nationalité a sur l’échiquier international. Je trouve que d’aider la culture vue comme minoritaire à avoir plus de place, pour moi, c’est important.

Fabrice :          Moi, par rapport à mon expérience, je ne vois pas trop comment tu peux aimer une personne et ne pas t’investir dans sa culture et l’aimer. Enfin, peut-être, il y a des cas particuliers mais ça me paraît quand même… Moi, à chaque fois, j’ai aimé le pays de l’autre, j’ai appris sa langue, je me suis vraiment intéressée à l’histoire. Oui, j’ai aimé, pas tout. Tu n’aimes pas tout évidemment, tu es aussi très critique. Aussi, parce que tu es de l’extérieur justement. Tu peux vraiment être très critique mais ça n’empêche pas qu’en étant critique et en disant des choses, ça ne veut pas dire que tu n’aimes pas la culture de l’autre. C’est comme une personne, tu peux lui dire, elle a des défauts mais ça ne veut pas dire que tu ne l’aimes pas.

Aurélie :          Là, tu prêches une convaincue. Moi, j’ai toujours été comme ça aussi dans les… Je n’ai pas eu 36 histoires de couples mixtes, mais j’en ai eu deux. Et dans les deux, j’étais intéressée vraiment par la culture de l’autre. J’espère que c’est comme ça dans tous les couples mixtes. Mais je suppose aussi parce que ça me paraît bizarre que ce ne soit pas le cas. Dans ces cas-là, je ne peux qu’inciter encore une fois le conjoint de la culture majoritaire à mettre plus en lumière l’autre culture pour que la transmission pour les enfants soit la plus facile possible et qu’ils voient qu’il y ait un intérêt commun et du respect dans les deux sens.

 

 

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