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IVCAST 65 : 10 ans non stop autour du monde !

 Sandro du blog Tête de chat est revenu en France après 10 ans de voyage non stop autour du monde. Il nous raconte son expérience, les différents travails qu’il a fait pour financer son voyage. Il nous parle aussi de son retour et il jette un regard sur ces 10 ans de voyage.
  

 

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Liens cités

Le blog de Sandro.

L’interview de Sandro sur le blog en 2011. 

 

Merci d’avoir écouté !

Transcription

 

Fabrice :         Bonjour Sandro !

Sandro :          Salut !

Fabrice :          J’ai le plaisir de t’accueillir à nouveau dans ce Podcast parce que, je ne sais pas si tu t’en rappelles, on avait déjà fait une interview pour mon blog, il y a longtemps, c’était en 2010 je crois.

Sandro :          Je me souviens, j’étais au Japon.

Fabrice :          Oui voilà, c’était écrit. En effet, tu étais en Asie en tout cas au Japon et ça faisait déjà quatre ans que tu voyageais puisque tu as commencé ce long tour du monde en 2006 et tu l’as terminé en 2016 soi-disant pilepoil, c’est ça ?

Sandro :          C’est ça.

 

Voyager autour du monde pendant 10 ans 

Fabrice :          Pour commencer, on ne va pas y revenir, pourquoi t’étais parti, etcetera, puisque je mettrais le lien de l’article de ton interview dans la description. Aujourd’hui dans ce Podcast, je voulais surtout que tu nous parles d’abord de ton retour, que tu nous parles un peu avec du recul, parce que ça fait un an que tu es rentré de ce long voyage, enfin c’est une partie de ta vie quand même, un quart de ta vie en fait finalement.

Sandro :          Un quart de vie exactement.

Fabrice :          J’aimerais un peu que tu nous parles de ça. D’abord quand même une petite question sur le voyage. Pour simplifier, par quel coin tu es passé, quelle région du globe ? Voilà, résume-nous un peu ton trajet vite fait ?

Sandro :          Vite fait, ça va être dur disons. Je suis parti sur la Russie et puis après, j’ai été en Asie, la Chine et tout ça, l’Asie du Sud-est. Je suis allé en Australie, puis je suis revenu en Asie. J’ai passé pratiquement cinq ans en fait en Asie. Puis après, Canada, USA, l’Amérique Central, l’Amérique du Sud. Entre temps, je suis retourné en Asie aussi des fois et en Nouvelle-Zélande. Puis après, le sud de l’Afrique surtout, Madagascar et je suis rentré en France.

Fabrice :          D’accord. Et pourquoi autant de temps en Asie ? Est-ce que c’était puisque tu as beaucoup apprécié cette région ?

Sandro :          Il y a beaucoup de raisons à ça. D’abord j’aime beaucoup l’Asie, de toute façon je l’ai aimée même avant de la connaître, c’est un truc comme ça, c’est vrai j’ai toujours aimé l’Asie, surtout le Japon. Et je pense qu’il y a une différence qui est tellement énorme par rapport à notre culture, qu’il y a une sorte d’exotisme incessant quand tu voyages là-bas. Alors que par contre, en Amérique du Sud, niveau culturel, c’est quand même très très proche de chez nous. Des églises, on en a mille et là-bas aussi tu vois. Donc, j’étais plus vite rassasié si tu veux.

Fabrice :          Mais tu as raison, c’est clair qu’il y a une différence par rapport à ça. Après moi, ce que j’ai apprécié dans l’Amérique Latine, c’est quand tu parles la langue, ça permet vraiment d’avoir des relations proches avec les gens, ce qui est difficile je trouve en Asie d’une façon générale.

Sandro :          C’est vrai, c’est pour ça que j’ai appris le Mandarin.

Fabrice :         Ah oui, carrément, d’accord.

Sandro :          J’étais resté presqu’un an à Taiwan pour apprendre le Mandarin, on le parlait partout en Asie même à Taiwan.

Fabrice :          D’accord, ça c’est super. En tout cas, bravo parce qu’il paraît que c’est difficile, enfin j’imagine que c’est difficile d’apprendre le Mandarin.

Sandro :          C’est tellement difficile que je ne sais plus parler un mot.

Fabrice :         Ah oui.

Sandro :          Ça va faire quatre ans que je n’ai plus, que je ne l’ai plus utilisé, je ne sais plus. Si je pourrais négocier des prix, des trucs comme ça, puis c’est tout quoi. Je ne sais plus écrire.

Fabrice :         En tout cas, pendant ces dix ans, tu as travaillé ici et là je crois.

Sandro :          Oui.

Fabrice :          Après, je ne sais plus. Je me rappelle notamment de l’épisode de la cueillette des fruits au Canada et tu as fait peut-être autre chose au Canada. Résume, parle-nous un peu des différents boulots que tu as fait pendant ces dix ans ?

Sandro :          Oui, malheureusement, je n’étais pas riche, ni millionnaire, ni héritier, donc je devais travailler en chemin, mais j’essayais de ne pas travailler, en moyenne sur les dix ans, plus de deux mois par an en fait. Je ne veux pas que le travail prenne le dessus. Et surtout, ce que je faisais différemment, c’était que quand je travaillais, je ne faisais que travailler, c’est-à-dire je ne voyageais pas, je travaillais, travaillais, travaillais pour mettre de côté pour pouvoir voyager plus longtemps. Bref, pour tout ce qui est sorte de boulots, j’ai vraiment fait de tout. Quand tu parlais de la cueillette, c’est ce que j’ai détesté le plus, j’ai fait de la cueillette un peu de cerises, mais surtout de la pomme. Mais j’ai travaillé beaucoup dans la cerise par contre au Canada, mais ce n’était pas de la cueillette, on appelle ça du tri. C’est-à-dire vous triez les bonnes cerises et les mauvaises cerises, mais aussi les amener entre ceux qui les triaient et ceux qui les piquaient. Mais sinon, je me suis éclaté surtout, c’était au Japon. D’ailleurs quand tu m’avais contacté, c’était pour ça que j’étais au Japon, c’était parce que je travaillais dans une, enfin une usine, on va dire avec un employé au milieu de la montagne pour faire du saké.

Fabrice :         Ah oui, c’est super !

Sandro :          Ça c’est bien. Oui c’était vraiment une super expérience, j’ai vraiment eu de la chance de pouvoir entrer là-dedans. Ce n’était pas payé grand-chose mais j’étais nourri logé et c’était surtout pour l’expérience. Le deuxième boulot qui m’a vraiment plu… on va dire trois boulots. C’est cuistot, j’ai fait cuistot aussi dans le camp au nord du Canada, qui m’a vraiment plu parce que c’était le métier qui m’avait plu. Et sinon en Australie, j’étais nettoyeur de perle, disons des huîtres, on appelle ça de culture, avec des perles à l’intérieur et pour ne pas qu’elles meurent en fait parce que les planctons les envahissent de jour en jour. Donc, tu vois, avec des machines et des choses comme ça, tous les matins, tu pars avec le bateau et tu vas nettoyer ces huîtres. Donc, tu vis sur le bateau, tu vois des dauphins le soir, des requins qui tournent autour de toi, tu es au milieu de nulle part, tu vis sur le bateau, tu as ta chambre sur le bateau et ça, c’était vraiment une super expérience.

Fabrice :         Ah oui, en effet, c’est vraiment chouette.

Sandro :          C’était vraiment génial, c’était deux semaines sur le bateau et une semaine tu revenais en ville, c’est vraiment génial.

Fabrice :         D’accord. Donc cuisinier, trieur dans la cerise.

Sandro :          C’est ça, j’ai aussi enseigné le français, j’ai conduit des tracteurs, j’ai conduit des forklift, je ne sais pas comment ça se dit en français, c’est des machines qui prend les palettes et tout ça.

Fabrice :         Ah oui, les Fenwick, je crois qu’on appelait ça Fenwick ou…

Sandro :          Ah oui, j’étais payé à transporter les palettes, ça payait super bien en plus. Qu’est-ce que j’ai fait d’autres ? Après c’est des petits boulots mais j’ai même fait de la plonge pendant plusieurs semaines et pour genre 18 € de l’heure, tu vois, des trucs de fou.

Fabrice :         Ça c’était en Australie non ?

Sandro :          C’était en Australie et au Canada. En fait, quand j’ai dit que j’étais cuisinier au Canada, ça n’a pas été au début. Puisqu’au début, ils m’ont mis à la plonge et vu que ça gagnait beaucoup, j’étais nourri logé donc j’ai dit oui, je me fous si je fais de la plonge. Mais quand ils ont vu que je pouvais faire d’autres trucs, ils m’ont dit, est-ce que tu voudrais passer cuistot ? Tiens, bah tant mieux.

Fabrice :          Donc finalement, la technique pour durer, c’est d’essayer de travailler à max dans des pays comme le Canada et l’Australie où tu es mieux payé et ensuite voilà, c’était plus tranquille de voyager dans des pays à bas coût.

Sandro :          Absolument. Il faut te faire payer dans les monnaies fortes bien sûr, au Canada, aux Etats-Unis, c’est beaucoup plus dur de travailler, mais en Australie, en Europe quoi, parce que sinon… Non, moi, des fois, quand je travaillais parce que travaillais 14 et pas 16 heures par jour. Pour m’aider à tenir en fait, je me disais regarde, aujourd’hui là, tu as gagné, je ne vais dire n’importe quoi, 200 €. Avec 200 €, tu peux vivre deux mois en Inde, tu vois. Et c’est comme ça que je terminais le temps, je dis avec ça, tu peux faire trois mois en Thaïlande, tu peux faire six mois en Malaisie. C’est ça qui me faisait tenir. Il faut travailler dans les pays riches et utiliser dans les pays…

Fabrice :         Donc, tu arrivais à travailler deux, trois mois par an en gros, grosso modo ?

Sandro :          Oui, en moyenne, c’est deux mois par an. Je te dis en moyenne parce qu’en fait, par exemple, au Canada, je travaillais deux mois en gros par an, et quand j’ai travaillé en Australie, j’ai travaillé neuf mois non-stop et je n’ai pas travaillé après pendant trois ans.

Fabrice :         Ah oui, c’est vrai.

Sandro :          L’argent que j’ai fait. Donc voilà.

Fabrice :          Finalement, c’était ton job là en Australie avec les perles ton meilleur souvenir ?

Sandro :          De travail ?

Fabrice :         Oui.

Sandro :          Le travail en Australie, oui. Après, mon meilleur souvenir, c’était cuisinier dans les camps au Canada. Mais les perles, c’étaient mon meilleur souvenir parce que c’était vraiment un autre monde. Le matin, tu es au milieu de nulle part, c’étaient des zones qui ne sont pas, c’était vraiment au milieu de nulle part, il n’y a pas de bateau qui passe, rien. Vraiment, je trouve ça absolument génial. Mais ce n’est pas là où j’ai gagné le plus d’argent ; le plus d’argent, c’étaient les forklift là, vraiment on pouvait faire des heures et des heures et des heures et tu gagnais beaucoup d’argent.

Fabrice :          Comment tu trouvais ces boulots en général ? Tu faisais vraiment une recherche active ou c’était plutôt des rencontres fortuites, un peu le hasard ?

Sandro :          Au début, j’ai fait comme tout le monde, c’est-à-dire quand je suis arrivé, les gens me disaient tu te mets dans cette agence, tu fais cette agence puisqu’il y a des agences vraiment qui se font surtout en Australie parce qu’il y a des Backpackers. Je crois qu’il y a plus de touristes Backpackers en Australie que de résidents, je ne veux pas dire des conneries, mais je crois que c’est vrai. Donc tu as des trucs pour Backpackers, de tout quoi, des agences de Backpackers, des agences où on travaille pour Backpackers. Donc, je m’étais inscrit à tout ça, mais en fait, j’avais l’impression que tout le monde va là, tout le monde va dans ces agences-là et on est tous là, on tous comme un ticket, on attend le prochain qui va là-bas. Je crois que ça ne marche pas en fait, tu restes là pendant des semaines, voire des mois. J’ai vu des mecs qui restaient des mois dans le Backpackers sans travail, je lui dis tiens, tu ne fais rien, il dit non j’attends.

Donc en fait, j’ai fait comme je faisais en France, j’ai pris l’annuaire, la page jaune et j’ai regardé ce qui pouvait me plaire et j’ai tapé aux portes, et j’y allais directement. Et là-bas, c’est un peu la méthode à l’américaine, tu arrives et tu dis voilà, je veux voir le patron et ils t’envoient. En France, tu essaies de voir le patron, on te dira non, bah rendez-vous, tu vois. Là-bas non, ils te disent le patron est là-bas. Donc je suis allé le voir et je luis dis, vous voulez le meilleur du monde, eh bien il est là. Après, ça marchait une fois sur deux. C’est ça qui est bien parce qu’il te dit voilà, allez, tu files, aujourd’hui si en trois jours, tu fais le boulot bien, je te garde.

Fabrice :          C’est l’avantage des pays anglo-saxons souvent, c’est qu’on te donne plus facilement ta chance même si tu n’as pas d’expérience dans le domaine, même si… tu vois, c’est quand même…

Sandro :          Tu ne me connaissais pas quand je voyageais mais j’ai des trucs déchirés et tout ça, les chaussures qui ont duré quatre ans, ils s’en foutent. Eux ce qu’ils veulent c’est que tu fasses le boulot, tu le fais bien, voilà tu restes, tu ne le fais mal tu dégages. Parce qu’aussi, c’est l’inverse, c’est-à-dire ils t’engagent très facilement mais ils te virent aussi facilement.

Fabrice :          Aussi, oui c’est clair. Mais au moins, quand tu es sur la route comme ça, c’est quand même un avantage, la flexibilité, c’est un avantage.

Sandro :          Oui, tout à fait. Puis, de toute façon, vraiment, je remercie les Australiens d’avoir cette ouverture d’esprit sur le travail.

Fabrice :         Les Canadiens, c’est pareil ?

Sandro :          Les Canadiens, c’est pareil mais il y a plus de réglementations. Les Canadiens, c’est un peu, il y a plus de règlementations quoi. Moi, j’étais sur Darwin pour travailler six mois à ce moment-là, je travaillais à Darwin. Car là, il faut avoir ci, il faut avoir ça, c’est plus compliqué, mais ils sont ouverts d’esprit, j’ai fait pareil là-bas. Je suis arrivé, je suis le meilleur du monde même si ce n’est pas vrai, tout le monde le sait, et ils m’ont pris. Donc ça marche. Par contre, il faut avoir le papier de ça, la formation de ci, la formation de ça. Par contre, en Australie, tu peux passer à côté. Enfin, c’était en 2008, ça a évolué peut-être en 2018, maintenant, je ne sais plus.

Fabrice :          D’accord. Et le Canada, c’était la dernière période de travail pour toi avant de rentrer en France. Car après, tu es allé en Amérique du Sud, non je me trompe ?

Sandro :          Alors oui et non. C’est-à-dire qu’en fait, du Canada, je retourne en Asie et puis, je reviens au Canada et puis je suis allé en Amérique du sud. J’ai fait pas mal d’aller et retour au Canada tout simplement, je m’en fous, je le dis. Ce n’est pas qu’il faut faire ça, OK, les gens, écoutez mais ne faites pas. Mais j’allais au Canada tout simplement parce que j’ai trouvé quelqu’un qui me prenait sans visa. C’est-à-dire je travaillais chez lui, il me connaissait parce que j’avais travaillé avec le même visa, je parle du visa de travail bien sûr. Il me connaissait d’avant avec mon visa de travail donc il me laissait travailler chez lui. Donc ça me permettait de vivre justement les quatre dernières années, je revenais tous les étés là-bas, je travaillais deux mois et je reprenais et ça me permettait de vivre largement de mon voyage.

Fabrice :          D’accord. Donc la dernière période de voyage que tu as fait avant de rentrer en France, c’était l’Amérique du sud pour le coup ?

Sandro :          Non, c’était Madagascar et le sud de l’Afrique.

Fabrice :          Oui, l’Afrique et du coup, tu es passé par l’Amérique du Sud et ensuite direction l’Afrique, c’est ça ?

Sandro :          Oui, exactement.

Fabrice :          Et en Amérique du Sud, tu es passé, tiens un petit mot quand même sur la Colombie parce que je connais bien. Tu es resté longtemps ou tu n’es pas resté longtemps en Colombie ?

Sandro :          Je suis resté en total un mois et demi. J’y suis allé deux fois en fait, j’y suis allé une fois un mois et je n’ai pas pu voir tout ce que je voulais voir, puisque je n’avais pas été dans le nord, plage tout ça. Donc, j’y suis retourné parce qu’en fait, il y a des saisons, tu connais, il y a des saisons et tout ça, donc si tu restes trop à un endroit, après ce n’est pas la bonne saison et tout ça, donc je ne pouvais pas revenir. Donc en fait, j’ai fait deux tours d’Amérique du Sud. Et donc, j’ai été deux fois en Colombie, donc à peu près six semaines au total. J’ai beaucoup aimé la Colombie, en plus les femmes sont superbes et la mentalité est… je pense qu’ils sont tellement contents parce que depuis ces cinq, six dernières années, la Colombie, c’est devenu beaucoup plus sûr, c’est un des pays les plus sûrs en fait de l’Amérique du Sud et je pense qu’ils sont tellement fiers de ça aujourd’hui parce que ça a été… avec les trafics de drogue et toutes ces conneries qui s’est passé pendant toutes ces années, il y a une sorte de libération et les gens sont tellement heureux de voir qu’il y a plein de touristes qui se fait. Moi, j’y étais, j’étais vraiment super bien accueilli.

Fabrice :         Tu as passé aussi pas mal de temps au Brésil, c’est ça ?

Sandro :          Oui mais ce n’est pas. J’adore le Brésil. Les deux pays que j’aime plus en Amérique du Sud, c’est l’Argentine et le Brésil. Mais le Brésil, il est grand quoi. En Inde, j’ai passé pratiquement un an, donc j’ai passé pratiquement six mois je crois au Brésil.

 

Un temps pour s’arrêter, la fin d’une épisode.

Fabrice :          D’accord. Donc, tu as fini par l’Afrique et ensuite, tu t’es dit tiens, il est temps de rentrer en France, j’ai 40 ans, j’approche, c’est l’âge de raison, allez hop, il faut rentrer. Non, je plaisante. Pourquoi tu es rentré ? Pourquoi, parce que ça faisait dix ans ?

Sandro :          Non. Je pense que c’était le moment. Alors, il y a plein de choses qui se sont passées en fait. D’abord, comme je viens de le dire, je suis revenu au Canada pour travailler dans une sorte de ferme et tout ça pour me faire de l’argent et ça je n’avais plus envie. À 40 ans je n’ai plus envie de faire des trucs comme ça. En tout cas, moi je n’ai plus envie de faire des trucs comme ça. Donc, mon budget commençait à devenir très très bas, je n’avais plus de réserve. La deuxième chose, c’est que franchement j’avais vu, je ne veux pas exagérer, mais peut-être 90 % de ce que j’avais envie de voir. J’aurais aimé voir les pays comme l’Iran, tout ce qui est Jérusalem et tout ça, j’aurais voulu voir ces pays-là du Maghreb et tout ça, mais ce n’était pas essentiel. Je pourrais les voir maintenant. Et la troisième chose et grosse chose quand même, j’ai rencontré ma femme au Brésil. Quand tu rencontres ta femme, tu veux te poser, en fait, je veux dire, tu veux créer quelque chose avec elle et c’était évident qu’il fallait se poser quelque part.

Fabrice :         D’accord. C’est l’amour qui t’a fait arrêter en fait.

Sandro :          Ça fait partie des choses mais c’est surtout ces trois choses. Bien sûr que ma femme a fait beaucoup de choses mais c’est tombé au même moment. J’ai rencontré ma femme trois ans avant et je lui ai dit non, je continue, il n’y a pas de problème. Mais là, c’était le bon moment, c’était le moment idéal et voilà.

Fabrice :          C’était le bon timing. Oui, c’est tombé au bon moment, et donc sans regret, en tout cas, tu es rentré en France.

Sandro :          Non non non, absolument aucun regret, non non non. Ce voyage est terminé, je n’ai pas dit que le voyage en général est terminé pour moi, mais ce voyage est terminé et aucun regret, non vraiment aucun.

 

Retour aux sources après 10 ans de voyage

Fabrice :          Et là donc, ça fait un an, plus d’un an même que tu es rentré. Justement, quel regard tu portes un peu sur ces dix ans. Bien sûr, tu as changé pendant ces dix ans, on change de toute manière même sans voyager mais le voyage t’a sans doute aidé dans ce changement. Je ne sais pas, au-delà des souvenirs, au-delà des bons moments passés, des découvertes, je ne sais pas toi, l’homme que tu es, quel enseignement tu en as tiré, quelle vision tu en as de cette expérience ?

Sandro :          C’est très très très large comme question. Je suis ravi d’avoir franchi le pas, déjà ça, c’est sûr. S’il y en a qui nous écoutent et qui ont peur de franchir ce pas, n’hésitez pas parce que vous allez être frustré tout le reste de votre vie. Je ne parle pas de voyage particulièrement, je parle de quelque chose que vous avez vraiment envie de faire dans votre vie, il faut passer le cap. Je sais que ça fait peur, je sais que des fois on se prend des murs, des fois c’est dur, mais on obtient tellement de cette expérience qu’elle soit positive ou négative. Donc ça, c’est vraiment le premier, je suis hyper-fier de moi d’avoir tout lâché et d’avoir eu le courage de tout lâcher. Le seul truc que je regrette, c’est de ne pas l’avoir fait avant en fait, ça aurait été mieux de l’avoir fait à 20 au lieu 30 ans mais bon. Le deuxième truc, c’est que le voyage m’a beaucoup appris sur moi en fait, sur ma personne. Surtout moi, et que j’avais un ego, je l’ai toujours mais pas aussi grand qu’avant. Je pensais que j’étais le meilleur du monde et tu t’aperçois à chaque frontière que tu n’es qu’une merde en fait. Le fait de te frotter avec d’autres cultures montre qu’en fait, tu ne connais rien du tout, tu ne sais rien du tout.

Plus tu sais en fait et plus tu t’aperçois que tu ne sais rien ; et ça, ça te rend humble. Donc pour ma personne, ça m’a vachement amélioré, je suis un meilleur être humain dans ce voyage, je le pense en tout cas, je suis un meilleur homme. Je pense et je le dis souvent à ma femme, je pense que si ma femme m’avait rencontré il y a cinq, six ans, elle ne m’aurait peut-être pas aimé. Tu vois ? Je suis quelqu’un qui a vachement évolué et je pense que je suis un meilleur homme et que je n’étais pas si bien avant, que j’étais trop sur moi-même, trop sur mon ego en tout cas. Donc, le voyage m’a apporté ça, mais il n’y a pas que le voyage qui amène ça, c’est juste l’expérience en général. Quand tu vas jusqu’au bout des choses, n’importe quel but que tu as dans la vie, ça te met une sorte de miroir à toi même et tu t’aperçois de tes défauts et de tes qualités aussi bien sûr. Il y a certaines qualités que je ne savais pas. Voilà ce que m’a apporté le voyage.

Fabrice :          Tu me disais… Quand tu es parti, dans ta tête, c’était forcément une parenthèse en tous les cas, je veux dire, tu disais de toute manière je vais revenir.

Sandro :          Alors, oui mais je ne savais pas quand, ce n’était pas visé, ce n’était pas dix ans, ce n’était pas deux ans. Je pensais d’ici trois, quatre ans. Mais revenir, je ne sais pas non. Je savais que j’allais revenir à me poser quelque part mais alors, est-ce que ça va être la France, non, je ne savais pas.

Fabrice :          Mais là, tu ne te voyais pas forcément faire ça toute ta vie, donc visiblement, tu avais vraiment envie de te poser parce que c’est ce qu’on parlait juste avant en off là, je te le disais, on parlait de ces voyageurs.

Sandro :          Il y a plusieurs raisons à ça. La première raison, c’est que je ne veux pas être dans une case, c’est-à-dire je n’aime pas. J’ai été militaire, j’ai été photographe, je suis sportif, je suis voyageur, je veux faire plein de choses dans ma vie, donc dix ans de voyage là, un quart de vie, à voyager c’est déjà beaucoup, je veux faire d’autres choses, j’ai d’autres buts dans ma vie, j’ai vraiment d’autres buts. Quand je parle de but, c’est des trucs énormes, je voudrais faire des trucs énormes dans ma vie. Donc, il fallait s’arrêter, voilà. La deuxième chose, on en parlait tout à l’heure, c’est que je n’idole pas les gens qui voyagent pendant des années, je veux dire qui passent une vie à voyager, tout simplement parce que j’ai vu le résultat en tout cas, 99 % d’eux.

Il y a des gens que j’ai rencontrés sur la route qui voyageaient depuis des dizaines d’années, ne voyageaient pas comme moi, backpacker tout ça, mais qui allaient d’un endroit à l’autre, six mois là, six mois ci. Ils avaient 40, 50, 60 ans et ils n’avaient plus de racine, ils avaient une sorte de fantôme à l’intérieur d’eux, ils ne savaient plus d’où ils venaient, ce qu’ils faisaient, pourquoi ils le faisaient, ils n’avaient plus de but. Des fois, quand tu leur parlais, ils étaient toujours à te dire, j’ai voyagé, j’ai vu ci, j’ai vu ça, mais tu ne voyais pas le but au final. Ok, tu as vu ça, tu as vu ça, et alors ? Qu’est-ce que ça apporte au monde ? Qu’est-ce que tu vas apporter aux gens que tu aimes ? Aux gens qui t’entourent ? Ça sert à quoi au final ? J’avais peur quelque part de me dire que peut-être que j’aurais pu finir comme ces gens-là.

Fabrice :          Je crois aussi que pour ces gens-là, ça devient vraiment une habitude, ça devient tellement une habitude le voyage, ce mode de vie, qu’ils ne se voyaient plus arrêter en fait, tu vois.

Sandro :          C’est ça. Puis je pense qu’ils se disent qu’ils ne savent faire que ça quoi, il n’y a plus que ça. Et alors quoi, qu’est-ce qu’il y a après ? Je veux dire, je pense qu’on est là pour rajouter une plus-value sur l’humain, je pense qu’on est là pour partager et pour aider les autres, oui pour donner des expériences aux autres. Si on est là que pour soi-même. Je sais que le blog, ça aide à partager mais ça ne suffit pas. Si on n’est là que pour soi-même et on rencontre des gens qu’on a rencontrés pendant deux jours et après deux jours et après un jour, je trouve qu’il faut quand même des racines, il faut que tu serves à quelque chose sur ce passage de ta vie, tu ne peux pas te servir de la terre que pour toi.

Fabrice :          Tu dis que le voyage, c’est avant tout, ça l’est en fait, c’est quelque chose d’assez égoïste finalement ?

Sandro :          Bien sûr, ça c’est vrai. De toute façon, il faut être égoïste pour lâcher sa famille et ses amis pendant tant d’années, je veux dire c’est obligé. Mais parfois, il faut être égoïste. Mais le truc, c’est que c’est si égoïste pour être un meilleur homme, un meilleur être humain, et après redistribuer tout ce que tu as appris, être je ne sais pas être bienveillant avec les gens que tu aimes, ta famille, tes amis, oui. Mais si c’est pour aller jusqu’au bout de ta vie comme ça, ça sert à quoi, tu n’auras servi à rien en fait. Je ne veux pas les diminuer mais il faut un but dans la vie quoi, je veux dire si le but, c’est d’avoir voyagé et il n’y a personne qui en a profité à part toi, je trouve ça du gâchis.

Fabrice :          Disons qu’il y a pire, c’est au moins une belle et bonne façon de passer son temps sur terre. Mais je comprends ce que tu veux dire, au bout d’un moment en effet et pour la plupart des gens, c’est le cas, la plupart des gens qui voyagent un an ou plus, etcetera, un moment tu en as un peu marre en fait d’être spectateur puisque c’est un peu ça, c’est comme regarder un joli film, j’exagère un peu mais voilà, un moment, tu en as un peu marre d’être spectateur. Il te faut un fil rouge, il te faut une activité, apporter quelque chose.

Sandro :          Oui, enfin je ne sais pas. Moi, spectateur, ça me plaît bien. Je ne veux pas dire que, parce que j’apprenais à chaque fois, j’apprends dans la culture de l’autre. Mais redistribuer la chose était vachement important et toujours important. Si je reste dans le voyage trop longtemps et que tu y passes ta vie et que tu meures, tu ne peux pas redistribuer. Même si tu as un blog, c’est quand même bien un blog, mais tu ne redistribues pas. C’est avec les gens que tu aimes que tu redistribues. C’est la personne que tu es, tu peux donner l’amour, et la force que tu as acquise aux gens qui t’entourent et c’est ça qui tu vas redistribuer. Si tu voyages juste comme ça, je trouve que c’est… je ne sais pas. De toute façon, comme on en parlait tout à l’heure, je trouvais qu’il manquait quelque chose, qu’ils étaient tristes à l’intérieur ces gens-là et je ne voulais pas tomber là-dedans.

Fabrice :          Je comprends. Parfois, j’ai eu ce sentiment aussi quand j’ai rencontré des gens qui étaient sur la route depuis très très longtemps. Un peu une, je ne sais pas, oui un fond de tristesse, voire de lassitude, un manque de quelque chose, pourtant, oui tu peux être au paradis sous les tropiques et avoir quand même cette impression évidemment.Oui, tout à fait. Il y a un petit mot sur ton blog quand même, tetedechat.com, c’est ça ? Tu vas continuer à l’alimenter là, tu as encore de la matière ?

Sandro :          Comme je travaille sur pas mal de projets en ce moment, j’ai du mal à suivre mais je continue, il ira jusqu’au bout et il ira jusqu’aux dix ans de voyage, il a beaucoup de retard mais il ira jusqu’au bout. Je ferai tout en sorte pour mettre du nouveau.

Fabrice :          Ça représentait quoi ce blog pendant ces dix ans de voyage. C’était une manière bien sûr de partager auprès de tes proches mais c’était, je ne sais pas, tu as fait des rencontres comme ça, tu as eu des retours ?

Sandro :          Alors, j’ai rencontré oui. J’ai rencontré pas mal de monde et spécialement Aurélie de curieusevoyageuse et je connais un peu, mais j’aimerais bien la connaître parce que je ne l’ai jamais rencontrée, Aline de Nomadnow. Et c’est deux personnes que j’aime beaucoup. Aurélie, on s’est rencontré deux fois, une fois au Canada et en France. Quand je suis arrivé, d’ailleurs c’est elle la première personne qui m’a accueilli à Paris. Donc, ce sont deux personnes que j’ai rencontrées dans ce truc. Mais sinon, après mon blog de voyage, ce n’est pas un blog réputé, il n’est pas connu mon blog. C’est vraiment juste un carnet de route. Je voulais qu’il y ait une trace de ce que j’ai fait. D’ailleurs, c’est pour ça que je suis sur l’écriture d’un livre, je ne sais pas s’il sortir un jour parce que ça va prendre au moins dix ans. Mais je voulais qu’il reste une trace et je voulais que les gens aillent sur mon blog dans le sens qu’ils se disent regarde ce mec-là, il n’a pas de diplôme, il n’est pas riche, il n’a rien et il a réussi à voyager dix ans, tu vois. C’est précisément ça le but moi. Je ne savais pas que ça allait être dix ans. Mais il a voyagé six ans, sept ans, huit ans et il est toujours là et ça continue. C’est un carnet de route qui servait de preuve, regardez ce mec-là, il l’a fait. Donc, n’importe qui, qui a un cerveau, deux bras, deux jambes et bien sûr un passeport français, un passeport chanceux, j’ai appelé ça, d’Europe, de Canada ou de tout ça, parce que bon un passeport du Bangladesh, ce n’est pas le plus dur, qui a la chance de naître dans un pays chanceux comme le nôtre, peut le faire. Donc moi aussi, je peux le faire. C’est ça, c’est surtout ça mon blog.

Fabrice :          Puis au-delà, c’est aussi un journal personnel. C’est quand même chouette de garder toutes les traces de ces années, c’est quand même chouette de revenir…

Sandro :          C’est exact.

Fabrice :          L’autre fois j’ai regardé de vieux articles, mes premiers voyages sur mon blog et je me disais c’est quand même chouette d’avoir gardé ça quoi.

Sandro :          C’est clair, c’est vrai, c’est vrai pour moi aussi. Et je crois que c’est moi qui dois regarder le plus au jour d’aujourd’hui mon blog. Mais c’est vrai que pour soi-même, c’est cool d’avoir une trace de son voyage, bien sûr.

Fabrice :         Voilà, tous tes enfants, tu leur montreras regarde papa, regarde.

Sandro :          Oui, il va falloir que je paie encore l’hébergement jusque-là putain de merde.

Fabrice :         Bon ça va, je pense que c’est un bon investissement, ça va.

Sandro :         De toute façon, j’en ai au moins pour deux ans.

Fabrice :         Ah oui encore deux ans juste pour raconter la fin de ton voyage ?

Sandro :          Ah oui parce que là, je suis encore en Amérique, non peut-être pas deux ans, un an. Ça dépend de la vitesse dans laquelle je l’écris mais j’ai encore pas mal d’articles sur l’Amérique du Sud et l’Afrique à écrire, la rencontre avec ma femme.

Fabrice :         Puis là, tu vas continuer, tu vas continuer à faire quelques voyages j’imagine ?

Sandro :          Tu parles au jour d’aujourd’hui ?

Fabrice :         Oui.

Sandro :          Oui mais différemment. Je ne ferais plus de trucs à long terme, des sacs à dos comme ça, mais bien sûr. Puis, ma femme a envie de voyager.

Fabrice :          Justement, passons maintenant un peu à ton retour en France, tu sais c’est des articles classiques un peu, c’est un peu un marronnier sur les blogs de voyage, c’est l’article La déprime au retour du voyage. Tu as sûrement vu ça passer et c’est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui écrivent sur ça et qui vivent ça au retour d’un tour monde notamment d’un an, tu vois d’un long voyage en général et c’est quelque chose, c’est souvent une étape à laquelle peu de personnes échappent, le petit blues de retour. Alors est-ce que tu as connu ça, ce blues, cette petite déprime-là, parce qu’on pourrait dire le gars après dix ans il a dû être au Prozac là.

Sandro :          C’est tout le contraire, je ne suis absolument pas déprimé. Mais je pense que la différence avec moi et beaucoup d’autres, c’est que moi, j’ai été jusqu’au bout, c’est-à-dire que moi, j’ai fait ce que je voulais faire jusqu’au bout, ça a duré 10 ans, plus de 10 ans même. Et donc, c’est pour ça que c’était une fin, c’était la fin. Donc aujourd’hui, je vis une nouvelle vie donc je n’ai pas eu cette déprime. Par contre, j’ai eu une autre déprime et il y a aucun rapport, c’est d’être déprimé par les autres, c’est ça. Parce que dans mon voyage, j’ai cultivé un état d’esprit positif et quand je suis arrivé en France, ce n’était pas longtemps après les attentats et tout ça, et ma famille, mes amis, ils avaient tous la tête basse, ils avaient peur, ils étaient tristes alors qu’ils vivent dans un pays où on a tellement de chance d’être Français, on a vraiment une chance incroyable d’être Français. Je dis mais vous avez tout, les gars, arrêtez de baisser la tête, on est heureux. Non tu ne comprends pas, ça fait longtemps que tu n’es pas là et ça m’a déprimé un petit peu. C’est vrai que ce bambou-là, ça m’a déprimé. Après, je me suis fait mon nid, c’est-à-dire j’ai fait tant pis, j’ignore tout le monde. Moi, je veux être heureux chez moi avec ma femme, et je vais essayer de donner le plus de joie possible et de transmettre ce truc-là pour que les gens soient moins déprimés autour de moi en tout cas. Et j’ai rencontré surtout d’autres personnes qui ont cette mentalité-là d’être toujours heureux et tout ça, quoi qu’il arrive et qui comprennent la chance qu’on a d’être Français. Donc ça va, je ne suis pas déprimé, je n’ai pas eu chaud.

Fabrice :          Tu es revenu dans le sud de la France où il y un peu plus de soleil, les gens sont un peu plus, un peu moins…

Sandro :          Absolument, je suis retourné dans le sud de la France parce que moi, il me faut le beau temps. Et puis la mer, c’est pratiquement essentiel pour moi. Je suis Toulousain à la base mais depuis l’âge de 15 ans, j’habite à côté de Toulon. Donc, je suis revenu dans Toulon parce que toute ma famille est là et que maintenant, j’ai des petits neveux de mon frère. Donc je voulais les voir le plus souvent possible, voilà pourquoi je suis revenu là. Maintenant, ma femme adore la France, elle parle Français couramment, elle aimait le France avant même de me connaître. Donc, elle m’a dit j’adore la France, donc voilà, on vit en France, ce n’est pas un problème.

Fabrice :          Donc là, les premiers mois quand tu es revenu, j’imagine tu as passé pas mal de temps à voir les amis, la famille.

Sandro :          Oui, c’est ça. Et refaire les liens mais il y a des liens qui ne se referont pas parce que tu as manqué 10 ans de vie des gens. Il y en a qui ne se sont jamais cassés, ils ont toujours été là et quand tu reviens c’est, les mêmes. Le seul truc, c’est que c’est vrai que quand j’y pense, on ne parle jamais de mon voyage, c’est un truc de fou. J’ai tellement de trucs à dire pourtant et il n’y a jamais personne qui me pose des questions sur le voyage, tu vois, l’ambiance c’était bien, oui, ok.

Fabrice :         Même après dix ans quoi.

Sandro :          Même après dix ans quoi. Même je suis invité à droite et à gauche et tout ça et on passe des heures à table, jamais le voyage ne vient un petit peu à table, tu vois, c’est fou.

Fabrice :          Mais peut-être que c’est parce que ce sont les lecteurs de ton blog. Non, même pas. Peut-être parce qu’ils ont vu beaucoup ton blog.

Sandro :          Tu rigoles ou quoi. Mais 99 % des lecteurs de mon blog, c’est des gens que je ne connais pas. Mais vraiment et à chaque fois que je vais contacter mes potes par email et tout ça, ils me disaient mais tu es où, je dis putain mais comment ça je suis où, j’ai marqué sur le blog, j’ai mis trois articles. Ils ne savent pas non, ils ne suivaient pas.

Fabrice :         Justement, ce n’est pas frustrant au début ?

Sandro :          Non. Ça aurait été frustrant s’il y avait personne, si genre je ne touchais personne. Je me dirais merde, c’est que pour moi. Mais non, parce qu’il y a plein que je reçois et je recevais, et même aujourd’hui d’ailleurs, je reçois des gens que j’ai inspiré, qui vont me dire ah grâce à toi, j’ai franchi le pas, tu m’as donné une idée, j’ai envie de voyager, je fais ci. Et là tu vois, même s’il n’y en avait eu qu’un de gars comme ça, c’était bon, ça n’a pas servi à rien mon blog, non je suis satisfait d’avoir fait mon blog.

Fabrice :          Je voulais plutôt parler de tes amis, de tes proches qui ne te posent pas de question sur ton voyage ?

Sandro :          Non, ce n’est pas décevant parce que c’est naturel je pense. Je ne sais pas toi mais j’avais déjà pensé ça des années et des années à l’avance parce que c’est vraiment le gros sujet. C’est vrai que quand tu rentres, tout le monde s’en fout en fait. Le truc, c’est que je me dis si un jour, je rencontre un gars comme moi ou, un gars qui a une expérience aussi profonde et aussi pendant autant de temps, je ne pense pas que je serais comme eux, je pense que je poserais 2 000 questions, je pense que je le saoulerais le gars, je lui poserais des questions, pour savoir les sentiments et comment il a évolué, c’est clair que je lui poserais un milliard de questions. Mais eux ils ont été pendant ces dix ans, tout le reste de leur vie dans la même, je ne vais pas dire routine mais dans le même seau, dans le même pot de soupe. Donc, je ne sais pas comment expliquer ça, c’est comme parler chinois à un mec qui ne parle pas chinois. Il ne va pas comprendre, ça ne sert rien, il ne va pas essayer. Il va être là, il a son monde, il parle français, Ok il va parler français mais après il ne va pas parler chinois. C’est un autre monde, c’est une autre vie.

Fabrice :          En tout cas, en rentrant tu t’es dit, oui j’ai vachement bien fait, je suis content d’avoir fait ça.

Sandro :          Ouh la la oui, je l’ai dit à tout le monde, j’ai dit j’étais égoïste les gars mais si je n’y avais pas été, je serais aigri, aujourd’hui je serais tellement aigri et en colère. Vraiment je suis très très heureux de l’avoir fait.

Fabrice :          Là, c’est quoi tes projets en ce moment surtout que tu me disais, tu n’avais pas envie de revenir salarié, ce que je te disais. Tu m’étonnes, après dix ans de liberté, je ne vois pas comment. Je pense que les gars qui veulent absolument revenir salarié, il y a un truc qui cloche, forcément tu as envie de rester indépendant quoi ?

Sandro :          C’est clair, je ne tiens plus à être, je vais exagérer si je vais dire, mais être un esclave. Autant être un esclave de moi-même mais pas d’un autre. Donc, je fais tout pour essayer d’être mon propre patron, j’essaie de faire des trucs sur internet, j’essaie de créer ma marque en vêtement, c’est ça, c’est difficile parce qu’en fait c’est vachement dur. Mais je vais essayer jusqu’au bout et jusqu’à ce que je rentre dans le mur s’il le faut, mais je vais essayer de trouver des moyens de vivre tranquillement, je ne veux pas être riche, je veux juste payer le loyer et la bouffe, pour pas travailler pour quelqu’un et trouver une méthode en passant juste par moi.

Fabrice :          Est-ce que tu as quelque chose, là j’étais en train me dire, le gars il a voyagé dix ans et en fait, on n’a presque pas trop parlé de ton voyage là pourtant, ça fait déjà 36 minutes qu’on parle, mais c’est impossible de résumer tout en Podcast, à un épisode, dix ans de voyage, c’est tellement de choses. D’ailleurs, je mettrais le lien de ton blog dans la description, vous qui écoutez au blog de Sandro qui est top, il y a surtout beaucoup de photos parce que tu as toujours été trop photo, d’ailleurs à un moment, tu vendais des photos, tu finançais un peu tes voyages comme ça en vendant des photos d’illustration.

Sandro :          C’est ça, je vends sur une agence qui est en Angleterre et qui vend sur des journaux, oui des trucs comme ça. Même dans National Geographic notamment.

Fabrice :         Super.

Sandro :          Et eux, ils paient que dalle, pour information National Geographic paie des cacahuètes, oui c’est de la merde.

Fabrice :         Oui mais c’est quand même 200, 300 € la photo non dans le magazine ?

Sandro :          Oui, ça c’est que je vends en agence, eux ils paient 30 €.

Fabrice :         Pour être dans le magazine ?

Sandro :          Je te jure.

Fabrice :          D’accord. Peut-être qu’il faut faire un reportage, un vrai sujet reportage texte photo.

Sandro :          Exact, oui. Ce ne sera pas une photo comme ça qu’ils te demandent comme ça. C’est un panel de photos, tu as fait un reportage spécial et tu arrives à leur vendre, et là, tu peux gagner 4 – 5 000 € même. Mais quand ils te demandent une photo comme ça, c’est de la merde. Mais j’ai mon nom dans National Geographic, on va dire ça.

Fabrice :         Ça le fait quoi.

Sandro :          Voilà

Un dernier mot, Sandro ?

Fabrice :         Très bien. Est-ce que tu as envie de rajouter quelque chose, de parler d’un aspect dont tu voudrais parler sur ces dix ans de voyage, quelque chose qui te vient à l’esprit. Là tu vois je continue à parler pour te laisser le temps de réfléchir. Tu aurais quelque chose à…

Sandro :          Je ne sais pas quoi dire, si tu as quelque chose, je peux en parler mais je ne sais pas. Le principal qu’il faut se rappeler, c’est que si vous avez des rêves ou quelque chose à accomplir ou un but dans la vie, n’écoutez pas les autres, n’écoutez personne, juste faites-le. C’est vraiment super important de juste le faire, arrêtez d’en parler, arrêtez de regarder des vidéos sur le sujet et de lire sur le sujet, faites, action. Même si vous échouez, même si vous ratez totalement ce que vous voulez faire, vous serez content de l’avoir fait. Je vous assure que l’expérience de l’avoir fait, d’avoir passé à l’action aura changé toute votre vie. Donc, j’ai vraiment qu’un conseil, qu’un truc qu’il faut vous rappeler de ces 41 minutes et 41 secondes d’interview, c’est ça, passez à l’action si vous avez un rêve, que ce soit un voyage ou autre chose, faites-le, maintenant pas demain, pensez présent, maintenant faites-le.

Fabrice :         Voilà. Ça c’est de la conclusion. Merci Sandro pour cette interview.

Sandro :          Merci à toi.

Fabrice :         Je te souhaite plein de bonnes choses pour la suite, tout. C’est cool de parler comme ça avec quelqu’un qui a fait un truc comme ça et qui est allé au bout de son truc et qui revient content sans regret et prêt pour la suite avec pleins d’énergie pour la suite, je veux dire c’est chouette.

Sandro :          Oui. J’espère que ça va marcher mais pour l’instant je suis super heureux, j’ai une femme parfaite, je suis super heureux.

Fabrice :         Super. Écoute, bonne journée à toi et à bientôt. Ciao ciao !

Sandro :          Ciao ciao !

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